Un mécontentement esthétique

24 05 2009

Par Fanny Dugravot

Mai 2009

Penchons nous sur un site de partage de photographies en ligne qui est Flickr.com. Le travail d’un photographe amateur m’a paru intéressant, c’est pourquoi j’ai décidé de prendre pour support de mon analyse, ses réalisations même si, nous n’en savons pas plus sur cette personne qui apparait sous le pseudo de Nej!B (aucun lien vers un blog…). Les clichés analysés datent des manifestations étudiantes de février 2009. Mon principal axe sera d’étudier des photographies où l’action est prise sur le vif mais où les costumes, accessoires… attestent d’une certaine mise en scène.
Ainsi, nous nous intéressons plus particulièrement à une analyse d’ordre esthétique c’est à dire que nous nous pencherons sur la question de la composition et du fonctionnement symbolique des images… comment expliquer que certaines photographies nous semblent plus pertinentes, plus « accrocheuses » que d’autres ?
Dans un premier temps, nous analyserons les défauts et les manques, puis nous nous intéresserons aux « ingrédients » efficaces permettant de rendre la photographie plus convaincante.

Des photographies insuffisantes.

Parfois, certaines photographies ne peuvent rendre compte véritablement du mouvement car il y a quelques défaillances. Nous allons donc essayer de repérer en quoi ces images sont critiquables du point de vue de la transmission d’une information.

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Par exemple, pour ce cliché, nous sommes en présence d’une affiche pouvant être qualifiée de satirique avec le dessin d’un cerveau où, au centre se trouve le symbole de l’euro. Puis des « hémisphères » se distinguent alimentés de slogans humoristiques expliquant à quoi cela correspond « cellule de la conscience ». Cependant, cette photographie ne rend pas réellement compte du mouvement car elle pourrait s’appliquer à plusieurs revendications contre le gouvernement. Elle n’est donc pas suffisamment ciblée. D’autre part nous n’apercevons aucune foule, cela pourrait aussi bien être un acte isolé.

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Ce second cliché représente une foule de manifestants de tous les âges avec des banderoles, des autocollants, un homme déguisé au premier plan. Cependant, je trouve qu’il n’y a pas de véritable dynamique cela semble statique surement du au manque d’expression des manifestants. Les slogans ne représentent pas non plus très bien les revendications. Enfin la partie vide de droite renforce cette vision de photographie disloquée, mal ciblée.

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Avec ce troisième cliché cette sensation de vide, de dispersion se renforce. En effet, la photographie donne l’impression de fin de manifestation. Il y a quelques personnes assises, on remarque le slogan « touche pas à mon prof ». A l’arrière plan, la position des pieds indique que les autres personnes sont aussi assises sur quelque chose. Ce qui ressort donc est une impression de passivité.
Ainsi, malgré les nombreuses ressources à disposition (la foule, les costumes, les accessoires …), certaines photographies ne comportent pas assez d’éléments pour réussir à toucher leur but (vide trop important, slogans implicites, passivité…).

Des photographies efficaces

Cependant, certaines photographies de manifestations marquent directement nos esprits. Les mises en scène sont donc très importantes, certains sont vêtus de noir, portent des cercueils et des cierges à la main. Une image forte en ressort signifiant que c’est le projet des universités que l’on enterre…

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Sur ce quatrième cliché, nous distinguons quatre personnes habillés en infirmiers avec des accessoires médicaux sur lesquels se trouvent des slogans ironiques, une affiche avec un jeu de mot. L’expression et les gestes de l’homme sont très fortement marqués par la colère et la résignation. Il apparait même assez menaçant. D’autre part, la présence des CRS en arrière plan renforce le coté contestataire de la manifestation. Enfin nous pouvons penser que par ces déguisements ces personnes incarnent plus des personnages que de véritables personnes. Ainsi cette photographie en outre le fait qu’elle soit représentative est aussi très original.

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Avec le cinquième cliché, c’est vraiment la prise de risque, le fait de se mettre un peu en danger qui nous interpelle vivement. Ces trois étudiants sont en hauteur et tiennent une banderole où est inscrit le slogan « la crise ne justifie pas le mépris ». Ainsi, devant cette photographie nous avons une sensation de puissance assez importante puisque ces personnes bravent le danger qui existe afin d ‘exposer leur détermination.

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Le cliché ci dessus est pour moi le plus réussit. En effet la foule est compacte donnant l’impression qu’il y a beaucoup de monde. On distingue très nettement les expressions, l’exaltation. Nous pouvons aussi remarquer qu’il y a à la fois des étudiants et des enseignants chercheurs. La banderole est aussi très lisible.
Cette photographie rassemble donc toutes les caractéristiques importantes de cet évènement.

Ainsi, nous avons donc analysé les défauts à éviter dans ce genre de photographie. En effet, le manque de mouvement, d’expression, les vides trop importants, les slogans implicites ou illisibles rendent plus difficile la lecture et la réussite d’un cliché. Cependant, nous nous sommes aussi penchés sur les caractéristiques rendant les photographies pertinentes et intéressantes. Par exemple dans nos clichés, nous avons vu la prise de risque, les expressions, le mouvement, la foule…
Le fait de ne prendre qu’un photographe est intéressant puisque nous pouvons comparer ses travaux, mais surtout montrer que la réussite d’un cliché ne tient pas qu’au talent mais aussi à un grand nombre de facteurs !

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Traîtres Images

18 05 2009

Par Noé Termine

Avril 2009

Nombreuses ont été les manifestations ces derniers temps, et nombreuses furent les photos ayant pour but de relater ces évènements. Ce 26 février, Nantes observa une petite particularité qui semble mériter une attention toute particulière. En effet, alors que toute la France disait non à la LRU, Nantes scandait les droits des patrons. Malgré le réalisme de cette manifestation, celle-ci était en fait un pied de nez aux « pro-l.r.u. », c’était une fausse « manifestation de droite ». Il fallut un temps assez conséquent pour se rendre compte de la supercherie… en effet, un premier axe de recherche envisagé était les mouvements de soutien au gouvernement afin quels pourraient être les codes spécifiques montrant la différence entre les « pro » et les « anti » gouvernement. Cette manifestation semblait, de prime abord, parfaite pour accompagner cette réflexion, seulement, après quelques recherches il s’avéra qu’il s’agissait en fait d’un faux semblant. Ainsi se pose la question suivante: comment une photo est-elle à même d’illustrer un mouvement ? Comment lire une image qui offre une multiplicité d’interprétations? Et comment peut-elle être insérée dans la presse?

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La première photo a été prise à Paris le 18 novembre 2007 par Bertrand Guay. Elle a été trouvée grâce au mots clé «stop la grève» sur le site de l’ A.F.P. Le message est clair: « Stop la grève » inscrit sur une pancarte qui se trouve au dessus de deux étudiants, dont une fille, en train de crier, qui porte le bonnet de Marianne. La construction est assez « standard », on retrouve certains motifs illustrant les manifestations, une certaine exaltation de la part de la jeune femme, des logos « stop la grève », le symbole de la Marianne, le drapeau tricolore, la présence de la couleur rouge… La profondeur de champs est assez réduite, il s’agit d’ un «portrait» de manifestant. Ce qui est gênant ici est le fait que cette image nous offre à voir un certain paradoxe: ces manifestants sont contre les manifestants «habituels», pourtant, ils utilisent les mêmes codes, et seuls les pancartes nous indiquent qu’ils s’agit d’un mouvement « pro-gouvernemental »…

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La deuxième photo fut trouvée en tapant «manifestation étudiante» dans la barre de recherche du site de L’A.F.P. Elle a été prise à Nantes le 26 février 2009 par Frank Perry, dans un angle plus large que la précédente, on y retrouve quand même un portrait au premier plan, une jeune femme tient une pancarte où il est inscrit  » répression des manifestations ». La profondeur de champs est restreinte, on peut tout de même voir des pancartes au second plan, ainsi qu’un jeune homme crier. On y retrouve les motifs utilisés dans les photos de presse pour montrer les manifestations: la couleur rouge, des pancartes, le mouvement de foule,… une similitude avec la photo précédente: les couleurs du drapeau français sur les panneaux. Le cadrage ne laisse pas deviner le nombre de manifestants. Ici, la jeune femme sourit, semble plus détachée que la jeune femme de la photo précédente, ce qui peut en faire une photo un peu moins crédible que la précédente, proche de l’image des « jeunes troubleurs de fête ».

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La troisième photo, trouvée dans les mêmes conditions que la précédente a été prise à Paris le 05 mars 2009 par Lionel Bonaventure avec une profondeur de champs assez courte puisque seule la fille du premier plan est distincte, il s’agit encore une d’un portait, d’une manière plus prononcée, l’arrière plan est totalement flou bien qu’il laisse supposer la présence d’une foule assez conséquente. On y retrouve quelque signes distinctifs de la manifestation, à savoir la pancarte, la présence de la foule, ceux-ci sont moins présent que sur les deux autres photos, a noter tout de même, les couleurs criardes de la pancarte, et le message encore une fois très clair. Cette jeune femme a un regard assez déterminé, avec un léger sourire en demi-teinte, qui semble vouloir rappeler qu’elle est déterminée à lutter et ce pour une cause sérieuse.

L’intérêt de mettre en parallèle ces trois photos qui sont quasi semblables quant à la construction de l’image – un portrait d’une jeune femme au coeur d’une manifestation- est de montrer que la photo de manifestation a des codes récurrents, autonomes du sujet photographique. Reste à poser, justement, le problème du but de cette manifestation. Comme nous avons pu le montrer auparavant, celui-ci est difficilement descriptible par l’ image elle-même. Entre donc en jeux le côté prédominant du texte, des symboles & logos, dans la photo ou hors de celle-ci (texte en légende.).
Ainsi, une attention toute particulière doit être portée aux légendes, et, nous allons le voir, celles-ci aussi peuvent porter à confusion. En effet, bien que les légendes de la photo 1 et 3 soient claires respectivement « protest against the strike » et « mouvement contre les réformes gouvernementales », la légende de la photo 2 est un peu plus ambiguë. Et c’est d’ailleurs de celle-ci qu’est partie toute cette démarche. En effet, l’ A.F.P nous dit que cette étudiante manifeste « contre les réformes qui touchent l’Université » On peut croire à une erreur de la part de l’A.F.P, car la légende ne décrit pas vraiment ce qu’on y voit, à moins que les réformes soient en faveur des manifestations… Les photographes sont sur place, savent ce qu’ils photographient, mais qu’ en est-il de ceux qui utilisent ces images? D’autant plus que même en recherchant sur internet des précisions sur cette manifestation sur le site sauvonslarecherche.fr, on ne nous dit pas qu’il s’agit d’une manifestation caricaturale: « Assez grosse manif (pas loin de 2000 personnes) organisée par les étudiants : « manif de droite » avec slogan ’moins de chercheurs, plus de bonnes sœurs’, arrêt devant l’église Saint Nicolas : ’le clergé avec nous’ final devant la Société Générale » bien que les slogans paraissent assez ridicules. Ce n’est qu’en tapant sur Google « manif de droite » que l’on trouve des indications sur cette « farce ».

Cette difficulté de lecture de l’image montre à quel point cette dernière peut induire en erreur. Faire passer un message peut s’ effectuer à travers les logos et symboles, encore faut-il qu’ il y ait, pour le lecteur, une (re)connaissance de ceux-ci. Le texte, sur l’image ou en légende peut, lui, être considéré comme un indicateur clair, même si, nous l’avons vu, celui-ci doit être lu et analysé avec précaution. Une image est facilement détournable, car on ne peut apporter une lecture universelle, on peut seulement imposer des codes et des règles qui seront des critères de lecture ou de sélection pour les journaux ou autres diffuseurs d’images, mais finalement une photo illustre difficilement à elle seule le fond et la forme, si tant est que ceux ci veuillent être illustrés par son auteur. Pourrait-on ainsi affirmer que l’image dépend du texte?





La manifestation du 19 février 2009 à Paris

18 05 2009

Par Elise VANDERHAEGEN

Les photographies de manifestations répondent de manière générale, bien souvent, à des codes connus de tous. Nous nous attendons à trouver dans ces clichés des points levés, des regards déterminés, une banderole ou un drapeau rouge, de l’exultation. Le thème de la manifestation comprend de nombreuses connotations, que nous allons tenter de relever et de comprendre à travers l’analyse de six clichés de sites personnels, d’amateur ou professionnel, et de sites d’information. Quelles dissemblances et points communs observons-nous entre ces photographies provenant de deux sources différentes ? Le public visé et ainsi que les objectifs divergent. Quelle démarche a le photographe dans une manifestation, suivant ses propres critères de qualité et ses intentions d’utilisation de ce cliché ? Les six photographies présentées dans ce dossier ont été choisies selon deux critères objectifs : elles ont toutes été prises lors de la manifestation contre les réformes de l’éducation du 19 février 2009, à Paris. Trois sont issues de sites internet d’information tels que LCI, L’Express ou Le Point, tandis que les trois autres proviennent de blogs de photographes. Nous analyserons dans un premier temps chaque cliché. Puis nous observerons de plus près la rupture entre les photographies de presse et les photographies de blogs gratuits, d’amateur et de professionnels, afin d’apporter une réflexion sur la photographie dans les manifestations, d’une manière générale.

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Ce premier cliché (ci-dessus) est pris à Place d’Italie, avec comme légende sur le site Internet de LCI : « Manifestation des enseignants chercheurs à Paris, le 19 février 2009 ». Il semble assez pauvre en informations. Sans la légende, on devine à peine qu’il s’agit d’une manifestation : nous n’apercevons qu’un groupement de personnes au loin. La banderole seule indique une manifestation, mais le slogan n’étant pas visible, nous ne pouvons avoir connaissance des revendications de cette manifestation. Les deux visages que nous voyons sont sans expression particulière, concentrés sur la banderole qu’ils doivent être en train de monter ou démonter. Aucun symbole du mouvement contestataire ne figure sur cette photographie : ni point levé, ni regard enragé. Il est donc étonnant, de la part d’une chaîne à forte audience, d’illustrer ainsi les manifestations françaises, pourtant de réputation internationale.

Eric Roset

Cette seconde photographie provient du blog d’Eric Roset, photographe professionnel à Genève. Elle n’a pas été publiée dans un journal à ma connaissance, bien que ce photographe travaille en collaboration avec des journaux, notamment « 20 minutes », si l’on en croit sa biographie. Ce cliché provient donc d’un professionnel, mais n’est visible que sur son blog. Cette photographie est accrocheuse, elle attire l’œil mais sans se dévoiler en un instant. Elle demande d’être regardée, analysée, admirée. Concernant les éléments de l’image, on y trouve une personne au premier plan, drapeau / banderole en main, poing levé, tel un guide motivant la foule qui le suit. Vient ensuite une série de banderoles laissant apercevoir quelques mots révélateurs : « Biatos » ; « Vie galère ». Le sujet du mouvement n’est pas totalement explicite mais est deviné par quiconque un peu au courant de l’actualité. La foule semble assez compacte, donnant une impression d’unité. Enfin le ciel ainsi que les immeubles offrent un point de fuite. D’un point de vue esthétique, cette photographie comporte de nombreuses qualités : la disposition des éléments me semble extrêmement réussie, ainsi que les couleurs. On reconnaît la touche, l’œil d’un photographe professionnel. AFP/Archives/Olivier Laban-Mattei
Cette image m’a étonnée par sa fréquence de publication sur Internet. « Manifestation 19 février paris » : ces quelques mots tapés dans Google Image et voici que ce cliché apparaît à quatre reprises : « L’Express », « Le Dauphiné », « Nice Matin », « L’Internaute ». Un vrai succès de la part de l’AFP, que nous allons tenter d’expliquer. L’effet de foule est très réussie, on peine à voir le bout du cortège. La photographie est bien cadrée, les manifestants sont entourés d’arbres de chaque côté, les immeubles en fond, seul un morceau de ciel ou de source lumineuse manque. Les slogans nous laissent aisément deviner qu’il s’agit d’universités en lutte. Seule ombre au tableau : les manifestants présents semblent dispersés, tournant le dos parfois. Discutant en petits groupes, ils ne donnent pas l’image du cortège allant de l’avant, vers une vie meilleure, ou du moins une université moins pire. L’image manque donc de dynamisme, de hargne, mais illustre bien cette manifestation importante en lui apportant crédibilité et sérieux.
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La photographie ci-dessus ne précisait pas ses sources : elle est apparue dans les résultats de Google Image, me confirmant qu’il s’agit bien d’un cliché pris à Paris le 19 février dernier, mais la page était introuvable. J’ai tout de même pu la télécharger. Sans source, nous ne pouvons déterminer si cette photographie provient d’un amateur ou d’un professionnel, elle ne découlait ni d’un blog, ni d’un site information, mais de Citizenside.com, site de stockage d’image où n’importe qui peut vendre ses clichés : « Les services de CitizenSide sont réservés aux personnes juridiquement capables de souscrire des contrats en droit français. » (Conditions Générales d’Utilisation du site Citizenside.com). Ici, on n’aperçoit ni foule de manifestants, ni banderole enragée. Pas de visage exalté, ni gestes furieux. En revanche, le symbole est fort, frappant, touchant : un cercueil avec l’inscription « Censier 65 – 09 », la mort de l’université. Le cercueil noir est porté par des étudiants l’air déterminé et l’habit morne, un clown triste accompagne ce cortège d’un air de trompette. Ce cliché diffère des clichés précédents et à venir, mais propose justement sur un même mouvement contestataire, un autre angle de vue qui s’appuie sur des actions à l’intérieur de ces manifestations, qui coupent de manière positive la régularité de la foule manifestante. Ce cliché est donc plutôt simple, modeste, il semble par exemple moins travaillé que la photographie n°2, moins professionnel, mais il est réussi et remarquable grâce à l’instant pris, et c’est là un des buts premiers de la photographie, et le symbole de l’action.

« Le Point avec agence » (seule mention trouvée)

Cette photographie est issue du site internet d’information Le Point. L’unique légende présente sur le site était « Le Point avec agence ». Peut-être a-t-elle été publiée dans le journal du même nom. On y aperçoit deux banderoles ; une du syndicat étudiant l’UNEF, et une autre où l’on y décrypte « Université Pa(ris ?) » ; « Service public… ». Le sujet parle de lui-même. Les manifestants semblent pour la plus part jeunes, engagés, mobilisés. Au premier plan, un jeune homme, bandeau « En lutte » au front, lunettes noires, semble hurler un slogan. L’effet est plutôt réussi : mêlant à la fois des visages souriants à des regards déterminés. En revanche, le cliché se rapproche plus du portrait que du grand ensemble. Il n’y’a en conséquence pas un effet de foule marquant.

Enfin, nous terminons cette analyse par une photographie amateur, trouvée sur le blog de Nej!B.

Blog de Nej!B

Hormis la date et le lieu, nous n’avons pas pu répertorier plus d’informations sur ce cliché. Il s’agit apparemment d’un blog internet d’un photographe amateur engagé. La banderole affiche un message très clair : « Institut Cochin en Lutte ; Pour la recherche… l’enseignement supérieur ». On ne voit pas la fin du cortège, grâce à un cadre de taille moyenne, assez grand pour créer un effet de densité, mais pas trop concis afin de ne pas donner une impression de portrait comme dans le cliché précédent. Au niveau du décor, les deux immeubles à gauche et à droite en fond, avec l’avenue et le ciel au centre donnent, comme dans la deuxième photographie, un très bel effet et un point de fuite. Concernant l’apparence des manifestants, les regards se croisent et obliquent vers diverses directions, mais les bouches ouvertes criant un seul et même slogan réunissent les visages vers une même lutte. Un travail sur les couleurs semble avoir été fait, soit au moment du cliché, directement sur l’appareil photo, soit après, grâce au numérique. Cet aspect jauni donne une esthétique très réussie à la photographie. De plus, l’effet de contreplongée dynamise l’image. Les manifestants paraissent beaux dans leur combat.

Grâce à ces six clichés, nous allons pouvoir observer de plus près les clivages entre photographies de presse et photographies de blog ou amateur, mais aussi les ressemblances. Les trois clichés vus dans la presse (photographies 1, 3 et 5) apportent plus grande impression de réalité. Moins travaillés et sans mise en scène (comme on peut le trouver dans la photographie 4), les clichés 1 et 5 donnent au spectateur l’impression qu’il se trouve au milieu de la scène. Le cliché 3, pris en hauteur, donne moins cette impression, mais, comme dit précédemment, illustre très justement la manifestation. Dans les clichés provenant d’amateurs ou de blogs relèvent, l’esthétique est au moins aussi importante que le but informatif. Elle y est travaillée, et on peut suspecter un travail numérique sur l’image en aval. Les couleurs, la disposition des éléments, l’angle de vue, diffèrent des clichés destinés à l’information. Ces derniers pourraient être caractérisés de plus neutres. Les manifestations peuvent être photographiées selon différents points de vue. Hormis le souci de neutralité, le photographe peut choisir l’action qu’il saisit. De la mise en scène, comme dans la figure 4 au cliché de la foule (cliché 3), l’impact ne sera pas le même. De mon point de vue, une des priorités, dans la photographie en général mais notamment lors de mouvements contestataires, est de capter l’émotion, la détermination des manifestants, tant dans la photographie de presse qu’en photographie en dehors du cadre de l’information. Cet effet ne relève pas uniquement du portrait, mais peut aussi être ressenti à travers un mouvement de foule. De plus, il me semble intéressant de pouvoir comprendre l’objet de la manifestation sans lire obligatoirement la légende. Celle-ci complète certes l’image, mais une banderole précisant « Université », « Education » ou « Recherche » est un plus. D’une manière générale, la disposition des éléments est primordiale, c’est elle qui guide le regard vers les différents objets, mais aussi qui rend la photographie agréable ou non à regarder. La photographie 1 est par exemple moins agréable à l’œil que la 2, notamment pour des raisons de disposition, de cadrage. Le point de fuite est par exemple un élément nécessaire, en photographie comme en peinture, il guide le regard, le soutient. Enfin, le travail de l’esthétique, sur les couleurs, le cadre, la lumière ou le contraste, ajoute à la photographie une portée artistique auxquels de nombreux spectateurs, érudits ou non sont sensibles. Un dernier point que je n’ai pas pris la peine d’aborder dans ce dossier : le droit à l’image. Certains pourront en effet critiquer le contrôle impossible de ces clichés, diffusés sur le net ou publiés, sans que les manifestants reconnaissables ne soient consultés. Cette critique est certes justifiée mais sans réponse possible. De plus il me semble qu’à partir du moment où une personne libre de droit descend dans la rue revendiquer en groupe ses idées, elle sait que quiconque dans la foule peut la reconnaître et que les photographies sont fréquentes. Dans notre pays où la liberté de pensée est censée être appliqué, cela ne doit pas être un obstacle.

Concernant le point de vue du photographe, lorsque les clichés sont dédiés à la presse, ils ne doivent pas prendre partie, pour ou contre ce mouvement, mais juste montrer, informer, la population des évènements qui se déroulent dans le pays. Les photographes, que l’on nommera « indépendants » choisissent plus librement leur angle d’attaque. Le blog de Nej!B montrait en parallèle avec son travail de photographe, une implication dans le mouvement étudiant. De même, le blog d’Eric Roset montrait des clichés du monde entier, des pays d’Afrique, d’enfants, semblant avoir un regard porté sur le social et donc qu’on pourrait supposer plus tourné vers la cause des étudiants. De même, la photographie 4 semble provenir d’un amateur. Les photographes « indépendants » vont, consciemment ou non, plus tendre à rendre les manifestants sympathiques, crédibles, ils vont chercher à rendre agréable leur cliché, donner envie au spectateur d’adhérer à cette cause. Les photographies utilisées dans la presse ne cherchent pas la sympathie du spectateur pour un camp ou un autre (du moins espérons le !) mais uniquement à informer, à illustrer. Des trois, seule la photographie 5 montre réellement le visage d’un manifestant (avec un bandeau et des lunettes par ailleurs). Ces photographies privilégient l’expression, le mouvement général à l’émotion. De plus, les photographies choisies doivent être cohérentes avec la ligne iconographique du journal. La rédaction d’un journal cherche, tant dans les écrits que dans les images, une unité, une cohésion. Tandis que certains journaux tels que Télérama ou Le Monde 2 vont privilégier des photographies avec une certaine recherche esthétique, un travail sur la couleur ou encore sur le montage, d’autres tels que 20 minutes ou Le Point recherche des photographies illustrant l’information. Il en est de même avec l’écriture qui répond à une ligne éditoriale : avec un style soit satirique (comme Le Canard Enchaîné) ou plus officiel, avec le Figaro. J’ai sélectionné les trois clichés (1, 3, 5) parmi une dizaine qui sont apparus dans les premières pages de ma recherche, suivant les deux critères objectifs et la pertinence du site internet d’information desquels ils étaient issus (privilégiant les sites nationaux). Remarquons que dans le cas de cette recherche, les résultats en matière de photographie de presse sont moins riches que les clichés provenant de blogs de photographes amateurs ou professionnels. Cela peut s’expliquer notamment par le fait que les manifestations concernant l’éducation sont peu couvertes par la presse et donc plus négligées que certains sujets.

La photographie lors des manifestations est donc complexe, les éléments sont nombreux et parfois difficiles à saisir (mouvements des manifestants, banderoles). L’émotion est souvent l’élément le plus compliqué à photographier : furtive, rapide, à travers un regard ou geste, l’œil du photographe doit être observateur et alerte. Mais il ressort de ce travail des clichés puissants, idéologiquement et humainement. Ces images sont indispensables pour illustrer les courants historiques, les évènements politiques ou encore les mouvements sociaux. Qu’elles soient d’ailleurs professionnelles, amateurs, artistiques ou journalistiques. Et si chacun a ses préférences en matière de disposition ou d’esthétique tous les avis se rejoignent pour affirmer l’importance de l’image, particulièrement lors de mouvements contestataires, pour illustrer une lutte, que ce soit en accord avec une ligne iconographique choisie ou indépendamment de tout cadre.





L’oeil du spectateur

14 04 2009

Par Morgan AMARA-KORBA

Notre objectif étant d’analyser  les photographies de manifestations, il faut  constituer un corpus d’images et définir l’angle d’attaque  .Notre choix s’est porté sur les journaux de grande diffusion ainsi que les sites d’informations afin de savoir comment ils retranscrivent les manifestations. C’est une manière de cibler la recherche à un certain type de photographies, en l’occurrence des photographies publiées à  la différence de photographies diffusées sur des sites personnels (blogs) ou sur les photothèques. La sélection des photographies est subjective puisque l’objectif premier est de savoir comment, du point de vue d’un spectateur, telle ou telle image retient-elle notre attention. Quels sont les éléments qui accrochent notre regard?
À partir d’un certain nombre de critères tels que la composition de l’image ou le cadrage, nous pouvons distinguer deux types d’images: les mouvements de foule et les portraits. Ces deux types d’images ont des effets différents, elles suscitent des réactions différentes. Comment, de deux manières différentes, les photographies de manifestation  captent elles l’œil du spectateur?
Notre but n’a pas été de choisir de bonnes images (bon cadrage, choix des couleurs, effets produits…),  il s’agit plutôt de restituer un certains nombre de photographies de manifestation et de repérer ce qui les différencient des autres,  ce qui se remarque davantage.

I La foule.

Benoit Tessier/ Reuters


Figure 1

C’est une photographie de manifestation étudiante provenant du site d’information Lepost.fr. Il est donc destiné à un public qui veut s’informer. Cette photographie a été recueillie par Benoît Tessier/ Reuters. Reuters est une agence photographique, dite filaire (de téléphotographie) c’est à dire une structure qui gère et distribue des photographies. Avec l’AFP (agence France presse) et l’AP (Associated Press), elle est l’une des agences photographiques la plus connue et la plus utilisée par les journalistes. Cette image montre un rassemblement de personnes derrière une banderole de couleur blanche en tissu portant le slogan« insurrection lycéenne 92 Michelet». À première vue, les thèmes de cette photographie renvoient à la joie, à une ambiance bonne enfant.
Cependant, nous pouvons identifier les motifs d’une manifestation: la multitude et le mouvement de foule, les proportions (les personnes prennent plus de la moitié de l’image sur le plan horizontal), les affiches, les banderoles. Tous ces éléments indiquent que nous sommes dans une manifestation.
L’image suscite le plaisir et la joie grâce aux sourires observés au premier plan mais suggère aussi une prise de position et le mouvement de contestation. Au premier plan, à droite, une jeune femme tient un mégaphone : Cela indique qu’elle veut scander un message pouvant être entendu par le plus grand nombre. Au premier plan, au milieu, une autre jeune femme porte une échappe rouge: cette couleur est celle qui attire davantage le regard, il peut également renvoyer à la lutte.  La banderole noire et rouge sur fond blanc attire l’œil ; elle est clairement lisible et est sans doute l’élément que l’on remarque en premier lorsque l’on regarde cette image.

Les aspects extérieurs.
La construction: l’image se lit horizontalement (format paysage). Nous pouvons distinguer la banderole blanche en bas de l’image, la première rangée de personnes, l’affiche et enfin les bâtiments (vue hors manifestation).
Le cadrage: le plan est général, ce qui permet d’avoir une vision globale de la manifestation. Le but est de voir un ensemble de personnes et de pouvoir identifier les différentes affiches.  L’angle de vision est normal, ce qui signifie que la photographie a été prise à hauteur des yeux. Cela permet de se mettre au niveau des personnes figurant sur l’image. L’éclairage est de jour; l’action se passe donc en journée. L’image ne joue pas sur les contrastes ou sur les jeux d’ombres. Quant aux effets techniques, nous pouvons observer une profondeur de champ moyenne, c’est à dire que la netteté est appréciée sur la moitié de l’image (à l’horizontal) de façon à voir les personnes du premier plan. En revanche ce qui se passe derrière la banderole est plus flou; d’une certaine façon c’est une manière de gommer les éléments qui ne font pas partie de la manifestation comme les bâtiments ainsi que les feux de signalisations (à gauche de l’image), le panneau bleu et les arbres (à droite de l’image).

La mise en œuvre.
L’image ne fait pas d’effets particuliers, elle se veut objective. Grâce à l’étude de la composition et du cadrage nous pouvons remarquer que la photographie ne joue pas sur l’angle de vision ou sur l’échelle de plan. Elle aurait pu être prise en contre plongée  ou centrer sur un élément précis. De plus nous pouvons identifier les personnes donc l’image ne crée pas de mystère (zones floues ou zones d’ombre). C’est pour cela que l’image restitue la manifestation de manière simple et réaliste. Elle n’en est pas moins différente et moins intéressante que les autres photographies.
L’image fait référence à des lycéens (identifiables grâce au slogan). Le spectateur à souvent l’image de lycéens comme des contestataires ou plus simplement des étudiants qui veulent revendiquer quelque chose.
Nous l’avons dit, les sentiments sont davantage tournés vers la joie et l’enthousiasme, ce qui peut parfois être en contradiction avec l’action menée.
Ainsi, cette image ne requiert pas de procédés pouvant la mettre plus en valeur. Le seul élément qui se distingue vraiment c’est le contraste entre l’ensemble des personnes et l’affiche blanche, rouge et noire. Ces couleurs associées ensemble accrochent le regard.
Pour conclure, cette photographie de manifestation étudiante se distingue par le choix des couleurs et  le cadrage qui donne un mouvement de foule. Elle relate tout simplement les faits puisqu’elle est issue d’un site d’information. Elle ne symbolise pas la force d’une manifestation et se veut plutôt décontractée et donne l’image d’une  manifestation inoffensive, peu virulente.

Jean-Paul Pelissier / Reuters
Figure 2

C’est une photographie de manifestation étudiante (et enseignants) qui provient du site de Paris Match de Jean-Paul Pélissier/Reuters. Paris Match est un magazine de grande diffusion destiné à un public qui désir se tenir au courant de l’actualité. Encore une fois, cette image est d’une agence photographique (Reuters). Cela montre que deux types de médias puisent dans une même agence. Cette image montre une multitude de personnes avec une multitude de banderoles. Le thème principal  de cette photographie est la contestation comme l’ensemble des photographies choisies mais les émotions ne sont pas clairement identifiables. En effet, les visages n’expriment pas ou peu de sentiments. Certains regardent ailleurs, d’autres regardant l’objectif avec un certain étonnement. Les personnes se parlent entre eux. La photographie est témoin de la situation.
Nous pouvons identifier les motifs tels que la foule, les affiches, les banderoles. La première en bas est blanche et écrite en noir et rouge. Cette association de couleurs est donc un facteur important puisque c’est celui qui est largement utilisé et qui prouve son efficacité. Ce sont vers ce type d’images que nous sommes attirés. Le même type d’affiche se trouve en haut à droite de l’image. À gauche, une banderole blanche écrite en orange fluorescent attire le regard. Une succession de drapeaux noirs et orange sont tendus à gauche du tableau. D’autres pancartes blanches sont dispersées un peu partout dans la masse. Les couleurs utilisées ici sont le rouge, le orange, le noir. Elles sont très importantes d’un point de vue visuel car se sont des couleurs vives  (Rouge et orange).Cette image a les mêmes caractéristiques  que la précédente à l’exception qu’elle multiplie et décuple chaque élément. L’impression de foule est multipliée par trois, le nombre d’affiches est nettement supérieur.
L’image suscite à première vue la surprise et l’étonnement du fait qu’il y ait autant de monde. Les banderoles sont les éléments qui encore une fois  se distinguent de la photographie.

Les aspects extérieurs.
La construction: la lecture se fait à l’horizontale au format paysage.
Le cadrage: si l’on regarde l’échelle de plan, nous avons une vue d’ensemble qui fait que nous pouvons observer beaucoup de personnes. Au niveau des proportions, les personnes prennent la quasi totalité de l’image. L’angle de vision est à hauteur des yeux mais ce qui est intéressant c’est que les personnes ne sont pas sur le même plan. Les personnes du second plan paraissent plus élevées que les personnes du premier plan. Peut être que les manifestants sont sur des escaliers, ce qui donne cette impression de profondeur. Comme pour l’image précédente, L’éclairage est de jour. Nous avons les mêmes aspects que pour la photographie de lepost.fr.
Quant aux effets techniques, nous pouvons observer une forte  profondeur de champ puisque la zone de netteté est étendue ; seules les personnes du fond sont légèrement floues.

La mise en œuvre
L’image se veut informative, elle relate les événements qui se sont déroulés. Elle n’accumule pas les procédés techniques. La situation renvoie donc aux étudiants manifestants mais aussi aux enseignants chercheurs engagés dans le même combat. Les slogans sont assez évocateurs d’une prise de position «en grève», «non […]», «contre […]».
L’expression des sentiments est neutre. Comme nous l’avons dit, la photographie n’a pas été mise en scène, les manifestants sont occupés à autre chose, ils regardent dans des directions différentes. Nous n’avons pas de lien direct avec les yeux du fait qu’il n’y ait pas de gros plan. Certains ont des lunettes de soleil. Du coup, cela atténue la force de l’image car nous ne pouvons pas clairement voir les émotions des personnes.
La photographie est intéressante pour le mouvement de foule et l’impression qu’il y a d’autres personnes au delà de l’image (en hors champ). Les banderoles sont aussi importantes car elles captent notre attention du fait de la quantité et de l’utilisation des couleurs.
Nous remarquons que pour ce type de photographie (mouvement de foule), les même éléments sont utilisés et proviennent de la même agence photographique. Peut être que c’est ce type d’image qui est recherché et qui restitue le mieux les manifestations.

Le Figaro/Source inconnue

Figure 3

C’est une photographie de manifestation issue du magazine Le Figaro (sur leur site) et de source inconnue. C’est à dire que la photographie peut très bien avoir été prise par un photographe amateur. Cette image montre précisément un groupe de personnes en train de manifester.  Cela veut dire que nous voyons des personnes en pleine action. Comme les photographies précédentes nous voyons une banderole blanche en bas de l’image avec inscrit «une fac critique». Des drapeaux peuvent être reconnaissables grâce à leurs couleurs (noir et orange). Les manifestants crient et ont le bras levé.
Les thèmes sont ici la révolte, le combat, la colère. Les motifs ne sont pas les mêmes puisque le mouvement de foule n’est pas aussi accentué que dans les autres images même si nous devinons qu’ils doivent être nombreux. L’image du poing levé est un élément très important car il donne le ton : la manifestation paraît  virulente, peut être violente. Les manifestants ont l’air déterminés. Les cris et le regard vers le ciel sont aussi des signes d’une manifestation et suggère d’autant plus  l’interprétation. Le taux d’iconicité est fort: l’image arrive à nous faire entendre les cris des manifestants et la force de leurs propos. Le poing levé indique qu’ils sont dans l’action. Nous
Sommes donc au cœur de la manifestation.
Ainsi l’effet produit est la colère et la révolte. Nous ressentons ce qu’ils expriment. L’image est explicite, nous n’avons pas de problème de compréhension: l’intention des manifestant est claire.

Aspects extérieurs
La construction: l’image est au format paysage. Pour ce qui est du cadrage, le plan moyen ressert le champ à ces quelques personnes qui crient. Notre attention se porte que sur ces manifestants. Cela produit un effet différent des autres images car il concentre notre regard sur ce qui est essentiel.  L’image aurait pu être davantage en gros plan. Mais si cela avait été le cas nous n’aurions pas pu voir le nombre de personnes. Un seul individu qui crie et qui a le poing levé a moins de force que tout un groupe. Sur cette image nous comptons environ six personnes dans le même mouvement et la même attitude. Le fait d’avoir un plan moyen invite le spectateur à croire qu’il y en a beaucoup plus. Le gros plan dévoilerait qu’une ou deux personnes, et le plan général aurait peut être montré que seulement cinq personnes ont cette attitude et que les autres ont une  attitude plus discrète. L’angle de vision est à hauteur des yeux. Il n’y a pas d’effet recherché, l’action des manifestants suffit à elle même. Il y a une forte profondeur de champ puisque l’ensemble des personnes est net.
Ainsi, cette image se distingue par la force qu’elle dégage. Les cris et les poings levés orientent  davantage le spectateur sur  ce que signifie la photographie. Elle prend position, elle n’est pas passive.

II Les portraits

Reuters

Figure 4

C’est une photographie parue sur le site du journal Libération, provenant de l’agence Reuters. Le journal Libération est connu pour sa prise de position et par la quantité importante d’images. Libération est un journal de grande diffusion. Le choix des photographies est essentiel parce qu’elles doivent refléter l’impression générale d’un bref coup d’œil.
Nous pouvons voir sur cette image un ensemble de personnes qui, à première vue, pourrait n’être qu’un rassemblement. En effet ils ont l’air joyeux et ne semble pas manifester. En revanche, les banderoles blanches écrites en rouge nous orientent sur la nature du rassemblement. Il s’agit d’une manifestation sans doute étudiante puisque nous voyons «fac» écrit sur l’une des banderoles au second plan.
Cette photographie ne reprend pas l’ensemble des motifs de manifestation que nous avons pu voir dans les images précédentes. Seules les banderoles, nous l’avons dit, peuvent nous indiquer qu’il s’agit d’une manifestation. Le blanc est ce qui se distingue sur cette image car l’ensemble des couleurs tend davantage sur des couleurs sombres. Une banderole blanche attire le regard, d’autant plus avec les écritures rouges.  Nous distinguons une banderole en bas de l’image, au premier plan. Nous ne pouvons pas lire le slogan. Une deuxième banderole au second plan est plus lisible et se remarque davantage. Enfin, une pancarte au fond à droite de l’image sur fond blanc est remarquable mais est trop loin pour qu’elle puisse véhiculer un message.
Ainsi, cette photographie ne semble pas être intéressante puisqu’il n’y a pas de mouvements, les manifestants n’ont pas l’air de revendiquer quelque chose. Et pourtant, cette image est esthétique car contrairement aux autres images analysées, elle présente des caractéristiques différentes et joue sur des effets techniques.

Aspects extérieurs.
La lecture de l’image est horizontale et les manifestants prennent plus de la moitié de l’image. Le plan est général ce qui permet d’avoir un large champ de vision. L’angle de vision est à la hauteur des yeux. Pourtant, plusieurs détails nous font attirer notre regard sur cette jeune femme au premier plan. Les deux bâtiments au second plan sont en forme de <. Ils forment deux traits obliques et convergent en  un point. La jeune femme se trouve justement au niveau de ce point, ce qui fait que nous la remarquons. Comme si les bâtiments cadraient l’image à l’intérieur même du cadre de l’image. Ensuite, les manifestants sont couchés à terre.  Cela implique un message: ils montrent leur revendication comme des personnes qui font un barrage humain. Cela a une forte charge symbolique. Seule la jeune femme est légèrement penchée vers l’avant. De plus, la profondeur de champ est faible puisque tout le reste de l’image sauf la jeune femme est flou. Nous ne voyons ni les visages, ni les affiches au second plan. La seule personne nette est la femme du premier plan. Nous la remarquons donc davantage comme si on avait zoomé sur cette personne.

Que représente -elle?

Le portrait d’une jeune femme est toujours apprécié par les journalistes et par les spectateurs. Elle représente l’image de la Marianne française. De plus, cette personne au premier plan regarde vers la droite. Même si la photographie est prise de face, nous avons l’impression qu’elle est prise en diagonale. Ainsi cette personne semble regarder vers l’avenir, le bras tendu dans la même direction. Enfin, c’est elle qui porte la banderole blanche et rouge, c’est elle qui porte le message.
Pour conclure, cette image est esthétique parce qu’elle ne ressemble pas aux autres photographies et elle  joue sur les formes et les impressions. Cette large zone floue pour ne laisser que cette jeune femme, est soulignée par ces bâtiments obliques. L’ensemble des personnes couchés renforce l’image de cette jeune femme légèrement penchée  et formant une courbe. Cette image véhicule un message, elle symbolise la jeunesse et l’espoir. Le photographe n’a sans doute pas pris cette photographie dans l’unique but d’informer. Il a du remarquer que cette prise de vue était différente des autres.

M6 info

Figure 5

Cette photographie témoigne  visiblement d’une manifestation étudiante. Elle est consultable sur le site M6info.fr de source inconnue. Le site en question est avant tout le site d’une grande chaîne de télévision mais il publie des articles relatant l’information. La plupart des lecteurs ne se dirigeront pas en premier vers ce site d’information. Mais il est intéressant de le regarder de plus près  car nous trouvons parfois des images qui méritent d’être vues et diffusées au plus grand nombre. Prenons l’exemple de cette photographie prise en 2007. Cette image montre deux jeunes femmes au premier plan, en train de crier et plusieurs personnes au second plan derrière une banderole.
Cette image est riche d’éléments indiquant qu’il s’agit d’une manifestation. Les deux personnes du premier plan crient et tiennent un drapeau français. Au second plan nous voyons une banderole blanche et un poing levé. Une autre banderole en arrière plan se distingue par ses couleurs blanches et rouges. La couleur rouge est d’ailleurs largement représentée. Nous la retrouvons sur  le drapeau français, sur le bonnet de la jeune femme au premier plan et  sur les nombreux stickers collés sur des pancartes ou sur les vêtements. Nous sommes au cœur de l’action et nous nous imaginons facilement les cris et l’exultation. En effet, la jeune femme au premier plan à gauche met sa main prêt de la bouche comme pour que sa voix porte davantage.
Ainsi cette image suscite la colère, le ras le bol ; nous saisissons la violence et la force de leur combat.  Les visages sont graves, aucun sourire n’apparaît. L’image est sérieuse.

Aspects extérieurs.
Le plan est horizontal et centré essentiellement sur les deux jeunes femmes du premier plan.  L’image est cadrée de façon à ce que l’on soit directement plongé dans la manifestation. À peine un morceau de bâtiment est visible au second plan à droite de l’image. Du coup, nous nous concentrons sur l’action. L’angle de vision est légèrement en diagonale et renforcé par le drapeau français, placé horizontalement au premier plan. Nous retrouvons l’idée d’avancée vers le futur, l’idée de progression. Les manifestants sont en mouvements. La zone de netteté est large puisque nous pouvons voir nettement l’ensemble de l’image.

Mise en œuvre.
Cette image est intéressante parce qu’elle est sans doute la photographie la plus engagée et la plus virulente de toutes les images analysées. Et pourtant le combat n’est visiblement pas le même. Nous retrouvons l’image de la Marianne, cette jeune femme qui crie et étant enroulée dans un drapeau aux couleurs de la France. Si l’on regarde plus attentivement, nous pouvons lire sur son manteau un panneau d’interdiction rouge avec marqué «stop la grève». D’autres stickers sont visibles notamment sur chapeau rouge de l’autre jeune femme à gauche de l’image au premier plan, et sur des pancartes. Cette manifestation étudiante n’est donc pas contre des réformes du gouvernement ou pour tout autre combat similaire à ceux que nous connaissons. Il s’agit d’arrêter les grèves qui se sont poursuivies dans les universités dues aux blocages en 2007. La légende nous confirme notre première impression, nous pouvons lire sur le site d’information «Fillon, tiens bon!» et «les métros, au boulot». Ce deuxième slogan nous indique que cette manifestation dénonce toutes les grèves qui se sont déroulées en 2007, y compris celles des cheminots.
Les sentiments sont bien évidemment la colère. Nous le voyons grâce aux cris et à l’accumulation d’accessoires (banderoles, affiches, drapeau, stickers..). Le panneau d’interdiction est d’autant plus frappant car le visuel est immédiatement évocateur pour le spectateur. Le rouge attire le regard mais au delà de cela, le signe d’interdiction met le spectateur dans un sentiment d’infraction. Ici, le signe est détourné pour porter un message. Ce message est d’autant plus frappant: le panneau d’interdiction est complété par le mot «stop».
L’image regorge donc de procédés permettant de la mettre en valeur. L’usage des couleurs vives telles que le rouge ou le bleu attire le regard. Le message implicite fait de cette photographie une image à part. En effet au premier abord nous avons distingués tous les éléments d’une manifestation, nous avons vus des jeunes crier et une banderole au second plan avec pour seule inscription visible «grève». Ce n’est qu’après que nous avons compris qu’il s’agissait d’une manifestation antigrève. L’image des jeunes dans l’opposition est ici erronée. Cette image interroge le spectateur sur son contenu et le message qu’elle veut faire passer; il y a donc une double lecture de l’image.
Cette image est donc celle qui retient le plus notre attention par la multiplication de signes de manifestation et par la force de l’action menée par ces manifestants. Elle attire le regard par ses couleurs vives et par la construction légèrement oblique qui donne l’effet de futur. Cette image porte un message fort étonnamment contraire à ceux que l’on peut voir dans les autres photographies. Ici, il s’agit d’un mouvement antigrève.

Ces cinq photographies ont été prises dans des journaux de grande diffusion et sur les sites d’information. Rappelons qu’il s’agit des magazines Libération, Le Figaro, Paris Match et pour les sites d’information Lepost.fr et M6info.fr. Internet est désormais un outil de communication incontournable. Si nous voulons nous documenter ou nous informer, Internet est un bon moyen d’y parvenir. Nous pouvons choisir la source d’information et sélectionner ce qui nous intéresse. Ce qui est intéressant sur Internet c’est que nous pouvons consulter les articles ou les images les plus consultées. Notre recherche s’est basée essentiellement sur cela. Certaines images apparaissent dans les premières pages de la recherche  tandis que d’autres  doivent faire l’objet d’une recherche  précise, directement sur le site concerné. Internet est donc un bon outil pour notre objet d’étude. Les informations peuvent être diffusées au plus grand nombres, le service est gratuit (contrairement aux journaux papiers payants) et son accès est facile (au domicile,  dans un cybercafé, chez des  amis, dans des bibliothèques, zones wifi…).
Ce qui peut poser davantage problème est le contenu de ces images. Le contenu du site du journal n’est pas le même que le journal papier que l’on peut acheter dans les kiosques. Les journaux sont des  quotidiens, les informations doivent être restituées au plus vite. Le choix des images  dans la presse papier est donc très important  car elles doivent correspondre au mieux à l’article et pouvoir toucher un large public. Sur les sites, les mises à jour sont nombreuses. Nous avons fait l’expérience pour le journal libération. Au moment où nous l’avons consulté, il avait été mis à jour quatre minutes auparavant.  Cela indique que les dernières informations sont restituées sur le site contrairement au journal qui est édité et diffusé. Mais alors quelle réceptivité pour quelle image ? Peut on consulter n’importe qu’elle photo de presse sur internet? N’y a t-il qu’une profusion d’images ou alors une sélection ?  Une photographie n’est pas mise en ligne par hasard, elle est choisie sur des critères tels que le cadrage ou la composition de l’image. Mais du point de vue du spectateur  une image peut être plus ou moins appréciée. Cela dépend donc de la sensibilité, des éléments qui composent la photographie et de ce qu’elle suscite chez le spectateur (colère, tristesse, joie…). Nous avons donc vu deux types d’images susceptibles d’intéresser particulièrement le spectateur. Les photographies de foule sont intéressantes car elles témoignent d’un mouvement général. Elles se remarquent grâce au nombre de manifestants parfois impressionnant (figure 2). La profusion d’affiches renforce cet effet d’étonnement. Nous avons l’impression que nous sommes témoins de la situation et que nous sommes au cœur du mouvement. Nous voyons que les portraits ne véhiculent pas de la même manière le message de la photographie.  Le portrait permet de concentrer notre regard sur un seul point de l’image. Il est d’autant plus intéressant lorsque le portrait est pris au milieu de la foule et que grâce aux effets techniques (profondeur de champ, cadrage…) nous ne distinguons clairement que cette personne précisément. (Voir figure 4). Le portrait est plus facile pour la mémoire visuelle. En effet, nous nous rappelons plus facilement d’une ou deux personnes que l’on a vu dans un journal plutôt qu’on ensemble de personnes. Encore une fois cela est à nuancer car nous avons vus que chaque image est différente et qu’elles produisent des effets différents. Nous avons vu  que la foule est plus impressionnante et à plus de poids dans la multitude. Cependant, ce qu’il faut souligner c’est que l’image de la jeune femme française avec son drapeau ou sa banderole, séduit davantage car le message est instantané. Si nous revoyons figure 4 et figure 5 dans un autre contexte, nous allons sans doute nous rappeler de ces photographies grâce à cette figure de la femme de profil.