Les journaux gratuits

21 05 2009

Par Laure LITTMANN

Le 20 février 2009
Je trouvais pertinent de m’intéresser à la presse écrite gratuite. En effet, elle ne correspond pas à une réelle démarche de lecture. Ces journaux sont distribués, l’information arrive donc comme ça, toute prête dans les mains du commun des mortels. Cela permet de toucher d’ailleurs une population qui n’a pas l’habitude de lire de la presse.
La ligne éditoriale de ces journaux semble être, pour ainsi dire, inexistante. Il n’y a pas de parti pris (ni dans l’information, ni dans l’esthétisme). L’information est rendue dans une certaine neutralité. Ils reprennent d’ailleurs bien souvent, les informations brutes des agences filaires telles que l’AFP.

Je me suis alors demandé si cette gratuité et cette neutralité faisait perdre en qualité?
En observant les photographies choisies de 20 Minutes et de Métro, et en lisant les articles, je me suis posé la question de la cohérence entre la photo et l’article. L ’absence de ligne éditoriale précise ne risque t-elle pas de créer une contradiction dans l’information transmise?

Nous appellerons: «photo et article 1», la photographie et l’article de 20 Minutes. Et «photo et article 2», la photographie et l’article de Métro.

AFP/B. Guay / Manifestation 19 février 2009/ 20 Minutes

AFP/B. Guay / Manifestation 19 février 2009/ 20 Minutes

AFP/B. Guay / Manifestation 19 février 2009

AFP/B. Guay / Manifestation 19 février 2009

Photo 1: Cette photographie est une photographie de l’AFP faite par B. Guay (correspondant régulier de l’AFP puisqu’il a envoyé à cette agence filaire des photos diverses et variées allant du simple fait divers: l’arrestation, par exemple, d’Alain Bernard. A l’actualité culturelle comme par exemple un concert de Cheb Mami).

Etant prise a hauteur d’homme et même en légère contre- plongée, cette photographie n’a pas beaucoup de profondeur de champ.

Elle semble pouvoir se découper en deux. Le premier plan est occupé par des manifestants. Le second plan par le ciel, des pancartes, des drapeaux, et aux deux extrémités, par des immeubles.
Les couleurs tournent autour du bleu ( le texte des drapeaux, celui de la banderole en bas que tiennent les manifestants), du jaune ou sable (le manteau d’un des manifestants en bas a gauche, relayé par les immeubles en deuxième plan.)

La pancarte la plus lisible reprend les couleurs fortes des manifestations à savoir un texte en noir et rouge sur fond blanc. Il y a quelques nuances de noir : les manteaux des manifestants et quelques banderoles en arrière plan.

Il n’a pas de mouvement de foule dans cette photo 1. Les manifestants ont l’air immobile. Ils ont presque l’air d’attendre ( voir l’homme en noir au premier plan, les mains croisées sur la banderole).

Il y a beaucoup de banderoles et de drapeaux. La plupart sont illisible. La seule pancarte bien et entièrement lisible est celle où il y a écrit : « facs en colère».

Les manifestants n’exultent pas. Il n’y a pas d’expressions fortes sur leurs visages. Certains parlent ou regardent à droite, à gauche. Aucun des manifestants n’ont de regards décidés. Aucun ne semble crier.

A peu près cinq visages sont reconnaissable sur cette photo 1. Mais trois de ces cinq personnes sont semblerait-il des représentants syndicaux. On peut alors se dire qu’en tant que représentant syndicaux dans une manifestation, leur accord sur le droit a leur image est implicitement donné au photographe. Donc ici peu de soucis de diffusion.

Il semblerait donc, qu’en ce qui concerne, les motifs essentiellement esthétiques, la photo 1 n’est pas une photographie idéalement publiable : il n’y a pas de mouvement, pas de profondeur de champ et donc pas de possibilité de montrer la multitude. Il n’y a pas d’exultation de la part des manifestants et peu de couleurs accrocheuses tel que le noir et le rouge.

Mais penchons nous à présent sur la cohérence de la photo 1 avec le titre et l’article 1 .
Le titre 1 est: «Cortège étudiant haut en colère». La photo 1 semble nous montrer des représentant syndicaux. On pourrait donc attendre, selon le titre, a des jeunes autour de ces représentants mais il n’y en a aucun. «haut en colère» nous désigne des cris, du mouvement, du rouge. Pourtant comme nous l’avons vu précédemment dans notre analyse, aucun de ces motifs n’est présent.
L’image 1 ne correspond donc pas au titre.

Voyons à présent, sa cohérence avec l’article 1. L’article 1 expose les manifestations étudiantes sous le champ littéraire de la mort : «cercueil», «enterrer»… Or la photo 1 n’a rien de morbide. De plus, nous savons que lors de cette manifestation du 19 février 2009, de nombreuses photographies AFP étaient sur un cercueil que portait des manifestants. L’une de ces images aurait été plus appropriée.
Alors, pourquoi avoir choisie cette photo 1? Le manque de cohérence entre l’article 1 et l’image 1 serait-il dû au fait que l’article et le choix de l’image, n’est pas été fait par la même personne?

Tentons à présent d’analyser la photo 2.
Photo 2 : Cette photographie est aussi de l’ AFP. Le photographe est inconnu.

AFP/Manifestation 19 février 2009/Métro

AFP/Manifestation 19 février 2009/Métro

AFP/Manifestation 19 février 2009/Métro

AFP/Manifestation 19 février 2009

Une grande profondeur de champ cette fois-ci. Ce qui sert l’impression de multitude. Il y a beaucoup de manifestants, beaucoup de pancartes et de drapeaux.

Les couleurs ne sont pas vives. Elles n’attirent pas le regard et il n’y a pas de dominance réelle.

Il y a une impression de mouvement. Les manifestants semblent avancer vers nous.

Il y a beaucoup de pancartes et de drapeaux. Une pancarte au centre de la photographie est lisible «Sauvez la recherche… …bouffez du Pécresse».
Il n’y a pas vraiment d’exultation des manifestants. Certains son déguisés.

Malgré le fait que le point soit fait sur l’arrière plan, et donc que le premier plan soit un petit peu flouté, beaucoup de visages sont reconnaissable sur cette photo 2 notamment au premier plan. Ce qui pourrait poser peut-être un problème dans la diffusion de cette photo 2 (même si bien sur on prend en compte le fait que lorsqu’on manifeste il y a une espèce de mise en scène de sois délibéré et donc un accord tacite pour se faire photographier).

La photo 2 ne correspond pas aux attentes esthétiques d’une photographie accrocheuse. Il y a du monde, et du mouvement mais pas de couleurs accrocheuses, pas de pancartes réellement lisible et beaucoup de visages reconnaissable.

Mais penchons nous sur la cohérence de la photo 2 avec l’article 2.
L’article 2 est composé de plusieurs description des manifestations dans plusieurs grandes villes. La photographie choisie doit donc être «universelle» géographiquement. Or, si on le lit pas la légende, la rue dans laquelle a été prise la photo 2 n’est pas reconnaissable et est donc appliquable à n’importe qu’elle ville.
La cohérence entre l’article 2 et sa photographie est donc établie.

Mais cette cohérence est-elle juste dû au hasard? En effet, en jetant un oeil sur le site de Métro du 5 mars 2009, j’ai pu constater que sur une image que nous appellerons photo 3, la cohérence n’est plus du tout présente entre l’image et l’écrit. «pression des manifestants, les présidents optimistes». Or, peu d’optimisme ou d’impression de force et de pression se dégage en effet de la photo 3. Il n’y a plus de réelle cohérence.

On peut alors se demander si c’est par manque de moyens ou par manque de temps, que ces journaux quotidiens gratuits sont négligent sur leurs images?
De plus, avec la photo 2, la probabilité d’une personne différente pour l’article et le choix de l’image se concrétise. Il y avait en effet, dans l’article 2 plusieurs auteurs.
Or comment donner des images de qualités et en cohérence avec la partie écrit si on manque de temps, de moyens et que le travail au sein de la rédaction est si compartimenté?
Ceci nous ramène a la raison d’être des journaux gratuits qui n’est pas de transmettre des idées mais des informations brutes. De plus nul besoin d’images accrocheuses ou encore en cohérence avec l’article puisque ces journaux n’ont pas besoin de se vendre.
Une question reste donc sans réponse, si il y a autonomie entre l’ écriture de l’article et le choix de la photographie, pourquoi ne pas choisir des photos plus percutante, plus forte?





La grève vue par le Figaro

18 05 2009

Par Laura DOUHARD

le 15 mars 2009

La mobilisation universitaire et la « grève active » de ce second semestre ont été relayées dans les médias de manière beaucoup plus intense que ce fut le cas l’année passée. Je me suis intéressée aux informations que recevaient les lecteurs de presse écrite et en ligne, à partir desquelles ils forment leurs opinions. J’ai choisis, comme critère de sélection, d’étudier le volet « information en ligne » du plus ancien quotidien national français encore publié, Le Figaro.
Pour beaucoup, Internet est un moyen de s’informer rapidement, gratuitement, sans avoir besoin de se déplacer, et est un outil qui permet d’obtenir les mêmes informations que celles publiées dans formule écrite d’un journal. Ces pages sont très consultées, et il est essentiel de les prendre en compte. Mon choix s’est dirigé vers Le Figaro, car c’est un journal de droite et centre droit, très largement distribué. Il est intéressant de le lire, particulièrement lorsqu’il couvre un mouvement contestataire, car ce n’est justement pas un journal d’opposition. De plus, il a particulièrement bien relayé le mouvement universitaire contestant les réformes récentes. En effet, sur ces quatre dernières semaines consécutives, le quotidien a fait état des quatre manifestations qui ont eu lieu, entre le 20 février et le 11 mars 2009.
Il s’agira de comprendre l’évolution de la médiatisation de ce mouvement dans la durée, au sein du même journal. En effet, nous savons qu’un mouvement s’essouffle au bout d’un certain temps, et que par conséquent les journaux en parlent de moins en moins, afin de ne pas lasser les lecteurs. Toutefois, Le Figaro n’a pas cessé de publier et de mettre en ligne des informations sur ce sujet.
Nous prendrons comme axe d’analyse la progression des analyses relayées par Le Figaro au cours de cette période. Suivre les positions d’un journal dans la durée est adéquat, dans la mesure ou sa ligne éditoriale n’est pas supposée changer.
Le corpus d’images déterminé forme t-il un ensemble chronologique cohérent ? Le Figaro, dans ces quatre photographies publiées, montre t-il une évolution sur le regard porté aux manifestations ? Nous étudierons cela à travers les quatre images sélectionnées qui constituent mon corpus.

Les quatre photographies sélectionnées ont été prises par le même photographe, Bastien Hugues. Il est depuis 2008, journaliste multimédia au Figaro. Ces quatre images sont estampées Agence France Presse, l’une des trois grandes agences filaires. Bastien Hugues a donc produit des images pour l’AFP, achetées par Le Figaro. Le grand quotidien les a ensuite diffusées sur son site officiel, lefigaro.fr.
La manifestation est avant tout un mouvement de foule, que le photographe met en scène. Ce dernier compose son image de manière à soutenir un discours, qui tend soit à minimiser le mouvement, soit à l’amplifier, ou encore qui fait preuve de neutralité. Bastien Hugues sur ces quatre photos a traité la question des pancartes et des banderoles de façons totalement différentes. On constate une nette progression dans la volonté de mettre en avant le message des manifestants. Selon les photographies, Bastien Hugues s’est attaché à traduire d’avantage un mouvement de foule ou d’avantage un mouvement des personnes. Le ressentit en est différent, comme l’est le message.

Photodu200209
La photographie du 20 février se contente de relater les faits. Ce que l’on remarque en premier est l’abondance de pancartes par rapport au nombre de personnes : il y a beaucoup de revendications pour peu de personnes. Une seule des quatre pancartes au premier plan est lisible, mais difficilement. On peut avec un effort y lire « EDUCATION DEGRADEE = AVENIR SACRIFIE ». Les pancartes sont blanches, et n’attirent pas le regard. Aucun slogan ne saute aux yeux, le lecteur n’est en aucune façon interpellé. Il y a bien deux pancartes rouges comportant du rouge, mais aucune des deux n’est déchiffrable.
Même si l’arrière plan flou et les pancartes laissent supposer les 2000 personnes présentes à Lille (selon la légende). Le lecteur n’a pas l’impression de voir une masse de gens. Cette première image est statique, et n’expose pas la foule présente. Le surplus de pancartes forme un rideau qui cache toute la foule supposée, et a pour effet de casser la profondeur de champ. L’immeuble qu’on distingue en arrière plan arrête également toute la perspective. Au contraire, on distingue clairement deux visages. L’homme au premier plan aurait pu faire l’objet d’un portrait, mais il aurait fallu le prendre en gros plan, et construire la photographie d’une autre manière. De plus, pouvoir compter les personnes sur cette photographie n’est pas une bonne chose, puisque le principe même d’une manifestation est de se massifier, en montrant que l’union qui fait la force. Ces visages n’expriment aucune expression forte, et donne plutôt l’impression d’être en attente.
En regardant cette image, le lecteur n’y lit aucun message percutant, et ne comprend pas les revendications. Au contraire même, il y règne un sentiment de confusion, comme si la foule exprimait tout un tas de choses incompréhensibles et désorganisées. La photographie renvoie une image du mouvement qui n’est ni énergique, ni très sérieuse.

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La photographie du 26 février est très différente dans sa composition. C’est la seule photographie de ce corpus dans laquelle le photographe se trouve en dehors de la manifestation. Elle est prise en plongée. Elle illustre parfaitement l’article qu’elle accompagne, dont le titre précisait : « faible mobilisation dans le monde universitaire ». En effet, les gens n’apparaissent pas agglutinés, mais semblent plutôt se promener. Il y a bien des banderoles, mais aucune n’est lisible (sauf une sur laquelle on peut lire « IUFM »), le message est pour ainsi dire inexistant. La photographie a été faite à la chambre ou bien a été manipulée par la suite, d’où le caractère particulier de l’esthétique. La perspective réduite par les deux bandes floues en haut et en bas de l’image concentre l’attention sur la banderole « IUFM ». La plongée et la distance éliminent toute communication entre l’émetteur et le receveur de l’information. Aucune proximité n’est créée, on observe le phénomène de loin, sans manifester l’envie de comprendre ce qui se passe. Du fait de la distance, aucun visage ne peut accrocher le regard. Il n’y a pas de mise en scène. Le cortège est dans l’ensemble noir, et se fond dans la grisaille parisienne. Il y a beaucoup trop de vide sur les trottoirs et sur la rue perpendiculaire. Seul le flou sur les bords de la photographie donne une impression de mouvement. Mais cela ne suffit pas à combler les manques. L’image aurait été plus intéressante si elle avait été prise avec moins de recul. De plus, Bastien Hugues en prenant un grand angle a également photographié des passants. On a donc le sentiment que la vie continue, que personne ne s’arrête sur le mouvement, et qu’il n’est pas nécessaire d’y prêter attention. Un journal qui publie cette image ne souhaite clairement pas porter le mouvement. Il y a un parti pris visant à montrer les faiblesse et non à soutenir l’effort.

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Avec la photographie du 5 mars, on note une nouvelle volonté de mettre en scène les pancartes. Cependant, les quatre qui sont photographiées sont difficilement déchiffrables. Elles comportent beaucoup trop de texte pour être percutantes, et l’écriture est trop fine. Le seul slogan véritablement lisible est celle placée au centre de l’image, au premier plan. On peut y lire « IUFM / OUI à une FORMATION de QUALITE ». Comme c’était déjà le cas dans la photographie du 20 février, il y a beaucoup trop de messages illisibles, une surabondance de pancartes ici inutiles qui occupe près de la moitié de l’image, et une absence de véritable message. Cependant, on distingue une foule derrière elles, grâce à une bonne profondeur de champ. L’immeuble à droite de la photographie créer une ligne de fuite, qui attire le regard à l’arrière plan, et laisse supposer le reste du cortège.
Le point fort de l’image est qu’elle est bien remplie ; on a la sensation qu’il y avait beaucoup de monde dans la rue ce jour là. La jeune fille avec une capuche, au centre de l’image, tient la seule pancarte lisible qui accroche le regard. L’expression de son visage est forte, sans pour autant qu’elle soit isolée du reste du cortège. Bastien Hugues a ici réussi à mêler portrait et foule.
Cependant, l’image manque de couleurs fortes, et est beaucoup trop proche du noir et blanc. La mise en scène a considérablement évoluée par rapport aux deux photographies précédentes, mais cette troisième photographie manque encore de vie. Les têtes son tournées, aucun visage ne regarde la caméra. L’image n’est pas très percutante, en ce sens qu’elle n’offre ni vraiment d’expression, ni de véritable message.

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La photographie du 11 mars montre une réelle et nouvelle volonté de retranscrire l’ambiance de la manifestation. Bastien Hugues y a éliminé tout le superflue des trois images précédentes, pour garder un seul et unique message. On peut y lire très clairement, en noir, et en gros caractère gras : « SAUVEZ PECRESSE –  TAPEZ 1 / SAUVEZ LA FAC – TAPEZ PECRESSE ». Pour la première fois, la formule est percutante, le message limpide, et contient une référence humoristique à un procédé qui connote les jeux télévisés, ce qui permet une identification et donc un rapprochement entre l’émetteur et le receveur du message. C’est une sorte de clin d’œil lancé au lecteur. Contrairement aux autres photographies, la pancarte occupe ici pratiquement un quart de l’image à elle seule. La photographie est encadrée par les pancartes et par une banderole en bas. Il n’y a aucun espace vide. Les autres pancartes sont floues, partent dans tous les sens, et laissent présager le même type de messages. Cela ajouté à leur manque de netteté produit un mouvement qui insuffle une certaine énergie à la photographie.
Ici, aucun bâtiment ne vient couper la profondeur de champ. Le flou en arrière plan laisse également deviner un grand nombre de personnes et marque la présence des autres manifestants. La zone de netteté permet de pointer le message, c’est-à-dire la pancarte. C’est le seul élément de l’image qui est complètement net. Le photographe a clairement fait le point sur le message. Pour la première fois, Bastien Hugues donne véritablement la parole aux manifestant. Au premier plan, les visages sont déterminés et regardent l’objectif. Les manifestants veulent véritablement faire passer leur message, et par cette photographie, ils s’adressent directement au reste de la population. La mise en scène est parfaitement réglée.  Cette photographie contient tous les éléments qui enrichissent une image de manifestation.
Les photographies sélectionnées pour illustrer le mouvement universitaire sur ces quatre dernières semaines montrent une évolution positive. L’impression qui en ressort est que la longévité impose la diffusion. Le sujet a été traité au départ comme s’il n’allait pas durer. Il n’était donc pas retranscrit avec autant de ferveur. Sur cette dernière semaine en particulier, nous remarquons que la photographie est percutante, et qu’elle exprime la force du mouvement plutôt que ses faiblesses.

Bastien Hugues vend ses images à l’Agence France Presse, et n’est donc pas indépendant. Par conséquent, il ne possède pas ses photographies, comme c’est le cas dans des agences de photographes telles que l’agence Vu, ou dans des collectifs comme Bar Floral ou Œil Public.
Cependant, il est depuis l’année dernière journaliste multimédia au Figaro, il n’est donc pas étonnant que ce soit lui qui couvre ces quatre semaines consécutives de manifestations sur le site officiel du journal. Ce corpus de photos est non seulement la vision d’un journal, mais aussi d’un photographe. Cela crée une cohérence qu’il n’y aurait peut-être pas si Le Figaro avait choisis quatre images de quatre photographes différentes. Le photographe comme le lecteur suit le mouvement, leurs opinions évoluent ensemble et au même rythme. Le journal de droite n’a pas choisi les photos les plus percutantes que proposait pourtant l’AFP. On comprend qu’ils relatent le mouvement pas nécessairement pour le porter, mais au mieux dans un but de neutralité. Le Figaro n’a au départ pas offert de crédibilité au mouvement, mais continu à le médiatiser dans la durée. La dernière photographie qui illustre les manifestations est beaucoup plus percutante que les deux premières.
Enfin, il ne faut pas oublier que les gens vont dans la rue et manifestent dans le but de se mettre en scène. Au cours des quatre dernières manifestations, plusieurs mises en scène ont été organisées. Il y a eu des enterrement d’universités (Nanterre, Censier,…), des mariages (Madame Université mariée à Monsieur service privé), des pleureuses qui escortent le cortège,… Pourtant le Figaro n’a choisi aucun de ses évènements pour illustrer ses articles, et s’est contenté de photographies qui illustrent les faits de façon plus ou moins favorable.
La question du respect de la vie privée se pose ici. Même si l’on considère que les manifestants se mettent eux-mêmes en scène, les journaux ont tendance à préférer publier une image sur laquelle les personnes ne sont pas reconnaissables, afin d’éviter tout risque de mécontentement.  La seule photographie de ce corpus dans laquelle on distingue clairement des visages est la première photographie. Sur la photographie du 26 février, Bastien Hugues a réglé la question en prenant la foule et non des individus. Sur celle du 5 mars, pratiquement tous les visages son tournés, personne n’est en évidence. Enfin sur le cliché du 11 mars, deux d’entre eux ont une capuche et un foulard autour de la bouche, ce qui couvre les trois quarts de leur visage. Les autres sont légèrement flous, la tête baissée,… En ce sens, ces trois dernières photographies sont parfaitement publiables d’un point de vue pratique.

Nous avons donc noté une évolution dans la manière de traiter le mouvement universitaire. En effet, le photographe, au cours de ces quatre dernières semaines s’est attaché à offrir chronologiquement des photographies de plus en plus percutant et percutantes. Bastien Hugues a, sur l’ensemble des images sélectionnées, parfaitement illustré les articles du Figaro, en particulier leur titre. La photographie du 26 février met en image la « faible mobilisation », tandis que la photographie du 11 mars montre effectivement des étudiants qui « s’opposent aux actuelles réformes menées par la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Pécresse ». Le journal ne fait pas pour autant l’apologie du mouvement, il relate des faits. Cependant, on note que Le Figaro a porté un intérêt grandissant, et par conséquent un regard plus acéré et pertinent. Cela explique sans doute que la dernière photographie soit la plus efficace qu’ils aient publiée.