Qu’en dit-on chez nos voisins ?

18 05 2009

Par Lise TAMAGNO

Depuis quatorze semaines maintenant, la mobilisation universitaire agit au travers de manifestations partout en France. À l’instar des lois relatives à l’enseignement de la maternelle à l’université qui ont en premier lieu déclanché ce mouvement, la médiatisation jugée plus qu’insuffisante par les protagonistes de cette mobilisation a accentué la grogne, la grève ou le « rêve » général, selon le point de vue que l’on adopte ou que l’on veut nous faire adopter.

Il n’est pas question ici de rentrer dans le débat du pourquoi et du comment de cette discrétion médiatique, mais plutôt de tenter, via une recherche très simple, de comprendre comment nos pays voisins perçoivent ce mouvement contestataire. On a souhaité effectuer une recherche similaire via la version étrangère de google-image des pays frontaliers. Dans la barre de recherche google.fr ; uk ; es ; it ; de ; ch ; on a entré dans les langues des pays mentionnés les mots clefs « manifestation étudiante paris 2009 » (la France se réduisant bien souvent à sa capitale chez nos voisins, les résultats sont plus probants si l’on cible les manifestations parisiennes).

Cette recherche vise à mettre en évidence plusieurs éléments. Premièrement, en fonction du nombre de réponse à cette demande, on cherche à constater l’ampleur de la médiatisation de ce mouvement chez nos voisins. Deuxièmement, on cherchera à savoir s’il existe, au travers des images trouvées et sélectionnées, une vision commune de ces manifestations. Enfin, on cherchera à identifier d’éventuels points communs entre les images de ces manifestations dans la presse française comparée à celle des pays frontaliers.

La première chose notable que l’on remarque suite à cette recherche est le nombre presque insignifiant d’images effectivement relatives à ce mouvement qui apparaissent sur la toile. En effet, sur une page « google image », sur vingt résultats, en moyenne seules cinq à sept photographies correspondent réellement au mouvement de contestation actuel. Les autres photographies qui apparaissent à l’écran correspondent soit à des images datant de manifestations antérieures (Mai 68, CPE ou émeutes de 2005) ou bien à des mouvements similaires ayant eu lieu dans le pays concerné. Même en affinant et précisant les critères de recherche, les réponses images ne sont pas plus pertinentes.

À cette première observation, il convient d’en ajouter une deuxième. Les premiers résultats ayant trait au mouvement actuel proviennent de diverses sources, mais très peu sont des sources journalistiques. Si l’on ne sélectionne que les photographies parues au préalable dans la presse (papier ou internet), il reste au mieux une à deux photographies sur la première page de résultat google-image (les pages suivantes étant évidemment de moins en moins pertinentes, leur nombre va décroissant). Les autres photographies sont pour la majorité tirées de blogs (étudiants étrangers résidant en France par exemple et donc photographes amateurs) ou alors ils proviennent de sites de partage de photographies tels que FLIXR.

Par ailleurs, et afin de clarifier la recherche, il convient d’éliminer les résultats tirés de google.ch car ils correspondent soit en français au résultat de la page google-image.fr ou en allemand à ceux de la version allemande. On constate par ailleurs que nos voisins latins ne sont pas vraiment informés sur l’étendue de ce mouvement. En effet, les résultats de recherche y sont les plus restreints et ne correspondent presque jamais. De plus, et contrairement à nos voisins anglo-germaniques, les crédits photographiques ne sont presque jamais donnés.

La sélection faite ici comportera donc uniquement les premières photographies se rapportant au mouvement de ces dernières semaines et ayant été de préférence publiées dans un organe de presse. De cette manière, on se propose d’étudier des images certainement vues par un plus grand nombre.

Tour d’horizon

Par l’Espagne …

« Une manifestation d’étudiants à Paris se termine par des altercations et quatre arrestations » tiré de Publico.es, EFE/Archivo - París, 18/03/09

« Une manifestation d’étudiants à Paris se termine par des altercations et quatre arrestations » tiré de Publico.es, EFE/Archivo - París, 18/03/09

Cette photographie accompagne un article du 18 mars 2009 intitulé « Una manifestación de estudiantes en París acaba con altercados y cuatro detenidos » (Une manifestation d’étudiants à Paris se termine par des altercations et quatre arrestations) tiré du journal en ligne Publico.es

L’image associe donc les manifestations étudiantes et la répression policière violente. Cette photographie chaotique rend compte d’un désordre au sein même de la manifestation. L’enchevêtrement des bâtons et des jambes des policiers, le mouvement dû aux personnes qui courent ou dans une position de déséquilibre accentue cette idée de désordre violent. Et pourtant, on constate dans un second temps que la photographie qui illustre l’article portant sur les réformes françaises ne représente pas du tout une manifestation parisienne mais madrilène. Un lecteur peu attentif peut donc croire voir l’illustration d’une altercation entre étudiants et policiers français alors qu’il s’agit de policiers espagnols tentant d’arrêter des étudiants madrilènes. La légende qui accompagne l’article est la suivante : « Un miembro de la Policía española intenta reducir a un estudiante durante una manifestación convocada en la semana pasada en Madrid por las asambleas de estudiantes contra el Plan Bolonia, el modelo de implantación del Espacio Europeo de Educación Superior. En París, una manifestación similar también ha terminado con altercados. » (Un membre de la police espagnole tente d’arrêter un étudiant lors d’une manifestation, convoquée la semaine dernière à Madrid par les assemblées étudiantes, contre le Plan de Bologne, le modèle de l’implantation de l’espace européen de l’enseignement supérieur. À Paris, une manifestation similaire s’est terminée par des altercations). Les crédits photographiques précisés à la suite (EFE/Archivo – EFE – París – 18/03/2009 10:39) n’éclaircissent pas la situation puisque la date est celle de l’article alors que les photographies tirées d’archives ne sont, elles, pas datées.

Par l’Italie …

« France : des étudiants dans la rue contre la réforme de l’Université » tiré d’Internationalia.net, article de Klaus Eisner, 12/02/09

« France : des étudiants dans la rue contre la réforme de l’Université » tiré d’Internationalia.net, article de Klaus Eisner, 12/02/09

Parue dans Internationalia.net, cette image accompagne un article datant du 12 février 2009, signé par Klaus Eisner et intitulé « Francia: studenti in piazza contro la riforma dell’università » (France : des étudiants dans la rue contre la réforme de l’Université).

Si cette photographie possède une esthétique qui attire l’oeil, par la couleur, la composition, le mouvement, ainsi que les éléments textuels (en italien) internes à l’image, elle ne rend pas pour autant réellement compte des manifestations étudiantes des dernières semaines à cause notamment du manque d’informations associées à l’image. La légende « active » de la photographie est « bellaciao-bastille » mais ne précise pas le crédit photographique ni la date à laquelle la photographie en question à été prise. On ne peut donc pas être absolument certain que cette image se rapporte effectivement à la mobilisation actuelle. La photographie sépia ne permet pas non plus de savoir à quelle période de l’année elle a été prise, mais elle renvoie à une représentation mentale historique des manifestations française. Le lieu même est révélateur et chargé de symbolisme. La place de la Bastille et la date de Juillet 1830 font référence à deux moments forts de l’histoire révolutionnaire française.

Par l’Allemagne …

«  Plusieurs dizaines de milliers de personnes protestent contre la réforme de l’Université – Les organisateurs parlent de 100 000 manifestants » tiré de Epochtimes.de, AP Photo/Michel Euler, 10/02/09

« Plusieurs dizaines de milliers de personnes protestent contre la réforme de l’Université – Les organisateurs parlent de 100 000 manifestants » tiré de Epochtimes.de, AP Photo/Michel Euler, 10/02/09

Datant du 10 février, cette photographie illustre un article tiré de Epochtimes.de intitulé « Zehntausende protestieren gegen Universitätsreform – Veranstalter sprechen von 100.000 Demonstranten » (Plusieurs dizaines de milliers de personnes protestent contre la réforme de l’Université – Les organisateurs parlent de 100 000 manifestants). Elle est accompagnée d’une légende et du crédit photographique (AP Photo/Michel Euler) : « Protest in Paris am Dienstag » (Manifestation à Paris ce mardi).
Bien que cette photographie soit de source américaine, elle répond pourtant plus que les précédentes à l’esthétique des photographies de manifestation de la presse française. La construction de la photographie qui encadre les visages des manifestants entre les banderoles en haut et en bas est très lisible et l’occupation totale de la photographie ainsi que les banderoles que l’on peut distinguer derrière celle jaune suggèrent une foule nombreuse. Sans prise de position idéologique ou politique, elle rend compte de cette manifestation de façon relativement neutre et compréhensible pour un lecteur allemand, le mot « université » qui occupe un tiers de l’image étant proche de sa traduction allemande « Universität ».

Par la Grande-Bretagne …

« Manifestation étudiante du 29 Janvier », tiré du blog mpavis « The Sciences Po Paris Master of Public Affairs Student Blog »

« Manifestation étudiante du 29 Janvier », tiré du blog mpavis « The Sciences Po Paris Master of Public Affairs Student Blog »

« Paris, France : Un étudiant, vu avec un symbole anarchiste dessiné sur sa veste, marche vers les forces de police anti-émeutes durant une manifestation étudiante contre les réformes de l’éducation nationale » tiré Guardian.co.uk, Ian Langsdon, European Pressphoto Agency

« Paris, France : Un étudiant, vu avec un symbole anarchiste dessiné sur sa veste, marche vers les forces de police anti-émeutes durant une manifestation étudiante contre les réformes de l’éducation nationale » tiré Guardian.co.uk, Ian Langsdon, European Pressphoto Agency

« À Paris, plusieurs centaines de jeunes se sont confrontés à la police à la suite des manifestations d’aujourd’hui. Les forces anti-émeutes les ont dispersés en utilisant du gaz lacrymogène » tiré de Irishtimes.com, Reuters, 19/03/09

« À Paris, plusieurs centaines de jeunes se sont confrontés à la police à la suite des manifestations d’aujourd’hui. Les forces anti-émeutes les ont dispersés en utilisant du gaz lacrymogène » tiré de Irishtimes.com, Reuters, 19/03/09

Pour le cas britannique, on a fait le choix de conserver trois photographies pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les résultats d’images obtenus en langue anglaise présentent un intérêt certain car on peut raisonnablement supposer qu’ils sont accessibles à un plus grand nombre. Ensuite, les trois premiers résultats d’images ici présentés rendent à la fois compte des grands traits caractéristiques des photographies de manifestation (ou du moins, de celles qui nous concernent) ainsi que de la vision que nos voisins ont de celles-ci. Issues de diverses sources, elles permettent d’autant plus de dégager des caractéristiques générales qu’on retrouve certaines sur les pages google-image allemande ou suisse.
La première photographie rend compte de la manifestation du 29 Janvier et est tirée du blog mpavis « The Sciences Po Paris Master of Public Affairs Student Blog ». La source et les crédits photographiques ne sont pas précisés. Elle met en avant la foule des manifestants (plus ou moins dispersés par endroit), le flot des drapeaux et des banderoles que l’on perçoit très étendu grâce à la grande profondeur de champ. Cette photographie est relativement classique des images de manifestations où l’intérêt premier est de mettre en avant la participation d’un grand nombre.
La deuxième est issue du site vi.sualize.us mais provient à l’origine d’un article de Guardian.co.uk. Le photographe est Ian Langsdon de l’European Pressphoto Agency. Elle est accompagnée de la légende suivante : « Paris, France: A student seen with an anarchist symbol drawn on his jacket walks towards French anti-riot police during a student rally against national education reforms » (Paris, France : Un étudiant, vu avec un symbole anarchiste dessiné sur sa veste, marche vers les forces de police anti-émeutes durant une manifestation étudiante contre les réformes de l’éducation nationale). Cet étudiant qui avance tranquillement, les mains dans les poches, vers les CRS met en évidence un rapport de force inégal. Cependant, cette image ne prend pas clairement parti d’un côté ou d’un autre puisque même si l’étudiant est seul et marche pacifiquement vers les policiers armés de matraques et boucliers, il arbore sur son blouson le symbole anarchiste, vraisemblablement un signe contestataire fort.
La dernière est une photographie qui accompagne un article du 19 Mars 2009, paru dans Irishtimes.com, intitulé « Up to three million attend French protests » (Près de trois millions de personnes ont participé aux manifestations en France). Cette photographie de l’agence Reuters est accompagnée de la légende : « Several hundred youths clashed with police in Paris following todays demonstrations. Riot police used tear gas to disperse them » (À Paris, plusieurs centaines de jeunes se sont confrontés à la police à la suite des manifestations d’aujourd’hui. Les forces anti-émeutes les ont dispersés en utilisant du gaz lacrymogène). L’image comporte des signes inquiétants : le feu, une foule agitée, des banderoles rouges, des visages cachés, des hommes qui lèvent le poing… La légende rend encore plus évidente la tension, voire la violence, entre manifestants et policiers.

Au travers de ce corpus d’images, on peut mettre en évidence plusieurs traits caractéristiques et communs à la vision que nos voisins ont de cette mobilisation :
Tout d’abord, les photographies de ces manifestations rendent plus souvent compte d’un état d’esprit, d’une tension palpable plutôt que de la participation stricte à ces rassemblements. Elles sont indissociables d’une certaine confrontation aux forces de l’ordre. Cette première constatation, presque un truisme en soi, est accentuée par les images publiées sur internet. Les étudiants sont confrontés, souvent avec violence, aux CRS. De plus, les légendes accompagnant les photographies insistent sur ce rapport de force, stigmatisant bien souvent un des deux groupes opposants.

Ensuite, on observe que ces photographies renvoient constamment à ce qu’on pourrait appeler une « esthétique de Mai 68 ». Certaines photographies sont en effet visibles sur la toile uniquement en noir et blanc ou bien prises sous des angles improbables, comme si le photographe était pris au milieu d’une mêlée ou comme s’il « battait en retraite ». Ces points de vue sur les manifestations visent de toute évidence à faire croire au lecteur étranger à une confrontation désordonnée si ce n’est violente. Une autre justification (moins biaisée) à ces choix de photographies pourrait être simplement le renvoi à une esthétique qui « parlerait » aux lecteurs étrangers. Nos voisins connaissent non seulement les événements de mai 68, mais ils l’associent également à un certain climat, une certaine tension entre universitaires et Etat. Le choix de ces images double l’impact sur le lecteur qui comprend d’autant plus et plus vite qu’il « connaît » déjà ces images. Le texte attenant vient conforter son impression première. Le problème qui en découle évidemment est le suivant : la situation en France a l’heure actuelle est-elle réellement comparable à celle de Mai 68 ? Le débat est ouvert.





Le mouvement universitaire 2009 vu de l’étranger

30 03 2009

Par Maëva Mazan

Les 9 et 13 mars 2009

La diffusion dans la presse étrangère des mouvements étudiants nous permet de nous rendre compte sa portée. Je voulais voir quelles étaient les photos que la presse étrangère pouvait utiliser pour illustrer leurs articles portant sur nos mouvements étudiants. Je me suis donc rendu dans la toute nouvelle Bibliothèque interuniversitaire Sainte-barbe dans le 5ème arrondissement de Paris. Cette bibliothèque dont Censier dépend me semblait être un bon choix car c’est celle où vont aller les étudiants de Paris III (notre université).
En ce qui concerne le kiosque, la presse étrangère y tient une place non négligeable. La bibliothèque proposait des journaux étrangers en quatre langues différentes : allemand, anglais, italien et espagnol. Je trouve leur sélection d’autant plus intéressante car ce sont principalement des journaux des pays frontaliers, complété par quelques journaux américains, mais qui eux, sont à très grande diffusion comme The New York Times.

J’ai donc décidé de consulter tous les journaux parus après la manifestation du 19 février 2009 et celle du 5 mars 2009.
Les journaux que j’ai consultés :

Franffurter Allgemeine Zeitung (ceux du 20 février et du 6 mars 2009).Ce journal, également appelé FAZ, est un des quotidiens allemands le plus diffusé dans le monde (148 pays pour un million de lecteurs quotidien). Il est indépendant de tout parti politique mais de tendance conservatrice et libérale.

Süddeutsche Zeitung (ceux du 20 février et du 6 mars 2009). Ce quotidien est, lui aussi, un journal de référence en Allemagne. C’est un journal que l’on considère plutôt de « gauche ». Il compte environ 430 000 lecteurs chaque jour.

Die Zeit (celui du 26 février 2009). C’est un hebdomadaire allemand paraissant tous les jeudis. C’est un journal libéral d’information et d’analyse politique qui compte environ 464 400 lecteurs chaque semaine.

The Guardian Weekly (du 27 février- 5 mars 2009). C’est un hebdomadaire (RU) rédigé en anglais et réunissant des articles de la semaine tirés de The Guardian (RU), The Observer (RU), Le Monde (FR) et The Washington Post (EU).

The Observer (du 22 février- 1er mars 2009). C’est un hebdomadaire du Royaume-Uni qui paraît tous les dimanches. Son chroniqueur politique Andrew Rawnsley, est l’un des plus réputés du pays. Ce journal est également connu pour ses enquêtes que l’on dit « longues, fouillées et sérieuses » et compte environ 449 140 lecteurs.

The Sunday Times (26 février- 5 mars 2009). C’est un hebdomadaire du dimanche ayant fusionné avec The Times en 1967. Lui aussi est du Royaume-Uni et est considéré comme le meilleur journal du dimanche en terme de qualité. Il est diffusé à 1 202 240 exemplaires. Ce chiffre fait de lui le journal le plus lu.

The Times (ceux du 20 février et du 6 mars 2009). C’est le plus ancien quotidien britannique. Il a été le journal de référence de l’establishment. Il est diffusé à environ 618 160 exemplaires chaque jour.

International Herald Tribune (du 20 février et du 6 mars 2009). C’est quotidien créé par des américains, mais édité à Paris. Il compte 242 000 lecteurs et donne une place primordiale à l’économie, la culture et les loisirs.

The New York Times (celui du 20 février, n’ont pas encore reçut celui du 6 mars). C’est un célèbre quotidien étasunien, mais étant également connu dans le monde entier. La télévision étasunienne se réfère directement à ce journal en ce qui concerne le choix de ses sujets. On dit qu’il est de centre-gauche et il compte environ 1 160 000 lecteurs chaque jour.

The Wall Street Journal (ceux du 20-22 février 2009 et du 6-8 mars 2009). Quotidien Newyorkais, se distribuant à 2 000 000 d’exemplaires par jour. Il est particulièrement réputé pour ses analyses financières, mais tend à devenir plus généraliste en laissant plus de place à l’information internationale et à la politique. C’est un journal qui souhaite rivaliser avec The New York Times.

The Washington post (celui du 23 février- 1 mars 2009). C’est un quotidien généraliste ayant 700 000 lecteurs. On le dit de centre droit, indépendant et supposé objectif.

ABC (celui du 20 février 2009, il n’y a pas celui du 6 mars 2009). C’est un quotidien espagnol édité à Madrid. C’est un journal conservateur et monarchiste ayant environ 267 000 lecteurs.

La Republica (du 20 février et du 6 mars 2009). C’est l’un des grands quotidien du Pérou et donc rédigé en espagnol. On le classe dans les journaux de centre gauche et est rédigé par des personnalités du pays qui n’hésitent pas à critiquer le pouvoir.

El Pais (du 20 février 2009 seulement car il n’y a pas celui du 6 mars 2009). Quotidien espagnol s’imposant comme l’un des vingt meilleurs journaux mondiaux. Il couvre l’actualité internationale et a environ 440 000 lecteurs.

Corriere Della Sera (du 20 février et du 6 mars 2009). C’est le premier quotidien italien généraliste diffusé à près de 715 000 exemplaires. C’est le plus diffusé du pays. Ce quotidien s’inscrit dans la tradition italienne et à une ligne progouvernementale.

La bibliothèque Sainte-barbe à donc fait cette sélection de quinze journaux étrangers (divers et variés) venant principalement d’Europe, mais également d’Amérique. Parmis ces journaux, une dizaine font parti des « journaux sources » utilisé par Courrier International pour ses articles. Ceci est intéressant car Courrier International est un journal rassemblant, selon eux, les meilleurs articles de la presse mondiale. Cela permet donc en quelque sorte de légitimer ma sélection de journaux, qui me semble relativement large, de pays et de bord différents.

Je me suis donc mise à feuilleter tous ces journaux à la recherche d’un article portant sur les mouvements étudiants de cette année et comportant, une photographie. Malheureusement pour moi, aucun de ces journaux ne semblaient entendre les revendications des étudiants français. Les articles parlant de la situation dans les îles (la grève générale) semblaient intéresser plus nos voisins européens et américains (même si il n’y a eu que très peu d’article).

J’ai réussi à trouver un article dans l’édition de The Sunday Time du 26 février 2009, nommé « Demon of 1968 rise to bait Sarkozy » (Le démon de 1968 se lève à l’amorce de Sarkozy) Cet article, ne parle pas vraiment des revendications motivant le mouvement. Il parle d’une action précise qui a été menée à l’Université de la Sorbonne (Paris IV), et que le journal a exclusivement reliée à un mouvement de solidarité envers les DOM et TOM. À la fin, l’article dérive totalement sur les manifestations aux DOM et TOM et sur le nouveau parti fondé par Olivier Besancenot.

Un article français met en évidence le fait que les journalistes du The Sunday Time assimilent le mouvement étudiant de la Sorbonne avec les revendications des Français des DOM et TOM.

Ci-dessous, un article publié sur le site de sauvonslarecherche

« La Sorbonne a été occupée par plusieurs dizaines de personnes le 19 février 2009, au terme d’une manifestation qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes à Paris. On trouvera ci-dessous l’appel lancé à la Sorbonne ce jour-là, ainsi que le compte-rendu de cette occupation.
L’appel de la Sorbonne occupée: Si nous occupons la Sorbonne, ce 19 février 2009, c’est que nous demandons l’abrogation de l’ensemble des réformes organisant la casse de l’enseignement et que nous nous opposons à la marchandisation de tous les secteurs de la société. […] Il est aujourd’hui nécessaire d’unir les luttes et de suivre l’exemple de la Grèce et de la Guadeloupe : c’est la seule manière de faire reculer le gouvernement. … Les occupants de la Sorbonne ».
L’article « Demon of 1968 rise to bait Sarkozy » était accompagné d’une photographie (ne représentant pas une des manifestations), mais représentant des étudiants, semble-t-il de la Sorbonne.

Sorbonne Protestersorbonne-protester

Cette photographie était accompagnée de la légende « Sorbonne protesters ». Il n’est mentionné nulle part le nom du photographe ou de l’agence ayant vendu au journal cette photographie. Elle est en couleur, mais n’en laisse apparaître aucune tel que le rouge ou le noir (comme on pourrait s’y attendre sur une photo de protestation). Nous voyons très nettement au premier plan un étudiant, poing levé et paraissant crier des slogans. C’est un étudiant qui semble totalement engagé et très déterminé. Derrière son bras, un autre visage se laisse entrevoir, mais qui lui n’est pas réellement reconnaissable. La profondeur de champ est moindre et tout l’arrière plan est donc flou. Il laisse tout de même apparaître des silhouettes d’autres personnes et d’autres poings levés.
La netteté parfaite du visage au premier plan nous laisse perplexe car elle pose la question du droit à l’image. Selon la loi française, nous pouvons supposer que cet étudiant a été conscient d’être pris en photographie et donc qu’il sait à quoi il s’est exposé. Mais cette loi est-elle la même pour le Royaume-Uni ? Ce journal a peut-être pu prendre certaine liberté quand aux risques encourut. En effet, cette édition étrangère a pu supposer que l’étudiant en question ne connaitrait sûrement jamais l’existence de cette publication.

Le seul article ayant porté son attention sur la France n’as fait qu’un amalgame des nombreux événements se déroulant en ce moment même. La grève généralisée aux DOM TOM a été relié à une action étudiante de la Sorbonne. Pourquoi avoir choisi précisément cette action ? Car elle s’est déroulée dans le lieu symbolique des révoltes estudiantines françaises de « Mai 68 ». Les journalistes se servent donc de cet événement pour montrer qu’en France il y a une répétition continuelle des révoltes étudiantes. Partant du fait que cet événement est récurent, les journalistes n’ont pas pris la peine de s’informer et donc d’informer les gens sur les réelles revendications. Les journalistes se servent des mouvements étudiants français comme d’une sorte de « marronnier », afin d’introduire le sujet de « Mai 68 ». Un marronnier journalistique se défini comme « un article d’information de faible importance meublant une période creuse. C’est un article consacré à un événement récurrent et prévisible. »

Pourquoi les journaux étrangers ne mentionnent-ils pas ces mouvements étudiants comme un événement à part entière qui sont pourtant d’une ampleur conséquente ? Certains journaux ne souhaitent peut-être pas laisser la place aux « marronniers journalistiques », bien que s’en ne soit pas réellement un. En effet, les revendications des étudiants sont bien différentes de celles durant « Mai 68 ». Mais sachant que les manifestations sont assez courantes en France, les journalistes ont peut-être souhaités arrêter de les mentionner, n’y font plus attention et surtout ne se renseignent plus sur eux.

La réponse à nos interrogations se trouve peut-être dans le slogan de The New York Times : « all the news that’s fit to print« . Peut- être qu’ils considèrent que nous ne méritons pas d’avoir une place dans les journaux étrangers.


Sources

_ Le site du Courrier international : http://www.courrierinternational.com
_ Le site de « Sauvons la recherche : http://www.sauvonslarecherche.fr/