Les mouvements des DOM-TOM et leur répercutions dans la presse métropolitaine

29 05 2009

Par Anne-Lise ARNAUD

Le 25 mai 2009

Ces derniers mois, on a entendu parler des manifestations qui avaient lieu dans les Dom-Tom, dirigées notamment par le LKP, Liyannaj kont Pwofitasyon, de Guadeloupe.
Je me suis donc penché sur les images qui avaient été tirées de ce mouvement, dans la presse française, écrite et internet. Je me suis intéressée notamment à des sites et des journaux à grandes diffusion, car ce sont des leaders d’opinion. J’ai recherché, par les moteurs de recherche et sur les sites de journaux, quelles images avaient été gardées.
Quelles sortes de photographies sont le plus fréquemment utilisées pour ce type de manifestations ? Le mouvement outre mer est-il représenté de la même façon qu’un mouvement métropolitain ? Dans un premier temps, je ferais un bref rappel des événements qui ont eu lieu dans les DOM TOM, je m’interrogerais alors sur le rapport qu’entretient la France métropolitaine avec la France d’outre mer. Ensuite, j’expliquerais le fonctionnement  des agences dont proviennent ces photos. Puis je présenterais les images que j’ai sélectionnées, par quels moyens et critères je les ais choisies. Dans une deuxième partie j’analyserais les qualités que je leur ais trouvées et les comparerais à ceux que nous sommes habitués à voir comme image de manifestations en métropole.

Les DOM TOM font partie intégrante de la France mais de part leur éloignement de la métropole, il peut être difficile d’imaginer dans quelles conditions la vie se déroule là-bas. Il m’a intéressé de me demander si les manifestations d’Outre-mer ont été retransmise par les même modèles que celles en Métropole. J’ai donc recherché les photographies qui se prêtaient aux exemples types que nous avions répertoriées en cours.
Les journaux que j’ai choisis, sont assez connus et représente une grande masse de lecteurs. Par cette large diffusion, ces images vont être exemplaires de la représentation du mouvement en métropole.
Les photographies que j’ai utilisées ont été trouvées sur les sites des journaux écrits et internet « Libération », « L’Express » et « l’Internaute ». Ces images ont été rachetées aux grandes agences de presse AFP et Reuters.

Saint-Denis de la Réunion, jeudi 5 mars, Libération Reuters

Saint-Denis de la Réunion, jeudi 5 mars, Libération Reuters

La première image est celle d’une manifestation à Saint Denis, à la Réunion, on y voit des femmes portant des panneaux avec des messages en créole dessus. Derrière elles une autre femme et la foule, le point levé, semblent crier un slogan. L’image tirée du Journal Du Dimanche est une photographie de manifestation de solidarité avec les DOM TOM, à Paris. La personne du premier plan a son visage caché par un masque représentant le président. Elle porte sur elle toutes sortes de slogans qui se fondent dans son déguisement. Enfin, on distingue devant elle un panneau sur lequel on peut clairement lire le message « honte à sarko qui fait crever les DOM TOM ». La photo issue du site de Libération est un portrait de personnage. Il s’agit ici d’Eli Domota, le leader du LKP. Il apparaît au milieu d’une foule, on distingue au premier plan le dos d’un homme. La photo prise à Point à pitre est une photographie de défilé. Au premier plan se trouvent quatre hommes portant un t-shirt « sécurité LKP ».

Eli Domota, leader du LKP, 14 février, Libération, Reuters

Eli Domota, leader du LKP, 14 février, Libération, Reuters

Les modèles fréquents de photographies de manifestations sont bien repris ici, analysons maintenant pour quelles raisons ils nous paraissent différent de ce que nous sommes habitué à voir.
J’ai trouvé cette représentation intéressante car elle change un peu du style habituel des photographies de personnages important. En métropole, un homme politique ou autre personnalité connue, est souvent photographiée en train de porter une banderole. Ainsi, on voit la personne, dont la présence à une importance particulière, en action, et en tête d’un groupe, symbolisant le meneur d’un mouvement. Ici, Eli Domota est pris d’une façon plus naturelle. Il n’est pas en tête de cortège, car il semble ne pas y avoir de cortège. Il est au milieu des gens, et le fait qu’il y est le dos de quelqu’un au premier plan amplifie cette impression de foule autour de lui. Le logo qui se trouve sur le t-shirt de la personne au premier plan représente le LKP. Cette image semble se répéter plusieurs fois dans la photographie, autour du personnage principal. L’image 1 est proche d’une image de manifestation en métropole. La profondeur de champ est réduite par le fait que la photographie soit prise d’un point de vue assez bas, à hauteur d’homme, et en plongée, nous avons donc une impression de foule conséquente et compacte derrière les deux personnes du premier plan. La présence de nombreuses pancartes sur lesquelles sont écrits des messages que l’on ne peut pas toujours lire, rajoute un effet de mouvement à l’ensemble de la photographie, nous avons l’impression d’être au cœur de la manifestation, au milieu de la foule. Mais cette plongée réduit l’esthétique de la photographie et l’image nous apparaît quelque peu surchargée, donnant un effet de désordre. L’exemple du logo mis en situation était peu représenté dans les sites que j’ai trouvés.

Journal du dimanche Paris, samedi 21 février, Reuters

Journal du dimanche Paris, samedi 21 février, Reuters

Ainsi, la seule photographie de cette forme que j’ai trouvée intéressante est celle qui a été prise en France. Peut-être cela correspond-il à une façon de manifester qui est plus vue en France métropolitaine que dans les DOM TOM ? Ou peut-être y a-t-il plus de photographes aux manifestations de soutient à l’Outre mer qu’en Outre mer même ? De même, il m’a été très difficile de trouver de bons exemples d’images de défilés, de foules.

L’Internaute, AFP, Lionel Bonaventure, Pointe à pitre, 23 février

L’Internaute, AFP, Lionel Bonaventure, Pointe à pitre, 23 février

Celle de Lionel Bonaventure m’a plu bien qu’elle ne soit pas vraiment l’exemple parfait d’un cortège de manifestants. Le fait que les quatre hommes du premier plan portent tous le même t-shirt semble donner la même impression qu’une banderole en tête de cortège. Même si le message n’est pas du même genre que celui des banderoles, il est tout aussi clair : ces hommes défendent les droits de ceux qui marchent derrière eux. Ils avancent d’un pas décidé et avec un regard fixe qui montre leur détermination. La photographie est prise de face, elle donne l’impression qu’ils arrivent droit sur nous. Malheureusement, on ne voit que très peu la foule derrière les personnes du premier plan, on aperçoit juste quelques têtes et un parapluie suggérant qu’il y a des gens derrière ce quatre hommes. Les grandes formes de photographies de manifestations sont ici reprises, mais quelques détails diffèrent des photographies habituelles, faisant des manifs en Outre mer un cas légèrement différent des manifs métropolitaines.

Ainsi, les manifestations qui ont eu lieu dans les DOM TOM ces derniers mois ont beaucoup intéressés les journaux métropolitains. Les images qui ont été tirées de ces mouvements semblent se prêter aux exemples habituels de photographies de manifestations en France du point de vue de la composition et des grandes lignes. Celle que j’ai trouvée la plus intéressante est celle qui a été prise d’Eli Domota, car c’est un exemple de photographie dont l’agencement nous est familier et la composition est intéressante en même temps. Les autres sont pour moi de moins bonne qualité, moins nettes, moins représentatives. La photographie prise à Saint Denis est prenante mais la profondeur de champs est trop courte et l’impression de foule a un côté étouffant. L’image de Lionel Bonaventure donne une impression intéressante avec ces hommes au premier plan, mais la foule n’est pas assez visible derrière eux. Enfin, la photographie prise à Paris m’a intéressée car après avoir chercher ce modèle pendant sur plusieurs sites, c’est la seule qui correspondait vraiment à l’exemple de la mise en situation. J’ai donc trouvé important de la mettre pour poser la question de la différence de façon de manifester, et appuyer aussi le fait que les photographies les plus faciles à trouver sur le mouvement d’Outre-mer sont celle de manifestations de soutient en France métropolitaine. De plus, elles sont de très bonnes qualités.

Un mouvement social est donc représenté différemment selon l’endroit où il se trouve. Peut-être est ce dû au fait qu’il y ait moins de photographes basés en Guadeloupe qu’à Paris ?