La photographie délaissée: le Blog de Sylvestre Huet

22 05 2009

Par Bianca SOLARI

Le 17 mai 2009

Le mouvement de contestation et de grève, opposant le monde universitaire et les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de l’Education nationale, Valérie Pécresse et Xavier Darcos, au sujet des reformes et décrets mis en place par le Gouvernement dans les domaines de l’université et de la recherche, a maintenant atteint la durée extraordinaire de 15 semaines. Quand il s’agit de représenter, d’ « illustrer » ce genre de mouvement social, les photographies des manifestations jouent clairement un rôle considérable, voir essentiel. Des revendications concrètes jusqu’aux idées les plus utopiques, les motivations, la révolte, la colère et les espoirs, tout se retrouve dans la rue. La médiatisation du mouvement universitaire a été, en particulier durant ces derniers temps, objet de grands débats et reproches venant des personnes impliquées, en constatant l’apparent manque d’intérêt de la part des medias, de pédagogie vis-à-vis de la part de population « étrangère » à la mobilisation, et, en général, une pauvreté d’information sur ce sujet.

Le blog de Sylvestre Huet, journaliste du quotidien Libération, représente peut-être une exception. Ce blog, ouvert en 2008, outre qu’une source d’information sur l’actualité de la recherche scientifique (Sylvestre Huet est journaliste spécialisé en sciences), est devenu, depuis janvier 2009, l’une des principales références pour ce qui concerne la médiatisation et la diffusion du mouvement. « Sylvestre Huet s’est fait le relais des préoccupations des enseignants-chercheurs » (André Gunthert, « Pour sauver l’université, il suffit d’un blog », http://www.slru.ehess.com). Nombreux de ses articles traitant de la mobilisation universitaire sont accompagnés d’une ou plusieurs photographies, pour la plupart prises durant des manifestations.

Or, quand on demande à Sylvestre Huet par quels critères il sélectionne les photos pour son blog, la réponse est « Je fais ça à l’arrache ». On ne peut pas lui en vouloir, en tant que journaliste, son souci et son but sont de rendre les faits par l’écrit, et non pas par les images.

Mais alors, pourquoi utiliser des photographies ? Est-ce une question d’esthétique ? Ou bien une « mauvaise habitude » prise en travaillant pour Libération, journal qui donne à sa politique d’image importance fondamentale? Quelles sont, ou pourraient être, donc, les raisons de ses choix ? En parcourant le blog plus attentivement, on constate que plusieurs photos se répètent, se retrouvent dans différents articles, et souvent à des dates très éloignées entre elles. De plus, quand on s’intéresse à la date de la première mise en ligne d’une de ces photos plus fréquentes, on s’aperçoit que la plupart on été prises lors des manifestations qui ont eu lieu en janvier et en février, au début du mouvement.

Il semblerait donc que ces photographies, du fait qu’elles ne reprennent pas l’actualité, aient plutôt un rôle esthétique. Elles accompagnent l’article, elles ne le complètent pas. Mais reste la question du choix. Comment peut-on expliquer le fait que certaines photos apparaissent plus souvent sur le blog que d’autres ? Quelles sont les caractéristiques qui les rendent si versatiles et si aptes à représenter le mouvement ? Et quelle « image » du mouvement peut-on tirer de ces photographies? Ce que je propose ici est une analyse d’une sélection de 4 photographies se répétant plusieurs fois sur le blog de Sylvestre Huet, afin de répondre à ces nombreuses questions et tenter de définir en quoi elles ont pu faire objet du choix du journaliste de Libération.

photo 1

Photo 1, « Non aux réformes bâclées »: malheureusement, la source et l’auteur de cette photographie, comme pour la plupart des autres photos présentes sur le blog, ne sont pas spécifiés. Mais, d’après son titre (« manifestation 19 février réformes »), nous savons qu’elle a été prise lors de la manifestation du 19 février 2009. Dans cette photographie, notre regard tombe immédiatement sur le manifestant brandissant une pancarte et placé au centre de l’image. Plus que la personne, habillée de manière assez neutre exception faite pour le bonnet jaune et noir, c’est principalement la pancarte qui attire l’attention. Grâce aux couleurs (blanc, noir, rouge) et à sa taille, le slogan « non aux réformes baclées » est clair, bien visible. L’espace autour de l’homme est relativement vide, nous n’apercevons pas de véritable foule autour du manifestant central (nous ne pouvons repérer, que huit autres personnes). Malgré cela, une certaine impression de mouvement est provoquée, du fait de l’attitude des manifestants, et d’une faible diagonale décrite par ces derniers et par la ligne du trottoir, allant de gauche à droite vers le haut de l’image.

photo 2

Photo 2, « enseigner, un métier qui s’apprend »: Cette photo a été prise le 10 février 2009 par Sébastien Calvet, un photographe travaillant, comme S. Huet, pour le quotidien Libération et s’occupant principalement des domaines du politique et du social. Dans cette image, très construite, sont présents de nombreux éléments caractéristiques de la photographie de manifestation. Nous y retrouvons, naturellement, une banderole, avec un slogan rouge sur un fond blanc, incomplet mais compréhensible malgré cela, et un grand nombre de manifestants derrière produisant un effet de mouvement vers l’avant et dont les visages paraissent exprimer des émotions variés (joie, enthousiasme, mais aussi conviction, obstination). Parmi ces personnes, un jeune homme avec un poing levé (signe de révolte, résistance, lutte) semble chanter. Enfin, une jeune fille, paraissant elle aussi sur le point de chanter ou de crier, se détache du reste des manifestants du fait de sa position centrale et de sa possible association avec la figure emblématique de la Marianne, symbole de révolution et liberté.

photo 3

Photo 3, « university strikes back » : encore une photo dont l’auteur n’est pas mentionné sur le blog, datant de la manifestation du 5 février 2009. Ici, les manifestants, les banderoles et les pancartes occupent pratiquement la totalité de l’image, les bâtiments étant presque imperceptibles à cause de la faible profondeur de champ. En plein centre, une pancarte avec deux slogans, l’un en anglais (« university strikes back », soit « l’université contre-attaque ») et l’autre en français, domine l’image. Juste au dessous, une banderole, dont le message est presque illisible, saute aux yeux principalement par sa couleur rouge. Á l’arrière-plan, nous apercevons aisément une autre banderole, et au moins quatre pancartes. L’impression de foule, de « masse », est remarquable, mais la place semble être laissée aux « accessoires », plutôt qu’aux personnes. Les manifestants paraissent au même temps solidement présents et effacés derrière cette profusion de pancartes et banderoles.

photo 4

Photo 4, « plan Pécresse = fac en détresse ! » : cette photographie apparaît pour la première fois sur le blog le 17 mars 2009, mais la date de la manifestation durant laquelle elle a été prise n’est pas précisée. Ici aussi, la banderole est « protagoniste » de limage. En tissu, avec le nom de l’université (université paris V) et un slogan (plan Pécresse = fac en détresse) écrits en noir et rouge sur un fond blanc, au spray, elle parait plus informelle, simple, moins élaborée que d’autres que l’on aurait l’occasion e voir. Malgré le fait qu’une grande partie de l’espace soit occupé par cette banderole, nous arrivons tout de même à distinguer au premier plan, des étudiants manifestants et à l’arrière, des bâtiments. Cependant, nous ne pouvons pas mous avancer jusqu’à dire que cette photographie rend l’idée d’une manifestation, car les personnes présentes ne sont pas nombreuses, et la sensation de mouvement est faible.

Cette sélection de photographies est relativement représentative de l’ensemble des images présentes sur le blog de Sylvestre Huet (à quelques exceptions près, naturellement), et nous pouvons dire qu’elle est révélatrice de ce qui constitue, dans l’imaginaire collectif, l’ « essence » d’une manifestation. J’avance cette déduction en me basant sur deux fait : premièrement, Sylvestre Huet a lui-même affirmé qu’il ne s’attachait pas réellement au choix des photographies. Elles ne seraient donc qu’un simple accessoire de l’article. De ce fait, on peut supposer que ces photos sont également les plus répandues dans le web, les plus accessibles (une rapide recherche a pu en effet confirmer cette hypothèse), et donc, les plus visionnées. Ces images, abondamment diffusées, dévoilent une image très particulière d’une manifestation. D’après ces photos, l’ « essence » d’une manifestation se compose de : premièrement, ce que nous pourrions appeler les « super-manifestants », marchant intrépides et seuls munis de grandes pancartes, drapeaux et souvent, déguisements. C’est le cas de notre homme au bonnet jaune et noir de la photo 1. En effet, cette personne n’a pas été l’objet d’une seule photographie, mais plusieurs photographes, professionnels et amateurs, durant diverses manifestations, on fait de lui un véritable « personnage

Nous avons aussi les cortèges, principalement d’étudiants, armés de keffieh, jeans déchirés et banderole souvent de plus en plus mise à l’épreuve par les caprices du temps (photo 4), et la jungle de slogans, tracts, drapeaux, pancartes et banderoles qui envahit la rue, en résumant l’ensemble des revendications à des citations et des phrases nominales. Enfin, on retrouve toute la panoplie de symboles sur le thème de la révolution et de la lutte, poing levé, portraits de Che Guevara, en passant pas la figure de la Marianne et le « A » de l’Anarchie. Slogans, super-manifestants, symboles. Voilà ce qui ressort d’une grande partie des photographies de manifestation.

Quand on parle de presse écrite, qu’il s’agisse de support papier ou, comme dans notre cas, d’Internet, il est évident que les images n’ont qu’une fonction accessoire par rapport à ce qui se présente comme la vraie source d’information, soit l’article rédigé. Sylvestre Huet suit et écrit sur l’actualité du mouvement universitaire avec une assiduité et une précision admirable. Cela dit, il nous faut cependant admettre que ce qui attire, avant toute chose, l’œil encore « vierge » d’informations du lecteur, mis à part le titre plus ou moins percutant de l’article, est l’image qui l’accompagne. Que se soit de manière consciente ou inconsciente, les photos accrochent le lecteur, et peuvent en quelque sorte arriver jusqu’à façonner le jugement que ce dernier peut porter sur le sujet traité. En lisant un article paru sur le blog le 15 mai 2009, Un manifeste pour une autre réforme de l’université, article retranscrivant en intégralité un « manifeste » rédigé et signé par « Une trentaine d’universitaires de renom », la première image que l’on voit apparaître est celle d’un manifestant entouré de moins d’une dizaine de personnes, avec un bonnet jaune et noir et une pancarte.

photo 1

Cet exemple peut nous amener à réfléchir sur le véritable poids de l’image et à nous demander si, tout en reconnaissant qu’il serait exagéré de soutenir que tout l’effet d’un article ne dépend que des photographies qui l’accompagnent, ces dernières ne joueraient pas un rôle  plus considérable que celui de simples ornements ?

Nous vivons dans une société de l’image. Une photographie, surtout dans un contexte de ce genre, peut difficilement être neutre. Si elle à le pouvoir de valoriser un article, elle a de même celui de le desservir. Ces photos ne méritent-elles donc pas d’être maniées avec davantage de soin, et d’être choisies, en particulier dans le cas d’un mouvement comme celui-ci, pour lequel « l’image » joue un rôle fondamental, un peu moins « à l’arrache » ?





Sauvonsluniversité.com

18 05 2009

Comment un mouvement contestataire se représente-t-il à travers les images de la presse ? Quels sont leurs choix esthétiques?
Par Barbara KUGLER

A la suite de la Réforme sur le statut des enseignants chercheurs, de nombreuses manifestations et grèves ont eu lieu dans toute la France depuis janvier 2009. La presse française a produit articles et reportages à ce sujet.

Le site http://www.sauvonsluniersite.com a été créé par des enseignants chercheurs désirant informer  le public et faire un point, sans cesse réactualisé, sur la réforme. Il essaie de ne pas être radical dans ses propos et d’être le plus objectif possible afin d’être un relais entre tous les enseignants chercheurs d’université.
Dans la rubrique « point presse » , il y a le recensement des articles de presse parlant des manifestations et de la réforme. Quelque fois, lorsque l’article contient une image, celle-ci est postée sur le site avec des extraits de l’article.

J’ai décidé  de voir quelles photos ont été sélectionné pour apparaître sur le site web dans la semaine du 2 au 8 mars. En effet, certains des articles « point presse » présentent des photos, mais toutes les photos n’ont pas été affiché sur le site web.
Pourquoi ce choix ? Est ce une question de droit d’auteur ? Quelles sont les motivations de l’administrateur du site pour choisir de poster une photo ou non ?

Le corpus présente neuf photos dont quatre postées sur le site web. Les articles et photos sont issus de site web de journaux tels que Le Journal du Dimanche ou Libération et de blogs de journalistes.
Nous étudierons tout d’abord les quatre photos postées sur le site puis celles non postées. Ensuite nous analyserons pourquoi toutes les photos ne sont pas affichées sur le site web.

Les images postées sur le site

La mobilisation :

Image n°1

image n°1
Photo de l’agence Reuter, utilisée par le Journal du Dimanche pour représenter son article sur la manifestation de Bordeaux du 5 février 2009.

La photo nous donne l’impression d’être au cœur de la mobilisation. Nous sommes proche des personnes du premier plan : elles sont coupées au niveau des épaules soit à notre hauteur de vue. Les pancartes prennent les deux tiers du cadre, elles sont penchées, cela donne l’impression que les panneaux vont nous tomber dessus et donc de mouvement. Les couleurs des slogans sont saisissantes, ils usent des couleurs habituelles : le rouge et le noir. Le message est donc clair et lisible.
Le point de fuite sur la droite de l’image arrive sur la banderole qui est non lisible : cela amplifie l’idée que nous sommes devant un cortège.

Image n°3

image n°3
Cette photo est tirée du site web du journal Ouest France du 4 mars. Elle montre un cours d’histoire qui a lieu dans le tramway du Mans. Le crédit photographique n’est pas précisé. Il est probable qu’il s’agisse d’un photographe du journal qui ait pris la photo.

La photo présente un groupe entassé dans les transports en commun. Notre regard est attiré par le personnage central qui porte du vert, couleur de l’espoir, et tient un bloc note blanc. Les personnes sont de face et donc reconnaissables. Cela peut paraître surprenant de la part d’un quotidien de choisir cette photo, cependant elle permet de présenter une forme de manifestation alternative aux parades dans les rues. Mis à part les étudiantes, les autres personnes ne sont pas identifiables, excepté  pour l’une d’entre elle (l’homme à droite de la photo) mais il est de profil et semble légèrement flouté.
Le fait de voir le plafond du tramway et les barres pour se tenir, nous permet de bien situer la photo : on se rend compte immédiatement qu’elle a été prise dans un transport en commun.

Image n°4

image n°4
Légende : Les profs se sont installés au milieu de la rame.
Cette photo est tirée du site web du journal Ouest France du 5 mars. Tout comme l’image n°3, elle présente un cours  qui a lieu dans le tramway du Mans. Le crédit photographique, là aussi n’est pas précisé. Il pourrait s’agir d’une photo prise part un photographe du journal.

C’est grâce à la légende que nous pouvons émettre des suppositions. Au premier plan dans l’angle droit, un homme, toutes les jeunes personnes dans le tramway sont face à lui, il semble être le « prof » de la légende, et les jeunes seraient les étudiants.

Cette photo présente une foule : les lignes de fuite dirigent notre regard vers le fond de l’image et donne un effet de profondeur de champ important. L’effet est amplifié avec le contraste entre le bas et le haut de la photo au niveau des couleurs (claires et foncées).
Ici, seul les étudiants manifestants sont reconnaissables. La photo là aussi permet de présenter le mouvement enseignants étudiants sous un angle sérieux et on voit bien que leur action est commune.

Le portrait :

Image n°2

image n°2
Cette photo a été reprise d’un article du 4 mars sur site web du journal La Nouvelle République du centre ouest. Le photographe est Eric Le Roux.
C’est un portrait de Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de Michel Lussault, président du pôle recherche et enseignement supérieur de Lyon.
Au centre de l’image, pris de biais, ils sont souriants, ils semblent paisibles. Le fait qu’ils soient présentés de biais adoucie la photo, contrairement à une photo frontale, plus direct.
La similitude de leur vêtements (noir et rayures) créent un lien entre ces deux personnes.
Il y a quelqu’un d’autre dans le fond gauche de la photo, mais il est coupé et de profil. On peut donc supposer que la photo a été prise sur le vif, et que le photographe n’avait pas de meilleurs angles pour saisir ce portrait.

Les images non-postées sur le site

Les acteurs du mouvements :

Cette photo, ainsi que celle qui suit sont tirées du blog de Véronique Soudé. Elle est journaliste pour le journal Libération. Les photos ont été posté le 5 mars sur son site web. Elles représentent une assemblée générale qui a eu lieu dans l’université de Bordeaux.

Image n°5

image n°5
Cette photo ne permet pas de savoir ce qu’elle représente. Nous y voyons des gens au bras levé dans une salle. Il est donc nécessaire d’avoir un texte explicatif.
Au premier plan, les bras levés, dont certains avec le point fermé contrastent avec les bandes noires du mur. Ils sont plus visibles.
Le champ de profondeur n’est pas très grand, il est arrêté par un mur en bois avec des bandes noires. Cela crée des lignes de force qui accentuent l’effet produit par les bras levés. Nous avons l’impression que toutes les personnes vont se lever. Il en ressort une sensation de force et de vitalité.

Image n°6

image n°6
Cette photo présente un plan d’ensemble d’un amphithéâtre, le photographe surplombe la salle.
Il s’agit d’un rassemblement pour une conférence, mais on ne sait pas de quoi il s’agit. Seul le texte nous informe que c’est une assemblé générale qui a eu lieu le 5 mars à Bordeaux.

L’image se divise en deux parties. Au premier plan, une masse noire de monde. En arrière plan, un espace vide et lumineux. A la limite des deux parties, on distingue des personnes assises sur l’estrade. La photo prise de loin ne permet pas de distinguer leur identité (cela garantit le droit à l’image). Les autres personnes sur la photo sont de dos, on ne voit pas leur visage.
La couleur est orangée, l’espace présenté est clos, cela montre l’université comme un monde à part. De plus, il n’y a pas d’action manifeste.

Image n°9

image n°9
Cette image est issue du site web du quotidien allemand Der Tagesspiegel. Nous ne savons pas par qui la photo a été prise, elle provient du groupe DPA. La légende dit « Besetzte Sorbonne. Studierende haben sich den Protesten angeschlossen. » ( Sorbonne occupée – les étudiants ont adopté les protestations).

Au premier plan, au centre de l’image, une femme est assise de dos. La photo est prise de son point de vue, nous sommes au niveau du sol. Sur son dos, un autocollant « rêve générale » en rouge et noir. L’ensemble de la photo étant dans les tons bleus, l’autocollant ressort.
Avec les mots de l’autocollant, la couleur bleutée et la femme assise, cette image évoque le rêve. La femme est présentée comme pacifique et surtout seule face à une troupe de CRS qui forment une barrière noire. De plus, les lignes du passage piéton qui encadre la femme, vont vers le point lumineux derrière les policiers. Cela nous fait imaginer qu’elle voudrait être de l’autre côté, que la lumière est son but.

Un mouvement et des mots :

Ces deux images sont tirée du blog de Véronique Soudé. Elles ont été posté le 5 mars sur le site web.

Image n°7

image n°7
Ici, rien ne nous permet de savoir que représente la photo ni dans quel contexte elle a été prise. Il faut alors la mettre en relation avec l’article qui l’accompagne «  Quand les enseignants-chercheurs se mettent à bloquer ».
Le plan serré permet de faire un zoom sur un point précis des manifestations : des mains élevant des livres, classiques de la littérature. Le flou de l’arrière plan devient une masse sombre, les livres blancs s’en détachent très clairement.

Les lignes de forces sont dirigées vers le haut, elles sont formées par les mains levées et les rebords des livres. Nous avons l’impression que ces livres sont brandis comme des revendications. L’autre ligne de force est en biais, partant du fond à gauche (document A4) en allant vers l’avant droit (mains du premier plan). Elle évoque le mouvement, comme s’il y avait un défilé de livres.

Image n°8

image n°8
La photo représente le bâtiment de l’UFR (Unité de Formation et de Recherche) de Géographie de Bordeaux bloqué.
Cette image illustre la situation dans les facultés, le photographe en est le témoin.
Je trouve cette photo surprenante car peu conventionnelle. Elle m’évoque des photos qui pourrait être celles prises pas des étudiants (dans le reflet de la porte, on aperçoit le photographe).
Ce plan serré sur les portes d’entrée de l’UFR coupe en deux l’image par la jonction des portes. Cela conduit à penser que le mouvement est fermé et non ouvert à la communication. De plus, le chemin de notre regard commence sur une barrière, puis va sur les affiches qui  indiquent « UFR bloqué ». Le mot « bloqué » encadré en noir et écrit en majuscule accroche notre regard.

La réappropriation de l’imagerie de presse

Lors de l’étude des images, on remarque que la n°5, celle qui n’apparaît pas sur le site web de sauvonluniversite.com, a été prise par la journaliste de Libération V. Soulé et qu’elle l’a posté sur son site personnel. Nous pourrions penser que si elle n’est pas postée sur le site web c’est qu’il s’agit d’une question de droit d’auteur. Cependant comme le site web sauvonluniversite.com met en lien le site d’où les articles et photos sont pris, il ne semble pas que cette réponse soit satisfaisante.

Les photos qui sont postées sur le site web sont des images en couleur. Elles représentent des étudiants et des enseignants qui sont en train de manifester (images n°1,3 et 4). Les manifestants se trouvent en extérieur contrairement aux images n°5 et 6. De plus ces dernières sont en couleur mais on pourrait croire que c’est du sépia. En effet, les photos ont une couleur dans les tons orangés. Cela enferme les enseignants chercheurs et étudiants dans un autre univers. Les images postées, quant à elles, permettent de les assimiler à des photos que l’on retrouve dans la presse écrite et donc dans un univers connu du grand public.
Les photos n°5, 6 et 8 desservent le mouvement car il est présenté comme inactif et enfermé sur lui-même. Par exemple la n°8 retient l’attention sur le mot « bloqué »  répété plusieurs fois. Cela insiste sur la désertification des facultés et accuse un mouvement radical, non ouvert à la communication. La n°6 n’a pas d’accroche, elle ne parait pas intéressante pour représenter le mouvement. Elle semble exposer les coulisses du mouvement, là où tout se décide, mais ne traduit pas son importance.
Même si l’image n°5 présente une sensation de mouvement vigoureux, on voit que ce n’est pas l’idée principale qui intéresse les enseignants chercheurs et étudiants. Effectivement les images n°3 et n°4 ne présentent pas de mouvement (les individus sont immobiles dans le tramway) mais une manifestation alternative.
L’image n°7 qui présente une manifestation, n’est pas postée sur le site. Pourquoi ? Il semblerait qu’elle ne soit pas assez évocatrice du mouvement ainsi que de son unité. En effet, les livres évoquent des UFR de Lettres et de Philosophie. Et on ne sait pas à quelle occasion la photo a été prise.
La n°9 présente une manifestante face à des forces de l’ordre. Ces dernières sont absentes des images postées, il apparaît que ce sont les acteurs de la mobilisation qui prévalent. De plus, cette image poétique, montre la mobilisation comme un songe, comme si son but n’étaient qu’un rêve. Et personnifie le mouvement avec la figure de la jeune fille solitaire : cela ne correspond pas aux images postées.
Par là, on peut supposer que les enseignants chercheurs souhaitent se présenter comme des hommes agissants, c’est à dire qu’ils sont mobilisés, qu’ils font des manifestations (image n°1 : parade, image n°3 et n°4 : cours alternatifs). Et non comme une masse de rebelles dans une bulle ou rêveur.

L’image n°2 présente un portrait des personnes qui souhaitent voir la réforme aboutir. Sur cette image, les deux personnes ne sont pas montrées sous un angle négatif. Cela doit être important pour les gérants de ce site web de présenter une certaine objectivité dans leurs propos et donc dans les images qu’ils affichent. Cependant, seul portrait proposé du corpus, on peut se demander l’importance de ce choix. Pourquoi ne pas montrer les représentants et les leaders du mouvement enseignants chercheurs ? Effectivement, la plupart des photos postées montrent des personnes non identifiables, ou alors elles représentent un groupe.
On peut voir alors qu’ils se présentent comme une masse unie (enseignants chercheurs et étudiants – image n°3 et 4) qui se bat contre la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le portrait désigne alors avec précision l’initiateur de la réforme. Cette photo fait figure de cible.

Pour conclure,  les images « point presse » du site sauvonsluniversite.com présente le mouvement contestataire de façon positive : en proposant diverses formes de manifestation, en montrant le lien entre les enseignants chercheurs et les étudiants (image n°4). De plus, ils évitent de poster des images à caractères contradictoires avec cette idéologie. On voit que les images non postées présentent des lieux clos (image n°5, n°6 et n°8) , sans mouvement (image n°9 qui évoque le « rêve ») ou violentes (image n°9 qui montre les forces de l’ordre).
Le fait que ce site web fasse le choix de présenter certaines photos ou non entraîne automatiquement un choix.





Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur : trois visions différentes des mouvements universitaires.

14 04 2009


Par Ambre Voirin

Le 14.03.09

Pour commencer cette étude des photographies de presse sur le thème des manifestations universitaires, mon point de départ a été très simple. J’ai choisi tout d’abord de rechercher sur le net le premier site associé à la presse écrite. J’ai donc tout simplement tapé « presse écrite » dans la barre de recherche. J’ai ainsi trouvé un site internet appelé « giga presse » qui propose un éventail très large des principaux journaux français et internationaux. Les trois premiers journaux proposés dans le domaine de la presse française ont été le Monde, Libération et le Nouvel Observateur. Ce sont les trois quotidiens les plus visités du site. J’ai choisi de faire cette recherche pour avoir une vision globale de ce qu’une grande partie des internautes et des lecteurs de ces journaux reçoivent comme informations concernant les récentes revendications universitaires.
Quelle vision des manifestations universitaires nous transmet ces trois quotidiens par le biais de leurs images ?
Nous verrons ainsi trois exemples différents tirés des trois sites en question : le Monde, Libération et le Nouvel Observateur. Précisons que pour chacune de ces recherches, l’image (ou son absence…) sélectionnée a été choisie pour sa mise en ligne la plus récente du site sur ce thème. Cette recherche a été faite le 14 mars 2009.

Notre première recherche concerne donc le site Internet «www.lemonde.fr». Sur la page d’accueil, le majeure partie des actualités s’intéresse aux nouvelles internationales. Il nous faut nous diriger vers la rubrique « actualités » puis dans la sous-rubrique « société » pour y trouver des informations susceptibles de nous intéresser. A première vue rien ne semble correspondre à notre recherche mais, en parcourant attentivement la liste des actualités, le 7ème article paraît enfin s’intéresser aux revendications universitaires. Voici une vue de la page Internet du Monde. L’article en question est entouré en rouge.

Le Monde

"Radicalisation"

L’article s’intitule : « universités : des signes de radicalisation » (LE MONDE, 13.03.09, mis à jour à 14h45). Il est récent (mis en ligne la veille).
En parcourant attentivement la légende qui accompagne l’article, on découvre que celui-ci ne se base principalement que sur l’exemple des universités nantaises, pourquoi ce choix ? A première vue il peut y avoir deux possibilités : soit l’exemple nantais ne sert qu’à illustrer l’ensemble des mouvements universitaires nationaux, soit les manifestations n’ont pas la même ampleur selon les villes et Nantes en offre l’image la plus aboutie.
On peut lire ici sous la photographie « AFP/FRANK PERRY, des étudiants lors d’une manifestation contre la réforme des universités à Nantes le 26 février 2009 ».
La photographie a donc été prise deux semaines avant la mise en ligne de l’article et a été sélectionnée parmi les nombreuses photographies proposées par la célèbre agence A.F.P. Cette agence est considérée comme la plus importante en matière de presse francophone, elle est en troisième position sur le plan mondial, derrière l’agence américaine Associated Press et la britannique Reuters.
En lisant l’article qui accompagne la photographie il est précisé un argument important : non seulement les manifestations à Nantes n’ont pas perdu de leur ampleur depuis le début de la mobilisation mais elles connaissent même depuis deux semaines un nouveau « dynamisme » voire des risques de violence.

AFP/FRANK PERRY, des étudiants lors d’une manifestation contre la réforme des universités à Nantes le 26 février 2009

On aperçoit au premier plan deux militantes, sans doute deux étudiantes, munies chacune d’une pancarte, ce sont les deux seuls visages clairement visibles. Les deux pancartes sont bien lisibles, la profondeur de champs est importante et laisse imaginer la présence d’une foule de manifestants derrière elles. Au fond, on aperçoit deux bâtiments qui semblent encadrer la foule, et pourtant ces immeubles n’oppressent pas l’image. On peut en effet voir clairement au centre un passage qui laisse apercevoir le ciel, sans doute une route. On imagine rapidement cette route occupée par des manifestants. Mais l’image est à double tranchant : cette allée semble également diviser la foule et illustrer la phrase du journaliste : « partisans et adversaires du blocage s’affrontent ». On se rend compte en effet que les deux étudiantes au premier plan sont éloignés l’une de l’autre et séparées symboliquement par l’allée en arrière plan. Elle ne regardent pas non plus dans la même direction. La foule derrière elles n’est pas à proprement parler visible, le spectateur imagine seulement que le reste des manifestants suit mais rien n’apparaît clairement sur l’image et cela donne d’autant plus l’impression d’une division nette entre deux parties.
Dans la même fenêtre, en bas à gauche de l’écran, une autre photographie est mise en relation à ce même thème. Etrangement, cette photographie est nettement plus récente et se passe à Paris. En cliquant sur celle-ci on est assez surpris par les sources nettement plus abondantes qui apparaissent à l’écran. On trouve en effet un diaporama qui a été mis en ligne le 11 mars, soit deux jours avant ma recherche. Cinq photographies illustrent les mouvements universitaires dans différentes villes de France. Elles sont d’un style clairement différent (foule de personnes bien visibles, attitude extravagante des manifestants, banderoles provocantes…). En voici un aperçu :

Le Monde
Il est étrange de les voir alors reléguées au second plan… Peut-être pouvons nous imaginer qu’après plus d’un mois de mobilisations universitaires, Le Monde jette ici un nouveau regard : les étudiants se divisent peu à peu car certains, jusqu’ici relativement neutres, commencent à se manifester et demandent la reprise des cours. On peut penser donc que le journal Le Monde cherche ici à donner une nouvelle vision et à diffuser une nouvelle information : les blocages se poursuivent mais l’atmosphère change petit à petit… On n’en sait cependant pas plus.
Portons maintenant notre attention sur le journal Libération. Au premier abord, on peut faire la même observation que le quotidien précédent : l’article associé aux revendications universitaires se trouvent en bas de page. A la place d’une photographie des manifestations on trouve celle de Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement, et de Xavier Darcos, ministre de l’Education Nationale, côte à côte. Le journal ne met ici donc pas en avant les protestations des étudiants et enseignants mais les deux auteurs de ces réformes. Il est précisé que ces deux ministres ont en effet fait savoir le lendemain même de la dernière mobilisation générale leur décision de maintenir la nouvelle réforme tant contestée.

liberation

L’article en question ne parle en aucun cas des manifestations universitaires de la semaine dernière, aucune allusion ni photographie accompagne cet article mis en ligne pourtant le 13 mars 2009. C’est une nouvelle fois dans un coin de la page que nous ai proposé plus d’informations concernant « le recul de Darcos et Pécresse sur la mastérisation ». C’est en cliquant sur ce lien que nous apparaît enfin la photographie d’une manifestation.

Libération
La source de cette image ne nous est pas précisée ni la date et l’endroit où elle a été prise. La banderole au premier plan attire le regard car les mots sont écrits en rouge sur un fond blanc. On comprend le thème majeur de la manifestation grâce au premier mot qui est visible : « enseigner ». Mais la fin de la phrase n’est pas sur l’image. Derrière la banderole on distingue trois visages nettement de face et étonnamment reconnaissables. Le reste de la foule n’est pas visible, seulement quelques pancartes dépassent. Les manifestant semblent cependant parcourir une rue car on aperçoit à gauche des arbres et à droite la façade d’un immeuble. Un tiers de l’image n’est occupée que par un ciel gris. La photographie ici présente n’est pas une des meilleures que l’on aie vu sur le thème des manifestations universitaires qui ont débutées il y a maintenant un mois. Elle frappe même par sa simplicité. C’est en lisant l’article qui l’accompagne que l’on comprend peut-être pourquoi celle-ci fut choisie. Ce n’est pas un journaliste qui a rédigé l’article associé à l’image mais un internaute. Cette partie du site Libération est en effet ouverte à tous afin que chacun puisse déposer leurs commentaires librement, ce qui voudrait sans doute dire aussi que l’image qui l’accompagne est une photographie d’amateur (cela expliquerait le manque de renseignements la concernant et justifierait également sa qualité discutable : forte visibilité sur les manifestants du premier plan mais aucune vue sur l’arrière plan, un seul détail attire notre attention, la banderolle, qui n’est visible qu’à moitié…).
Intéressons-nous maintenant dans cette dernière partie au quotidien le Nouvel Observateur. Et encore une nouvelle fois on constate ici l’absence marquante d’informations concernant les manifestations universitaires. On aperçoit tout d’abord un article sur Valérie Pécresse mais sans aucun rapport avec les nouvelles réformes des enseignants. Plus loin encore on peut lire un article qui nous informe sur l’obligation des enseignants de se déclarer grévistes. C’est seulement en faisant une recherche détaillée en tapant « manifestations universitaires » dans une barre spécifique proposée par le site que l’on trouve des articles sur ce thème. L’article le plus récent date du 12 mars, il s’intitule « de 30 000 à 60 000 manifestants pour la défense de l’Education ». Aucune image ne l’accompagne. Celui-ci précise en sous-titre « c’est la deuxième plus importante mobilisation depuis le début du mouvement ». Autrement dit on sent ici clairement que ce fait d’actualité n’est pas une nouveauté et que le journaliste s’adresse à un public averti. Il suffit de parcourir rapidement les articles précédents pour découvrir davantage d’informations, notamment en ce qui concerne les photographies de presse.

Nous avons donc ici visité trois journaux parmi les plus lus en France et nous pouvons remarquer un grand caractère commun : les articles concernant les mobilisations universitaires sont bien présents mais ils n’ont pas une place majeure au sein du journal ou ne semblent pas « aboutis » (pas de photographie ou de rappels des faits). on peut cependant aisément en imaginer la raison. Ces trois quotidiens ont pour rôle de diffuser les informations les plus récentes possibles. Or, ce mouvement universitaire se poursuit depuis aujourd’hui plus d’un mois. Les journalistes n’accordent donc plus la même importance au mouvement que depuis son apparition. La plupart des lecteurs connaissent déjà les raisons des contestations sur les réformes universitaires, il ne devient donc plus nécessaire de revenir perpétuellement sur les revendications. Dorénavant les journalistes s’intéressent davantage aux changements, autant de la part des manifestants que de la part des hommes politiques. Le Monde décide de nous montrer la division auprès des étudiants, Libération choisit de nous montrer les réactions des deux principaux hommes politiques concernés et le Nouvel Observateur résume dans son article les principaux axes (nombres de manifestants, villes concernés, pourcentages d’universités bloquées). Les journaux paraissent, en quelque sorte, en attente d’un nouvel événement qui « réactualiserait » la question des mobilisations universitaires.





Sur les traces de la photographie militante: La Photothèque du Mouvement Social.org

4 04 2009

Quel cheminement une personne qui chercherait une photographie pour illustrer une publication, un tract ou un article devrait-il suivre sur le site de La Photothèque du Mouvement Social.org pour y parvenir ? Comment vérifier si ce site répond aux finalités qui lui sont assignées ?

Par Florène CHAMPEAU

Le 13 mars 2009

J’ai choisi de me placer dans la peau d’une personne qui chercherait une photographie pour illustrer un article, un tract ou une publication à propos du mouvement de contestation mené par les universités en 2009. Un site internet intitulé « La Photothèque du Mouvement Social.org » est entièrement consacré aux mouvements sociaux quels qu’ils soient. A l’intérieur de ce site je me suis tournée vers la rubrique « Education », j’ai sélectionné l’année 2009 puis j’ai choisi, en raison du grand nombre de clichés, de m’attacher aux photographies d’une journée particulière de manifestation : celle du 17 janvier 2009. J’ai pris soin de prendre des images de plusieurs sources et de plusieurs lieux en France afin d’observer les différents points de vue adoptés par les photographes. Dans l’idéal j’ai tenté de sélectionner des images évoquant une diversité des motifs : manifestants avec banderoles, focalisation sur des affiches ou pancartes,…

Le site de la Photothèque du Mouvement Social.org a été créé dans un but précis et admet donc des finalités particulières. Un encart situé à gauche de sa page d’accueil nous renseigne :

« Espace de gratuité, la Photothèque du Mouvement Social est un espace où les photographes professionnels ou amateurs peuvent déposer leurs photos pour les mettre en utilisation libre et gratuite pour l’édition de tracts, journaux gratuits et sans publicité, sites web non marchands. Un lieu où les militants des diverses organisations de gauche peuvent trouver des images pour illustrer leurs publications et tracts. Pour pouvoir utiliser les photos il faut s’inscrire (gratuitement) pour valider l’acceptation des conditions d’utilisation des photos ou de leur dépôt. Cet espace a besoin, pour se développer, des contributions du plus grand nombre dans la diversité des points de vue. Merci. Patrice Leclerc, Gabriel Laurent, Milos Colic. »

On remarque ainsi que le site est accessible à tous après une simple inscription et qu’il est possible de publier ses propres photographies mais également d’utiliser celles déjà en ligne sans autre condition que la validation des conditions d’utilisation. Cela signifie donc que les sources peuvent être multiples, du simple amateur qui s’essaie au professionnel. Aussi, la qualité et l’adéquation avec les canons journalistiques ne sont pas garanties.

Par ailleurs, la nature du site est claire : la Photothèque du Mouvement Social.org est un site militant dont le but est de fournir des images pour approvisionner des tracts, des articles et des sites web réalisés par des personnes ou organismes au bord politique identique à celui défendu par le site : la gauche. La charte des conditions d’utilisation précise davantage ce lien avec certains mouvements et journaux de gauche :

« La Photothèque du Mouvement Social.org autorise les journaux Humanité, Politis, Rouge et Alternative Libertaire à utiliser librement les photographies en raison d’un accord tacite avec eux. Cependant, pour toute utilisation autre que militante, pour une utilisation commerciale par une entreprise, une collectivité locale, une OE, un autre journal que ceux mentionnés ci-dessus ou une institution il faut demander obligatoirement l’autorisation d’utilisation à l’auteur de la photographie qui se réserve la possibilité de demander des droits d’auteur. L’objectif du site n’étant pas de concurrencer les photographes professionnels. »

Compte tenu de ces liens particuliers que le site entretient avec des partis politiques et des journaux soutenant la plupart du temps les mouvements couverts, j’ai décidé de me mettre plus particulièrement dans la peau d’un iconographe qui chercherait une image favorable aux revendications des universitaires.

Dans un premier temps, je vais mener une analyse esthétique des photographies pour sélectionner celles qui montrent une image valorisante du mouvement et qui répondent aux canons journalistiques. Dans un deuxième temps, je conduirai une analyse pratique qui déterminera si les clichés peuvent bien être utilisés pour les fins prévues par le site. Cela reviendra ainsi à évaluer la pertinence de la Photothèque du Mouvement Social.org.

L’analyse esthétique : à la recherche d’images valorisantes pour le mouvement.

Les photographies que j’ai sélectionnées pour la journée de manifestation du 17 janvier 2009 appartiennent à 4 photographes : Didier Bonnel, André Jeff, Cyberien et Jphjarlaud. De façon générale se sont ceux qui ont publié le plus de photographies de cet évènement : 19 pour le premier, 15 pour le deuxième, 46 pour le troisième et seulement 1 pour le dernier qui constitue une exception. J’ai conservé 2 images de Didier Bonnel prises à Marseille, 3 de Cyberien prises à Paris, 3 d’André Jeff au Mans et l’unique de Jphjarlaud à Dijon.

Didier Bonnel a couvert les manifestations en tout genre ayant eu lieu en 2009 à Marseille. Je n’ai pas trouvé sa trace ailleurs que sur le site de la Photothèque…Cyberien s’est lui aussi intéressé aux manifestations diverses qui se sont déroulées fin 2008 et début 2009, mais à Paris cette fois-ci. Ce photographe semble avoir un peu plus d’expérience puisqu’il tient des sites sur internet sur lesquels il expose son travail d’amateur. Ciblé sur l’éducation, André Jeff a photographié les manifestations qui touchaient à ce sujet se déroulant au Mans fin 2008, début 2009. Il n’a pas publié d’autres photographies sur internet. Quant à Jphjarlaud il n’a sur le site que très peu d’images à son actif, elles sont relatives à toute sorte de manifestations et s’échelonnent de 2007 à 2009. On peut le retrouver sur internet avec des textes poétiques et des photographies mais rien n’indique son statut. Je suppose cependant qu’il est amateur.

J’ai décidé de mener une analyse transversale par motif. Ainsi, dans les photographies sélectionnées, j’ai déterminé 4 types de sujet : les manifestants avec leurs banderoles, la focalisation sur une pancarte, la présence de sacs poubelle et la foule désorganisée.

Premier motif : les manifestants avec banderoles

André Jeff / La photothèque du mouvement social

Photographie d’André Jeff : La large banderole fluo est le premier élément qui attire dans cette photographie. La couleur est un formidable « attrape regard », c’est pour cela que j’ai choisi l’image mais c’est selon moi le seul point positif. En effet, le message n’est pas très lisible sur la banderole et ainsi le cliché perd du sens et de l’impact. L’angle de prise de vue est tourné vers l’extérieur de la manifestation, ainsi on aperçoit plus les murs et les vitrines que les manifestants ; le champ de profondeur est coupé et le cadrage absolument pas judicieux. Cette photographie ne correspond pas aux canons journalistiques.

Didier Bonnel / La photothèque du mouvement social

Photographie de Didier Bonnel : Cette image présente de nombreux points positifs. Le regard est attiré au premier plan par une banderole blanche où on a écrit en rouge et noir ; elle est parfaitement au centre et particulièrement lisible. Mais le regard ne s’arrête pas là, le fait de pouvoir apercevoir derrière deux voire trois autres inscriptions et slogans est accrocheur ; cela montre la diversité des messages et des gens en présence. Par ailleurs, une ligne de force diagonale créée par les immeubles bordant la rue encadre la manifestation et structure l’image. Les immeubles, qui au départ, risquaient de boucher la profondeur du champ l’orientent finalement de façon assez positive puisqu’on voit la foule s’étendre sur le côté gauche en suivant la diagonale insufflée par la ligne de force. Cependant, la présence aussi prépondérante de ces immeubles peut aussi desservir l’image, on risque de s’attarder sur eux ou alors d’assimiler la manifestation à un seul endroit reconnaissable ; c’est à double tranchant. Aussi, il aurait peut-être mieux fallu que le cliché ait un cadrage plus serré.

Cyberien/ La Photothèque du mouvement social

Photographie de Cyberien : Cette photographie est d’après moi la plus réussie des trois. Le fait qu’on soit à la même hauteur que les manifestants et que le cliché soit pris assez près permet d’obtenir un cadrage concentré sur l’objet réel de l’image : les manifestants et leur message. Aucun autre élément annexe ne vient perturber le regard : la banderole de tête de manifestation parcoure le cliché de gauche à droite, les manifestants occupent le centre de l’image et pour finir les drapeaux complètent l’espace supérieur. La richesse du cliché réside beaucoup dans l’impression de cohésion qui se dégage avec cette réunion derrière l’imposante banderole. La multitude de drapeaux marqués de sigles de syndicats ou associations même jusqu’en arrière plan au loin donne l’image d’une profusion, d’une foule importante et organisée. Les deux seuls points qui peuvent être considérés comme négatifs sont la présence de quelques personnes de dos au premier plan à droite qui cachent un petit bout de la banderole (heureusement son extrémité !) et les visages reconnaissables de beaucoup de manifestants. On peut cependant supposer que s’ils sont en première ligne c’est qu’ils le souhaitent ou sont des personnes connues. La photographie donne une image extrêmement positive du mouvement et son message est on ne peut plus clair. Cependant, l’originalité n’est pas au rendez-vous pour attirer le lectorat : le motif des manifestants avec leurs banderoles est conventionnel et habituel.

Deuxième motif : la focalisation sur une affiche

Didier Bonnel / La photothèque du mouvement social

Photographie de Didier Bonnel : L’image est prise à hauteur de visage pour pouvoir se focaliser sur les pancartes brandies au dessus de la procession et plus particulièrement sur celle située au centre qui constitue le réel objet du cliché. Le message est particulièrement visible, clair et la pancarte attire malgré son écriture bleue sur fond blanc. On peut apercevoir deux autres slogans derrière ce qui est positif. On aperçoit quelques visages mais ils peuvent facilement devenir peu reconnaissables, cela n’est donc pas un gros problème. Cependant, la photographie admet des points négatifs non négligeables. En effet, le champ est vite coupé par des bâtiments à droite et l’angle de prise de vue de la photo est orienté vers l’extérieur de la manifestation plutôt que vers l’intérieur ce qui n’est pas très judicieux. On a donc davantage l’impression de vide que de profusion. Par ailleurs, l’image n’est pas très colorée de manière générale et attire donc beaucoup moins le regard que d’autres photographies.

Cyberien / La phothèque du mouvement social

Photographie de Cyberien : La focalisation s’opère sur une banderole située au centre de l’image. Elle est blanche et l’inscription dessus est en rouge, elle attire donc beaucoup le regard. Cette banderole est en quelque sorte encadrée par deux figures située chacune à gauche et à droite de la photographie. Ces deux personnes délimitent ainsi le champ de vision sur les côtés et de ce fait mettent en place un cadre autour de la banderole même si celui-ci est imparfait puisque les deux figures se ne situent pas au même niveau. L’effet de focalisation est accentué par la rangée d’arbres sur les côtés qui participent à la création du cadre autour du message. La banderole est à hauteur de tête, on ne peut donc apercevoir les visages des personnes situées derrière. Ce point de vue est stratégique, il permet de préserver l’anonymat, d’éviter les problèmes de droits d’auteur et de pouvoir appliquer la scène à n’importe qui. Seuls deux visages peuvent être aperçus mais je pense qu’on peut facilement les rendre méconnaissables. Cependant, l’image ne transmet pas une impression de multitude. Malgré une possibilité de point de fuite offerte par les rangées d’arbres la vue est coupée et arrêtée par la banderole elle-même. On ne distingue seulement que quelques corps ou pieds qui traduisent des présences, mais pas suffisamment. De plus, le message sur la banderole n’est pas totalement visible et pourrait être considéré en marge du vrai mouvement. On parle de l’école maternelle dans une manifestation largement plus dédiée à la crise des universités.

Cyberien / La photothèque du mouvement social

Photographie de Cyberien : Cette image est particulièrement accrocheuse. Le regard est immédiatement attiré par l’affiche qui prend plus de la moitié de la photographie puis par les drapeaux rouges qui occupent le reste de l’espace dans la partie gauche du cliché : à eux deux ils se partagent quasiment toute la surface. L’affiche est en fait le seul élément clairement défini et mis en valeur dans la photographie, le regard ne peut donc que s’intéresser à elle. Bien qu’elle soit en noir et blanc elle accroche par la taille du visage de Victor Hugo représenté en gros et la très bonne visibilité/lisibilité de la citation en dessous. La convocation d’une grande figure littéraire au service du mouvement social est particulièrement stratégique pour appuyer un point de vue. La pancarte à l’effigie de cet de cet auteur peut agir comme un élément d’autorité qui évoque la raison et incite à la réflexion. On s’éloigne ainsi des slogans revendicatifs sans pour autant oublier la « lutte ». La couleur rouge et l’impression de multitude dégagée par les drapeaux achèvent d’attirer et donne l’image d’une foule. L’anonymat est également une des qualités essentielles de cette photographie. Tous les visages sont cachés par les drapeaux ou l’affiche ce qui permet de prêter à ces personnes n’importe quelle identité et surtout d’éviter les problèmes de droits d’auteur. Cette photographie est selon moi la plus valorisante, la plus accrocheuse et la plus en adéquation avec les canons journalistiques.

Troisième motif : les sacs poubelle

André Jeff / La photothèque du mouvement social

Photographie d’André Jeff : L’image présente un amoncellement de sacs poubelle au premier plan, des messages sont inscrits dessus mais ils ne sont pas lisibles ce qui ne permet pas de traduire l’esprit du mouvement. Ces sacs sont situés sur une sorte d’esplanade qui surplombe une rue où se déroule la manifestation, on peut apercevoir dans le fond la foule qui défile et des personnes qui les observent en amont. Certes le regard se dirige vers la montagne de sacs au centre mais l’image n’est pas cadrée et la multitude d’éléments annexes autour a tendance à perdre le public. Aussi, selon moi, la photographie n’est pas assez accrocheuse et valorisante même si l’humour qu’elle déployait avec la présence inédite des sacs poubelle constituait un point intéressant.

André Jeff / La photothèque du mouvement social

Photographie d’André Jeff : La photographie est prise à hauteur de trottoir pour se focaliser sur des sacs poubelle alignés sur le sol. Ils portent chacun des messages lisibles grâce au gros plan faits sur eux. : les sacs occupent tout le devant de l’image et la majeure partie de l’espace. La couleur bleue d’un des sacs ainsi que l’orange et le rouge des écriteaux attirent le regard. En fond on aperçoit un grand bâtiment qui peut facilement être assimilé à une université (étant donné le contexte). La position des sacs et la présence du bâtiment en arrière plan créent une diagonale et donc une ligne de force dans l’image ; de ce fait, la photographie est plus percutante. Par ailleurs, l’originalité du sujet et l’humour qui s’en dégage sont susceptibles d’intriguer et d’interroger le public qui sera ainsi amené à lire les articles en lien avec l’image. Enfin, le recours à des sacs poubelle pour évoquer les effets des réformes contre lesquelles est tourné le mouvement est une image frappante dont le message est clair et plein d’humour.

Dernier motif : la foule désorganisée

Jpahjarlaud / La photothèque du mouvement social

Photographie de Jpahjarlaud : L’élément central de la photographie est un couple de dos surmonté d’un drapeau rouge et entouré d’une foule un peu désordonnée. L’image est éclairée d’une lueur rouge produite par un fumigène tenu par une personne à gauche. De la fumée liée à ce fumigène se trouve dans la droite du cliché. L’impression générale qui se dégage de l’image est le manque d’organisation, le désordre et le contraire d’une ambiance bon enfant. La couleur rouge domine (le fumigène, le drapeau, le manteau de la femme au centre), la violence est suggérée par le fumigène et la fumée, on ne sait pas quel est l’objet réel de la photographie,… Le cliché ne donne vraiment pas une image valorisante du mouvement : désordre et agressivité s’illustrent davantage dans une vision négative et suggèrent un éventuel dépassement des limites du respectable. Cette photographie ne correspond donc pas à ce qui est recherché pour illustrer un tract ou une publication.

Finalement, je n’ai conservé que deux photographies de Cyberien : une pour le motif des manifestants avec banderoles, l’autre pour la focalisation sur une affiche (celle de Victor Hugo) et une photographie d’André Jeff pour le motif des sacs poubelles (celle du gros plan).

L’analyse pratique : évaluer la pertinence du site.

Après avoir sélectionné 3 photographies de la journée de manifestation du 17 janvier 2009 donnant une image positive, valorisante du mouvement mené par les universités et correspondant aux canons journalistiques, je commence à entreprendre les démarches pour pouvoir les utiliser.

On peut accéder à des informations sur les photographies en faisant seulement une visite sur le site. Pour cela il suffit de cliquer sur l’image qui nous intéresse et un tableau récapitulatif nous fournit une petite description du cliché, les mots clés auxquels il se rattache, sa date de mise en ligne, sa taille, par qui elle a été postée, combien de fois elle a été téléchargée. On a en plus le loisir de pouvoir poster un commentaire ou de voter pour l’image si elle nous plaît. Il est bien évident que les commentaires et votes déjà postés à propos de cette photographie apparaissent également à ce moment là. Ainsi, on connaît toutes les informations de base à savoir concernant l’image mais également sa quotte de popularité par le biais des votes, des commentaires et du nombre de téléchargements dont elle a fait l’objet. Si ce dernier aspect nous intéresse une rubrique du site s’intitule « Top 10 » et récapitule les 10 images, toutes catégories confondues, les plus sollicitées pour les téléchargements, les hits et les votes.

Si un simple click sur une image peut nous en apprendre plus sur elle, il est cependant nécessaire de s’inscrire sur le site pour pouvoir télécharger les clichés, tout comme pour en publier d’ailleurs. Cette inscription est on ne peut plus simple ; sa seule condition est la validation des conditions d’utilisation que nous avons évoquées plus haut. Identifiée sur la Photothèque du Mouvement Social.org, je mets dans mon « panier » les 3 images qui m’intéressent. Je peux alors en faire des e-cards, les obtenir sous format Zip ou les télécharger pour les ouvrir ou les enregistrer. Je choisis cette dernière option pour pouvoir disposer des photographies sur mon ordinateur et ainsi vérifier si elles sont réellement utilisables pour un tirage papier ou une mise en ligne internet.

Pour cela, j’ouvre chacune des photographies sur Photoshop et je rentre dans le menu « Image » pour accéder à la taille de l’image. Pour une impression papier professionnelle et donc à grand tirage, un cliché doit avoir une résolution de 300 dpi, une impression papier de base nécessite 120 dpi et une utilisation sur internet demande seulement 80 dpi. Les deux photographies de Cyberien sont déjà en 300 dpi mais je remarque que la taille qu’elles ont est particulièrement petite : 4.51 cm de largeur et 6.77 cm de hauteur pour une, 6.77*4.51 cm pour l’autre ; cela correspond à peu près à la moitié d’une carte postale. Ainsi, sans retravailler les images et donc en créer de nouvelles, on ne peut pas utiliser telles qu’elles les photographies de Cyberien pour une publication papier dans un journal ou l’édition de tracts. La photographie d’André Jeff, redéfinie en 300 dpi, ne mesure que 2.54 cm de largeur pour 1.91 cm de hauteur. Dans ce cas il est évident que l’utilisation pour une sortie papier à grand tirage est impossible… ! Même en 120 dpi la photographie n’atteint pas des dimensions acceptables : 6.35*4.78 cm. Cette image n’est donc pas exploitable pour tout tirage papier, elle ne pourra apparaître que sur le web.

Devant les résultats décevants que j’ai obtenu je décide de faire le même travail sur des images publiées par les personnes qui sont à l’origine du site de la Photothèque du Mouvement Social.org. Je suppose, en toute logique, qu’ayant considéré les buts de leur site ces personnes ont dû poster des images qui peuvent être utilisables sur tous les supports. Le format des images de Patrice Leclerc est toujours le même, je choisis donc une photographie au hasard. Déjà en résolution 300 dpi, le cliché ne mesure que 6.77*4.5 cm. Même souci avec les images de Milos Colic, en 300 dpi elles font 8.67cm de largeur et 5.75 cm de longueur. Quant à Gabriel Laurent, ses clichés ne font que très rarement le même format et il est donc difficile de savoir si dans l’ensemble de ses images quelques unes sont réellement utilisables pour un sortie papier à grand tirage. Aussi, les photographes amateurs ne sont pas les seuls à ne pas remplir les objectifs attendus par le site : les administrateurs même ne les atteignent pas. Peut-être que cela est lié au fait qu’il n’est pas possible de déposer sur le site des photographies dépassant 1024 pixels, restriction qui est stipulée dans une rubrique qui explique comment publier ses images.

En définitive…

Il semble que le site de la Photothèque du Mouvement Social.org ne remplisse pas toutes ses missions : une utilisation des photographies pour un site internet est possible mais ce n’est absolument pas le cas pour une publication dans un journal papier ou l’édition de tracts. L’intérêt du site est manifeste : il fournit des images des mouvements sociaux en général avec un vrai souci du pluralisme des points de vue et des expressions. Le fait que tout le monde puisse y publier ses photographies est la garantie même de cette diversité. Il donne par ailleurs de la matière à des journalistes qui sont ensuite libres de faire un choix d’images selon des critères qui leur sont propres. Cependant, il est regrettable que le site ne remplisse pas toutes les finalités qu’il s’était attribué. L’impossibilité d’utiliser concrètement les images mises en ligne pour des publications papier dessert la Photothèque du Mouvement Social.org.





Les enseignants grévistes de la toile

30 03 2009

Zoom sur la fonction des photos sur les sites d’information.

par Julie Decanis-Lubrano

le 13/02/2009

Comment les mouvements sociaux sont-ils représentés sur internet ?
Alors que le mouvement de grève des enseignants-chercheurs sévit depuis quelques semaines, les étudiants intensifient leur action, et au printemps 2009, non moins de 55 universités sont bloquées en France.
Dans ce contexte de manifestation intense, les médias n’ont que l’embarras du choix, en ce qui concerne les images à diffuser dans la presse, à la télé…
Nous avons sélectionné un panel d’images pris au hasard des sites internet, mais qui présentait un élément commun, la mise en scène des acteurs de la manifestation. Nous les analyserons, en nous demandant pourquoi ces photos sont-elles intéressantes à diffuser sur un site d’informations ? En effet, la particularité du site est qu’il mêle différents outils interactifs, comme les photos et les vidéos. Dans ce contexte, la photo prend une fonction plus spécifique au milieu de la page web. Nous nous attacherons à déterminer les critères d’appréciation d’une photo pour un site web.

Où sont les images ?

Rue89, site novateur, puisque premier site d’informations gratuit, accessible par tous sur internet. La toile est son seul moyen de diffusion. Comme la plupart des journaux, il fait appel aux agences filaires, telle Reuters pour s’approvisionner en image.
Nous avons ainsi repéré notre première photo, prise par Jacky Naegelen, qui travaille partiellement pour Reuters.

rue-89
L’image était placée au début de l’article, alors qu’une vidéo prend la suite un peu plus loin, et légendée ainsi : « Manifestation à Paris, le 24 janvier 2009 contre les suppressions de postes dans l’éducation. »

La deuxième image quand à elle, est tirée du site de Libération, journal quotidien. Mise en ligne dans un article du 04/02 « A Strasbourg, les manifestants n’ont pas hésité à chahuter la ministre venue inaugurer la nouvelle université ».

libe

Ici, seules les initiales du photographe sont désignées (MP), ainsi que l’agence, toujours la même, Reuters.

Libération est un journal papier quotidien, qui possède un site internet en complément. L’image était placée sous les titres de l’article, alors qu’une vidéo suivait plus loin.
Ici, le photographe est réduit au statut de producteur de l’image, puisque son nom n’est même pas indiqué en entier. On constate par contre le primat de l’agence Reuters dans la diffusion des images, puisqu’une nouvelle fois, la photo provient de cette dernière.

« Manifestation du 19/02 à Strasbourg, à l’appel de la coordination nationale des universités contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs. » © Reuters

nouvel-obs
La légende de la dernière photo, révèle une fois de plus la présence de Reuters, mais dans le magazine Nouvel Ob’s, le 27 fév dernier, dans un article publié sur internet. Elle est encore situé en haut de la page, au début de l’article, mais n’est pas suivit d’autres éléments illustratifs. Le nom du photographe n’est même pas indiqué.

Que disent les images ?

photo1-rue89
L’image est faite de formes carrées et de lignes verticales. En effet, les pancartes découpent l’image comme un puzzle, compensant les lignes verticales formées par les corps des manifestants. La construction de l’image en permet une lecture rythmée par les pancartes, de haut en bas. (Haut, bas, haut)
Le photographe joue avec les contrastes, utiles pour attirer le regard du spectateur, entre les différences carré et lignes verticales, le sparadrap en forme de croix qui résume ce que la jeune femme revendique, ainsi qu’avec les couleurs.
Ces dernières sont majoritairement sombres, les habits des personnages, le ciel grisâtre, le pavé… Elles contrastent avec la blancheur des panneaux, le message écrit dessus n’en est que plus visible.

photo2-nouvel-obs

Ici, la construction et le plan serré permettent d’attirer le regard sur l’élément principal, les pancartes.
En effet, sur cette photo, les têtes bandées, qui à première vue, intriguent le spectateur, ne sont que des mises en valeurs des pancartes.
Le regard des trois personnages, droit vers l’objectif, en est une démonstration.
La profondeur de champ pourrait desservir l’image, mais le plan centré montre des panneaux qui barrent littéralement le ciel et donnent  une impression de profusion.
De plus, les slogans sont très lisibles.
La construction horizontale permet une lecture graduelle de l’image, dans la mesure où les slogans sont d’une intensité narrative progressive. (LRU ; Nuages noirs sur l’éducation ; Fac Off Pécresse)
Toutes les couleurs caractéristiques des revendications sont présentes, le rouge et le noir surtout.

photo3-liberation
La dernière image est construite en deux blocs horizontaux, constitués par la banderole et les étudiants. La lecture de cette dernière guide le déchiffrage de la photo.
Le plan serré a pour effet de centrer le regard du spectateur sur les personnages, qui sont l’élément principal de la photo.
Les étudiants semblent être pris dans un sentiment d’exultation, ils crient et leurs regards convergent vers un point commun, émus par une même cause.
Par ailleurs, ce qui est très important dans cette image, ce sont les couleurs. En effet, le rouge domine, avec les rappels de la banderole, des nez rouges, ainsi que des couleurs de cheveux des deux filles du premier plan. Les visages des étudiants sont maquillés de blanc, et de noir. Toutes ces couleurs symbolisent la revendication et accrochent l’œil du lecteur.

Explication ou illustration ?

Quelle est donc la fonction d’une photo sur internet ?

Comme énoncé plus haut, l’image est à chaque fois placée sous les titres, en début d’article. Sur les trois sites, nous avons pu constater qu’une vidéo était placée au sein de l’article, un peu plus bas.
La photo prend alors un rôle qui n’est, ni totalement accrocheur, comme sur le papier, ni totalement explicatif. On découvre un aspect nouveau de l’image, sur les sites d’information, c’est-à-dire réduit à de l’illustration. La photo reste un moyen d’accrocher l’œil du spectateur, mais son importance est moindre par rapport aux titres de l’article. En effet, on remarque des similitudes avec le thème de couleurs du journal qui la publie.

L’exemple le plus frappant est celui de Libération, qui utilise une photo assez démonstrative de l’orientation du journal. On repère des ressemblances entre les couleurs symboliques du journal lui-même (le rouge et le noir), et celle de la photo. Or on a déjà analysé plus haut l’importance des couleurs à la symbolique revendicative, pour la compréhension de cette image. Ainsi, il est facile de voir quelle orientation on peut donner à une image sortie de son contexte, et comment la photo permet d’accrocher l’œil du lecteur. D’ailleurs, la légende n’est pas accolée à l’image, mais se trouve bien plus bas sur la page internet. Aujourd’hui ces méthodes d’accroche sont utilisées par tous les journaux, car l’impact visuel est facile à exploiter. Cependant, que se soit sur le papier ou sur internet, la colorimétrie dominante ne change pas.
La vidéo, quant à elle, possède une place privilégiée. Elle remplie une fonction explicative, montre souvent une expert analysant le sujet… Elle n’a pas besoin d’être de bonne qualité, car elle prend la forme d’un témoignage brut. Ici, pas de valeur de l’image pour l’image, alors que la photo, de part le doute qui s’est instauré quant à sa véracité, ne vaut pas comme un témoignage. Si elle n’est pas assez colorée, ou bien construite, alors elle ne trouve pas sa place dans un article sur le net.

Après les années 70, la photo régnante, a progressivement été remplacée par la télé. Aujourd’hui on assiste à une nouvelle évolution. Les deux médias qui étaient alors concurrents, sont désormais liés sur la toile. Un seul média, et plusieurs outils interactifs. L’heure est à la médiation entre toutes ces possibilités technologiques. Pourtant, ce melting-pot des techniques n’entraine-t-il pas la sous-exploitation de chacune ? La vidéo explicative, la photo illustrative, bien rangées dans des cases. N’oublie-t-on pas l’impact que peut avoir une photo journalistique ? Il est dommage que ce domaine ne soit pas pris en compte alors que le net offre des possibilités bien plus grandes que les simples magazines des années 70, ou la télé des années 80.