Les mouvements des DOM-TOM et leur répercutions dans la presse métropolitaine

29 05 2009

Par Anne-Lise ARNAUD

Le 25 mai 2009

Ces derniers mois, on a entendu parler des manifestations qui avaient lieu dans les Dom-Tom, dirigées notamment par le LKP, Liyannaj kont Pwofitasyon, de Guadeloupe.
Je me suis donc penché sur les images qui avaient été tirées de ce mouvement, dans la presse française, écrite et internet. Je me suis intéressée notamment à des sites et des journaux à grandes diffusion, car ce sont des leaders d’opinion. J’ai recherché, par les moteurs de recherche et sur les sites de journaux, quelles images avaient été gardées.
Quelles sortes de photographies sont le plus fréquemment utilisées pour ce type de manifestations ? Le mouvement outre mer est-il représenté de la même façon qu’un mouvement métropolitain ? Dans un premier temps, je ferais un bref rappel des événements qui ont eu lieu dans les DOM TOM, je m’interrogerais alors sur le rapport qu’entretient la France métropolitaine avec la France d’outre mer. Ensuite, j’expliquerais le fonctionnement  des agences dont proviennent ces photos. Puis je présenterais les images que j’ai sélectionnées, par quels moyens et critères je les ais choisies. Dans une deuxième partie j’analyserais les qualités que je leur ais trouvées et les comparerais à ceux que nous sommes habitués à voir comme image de manifestations en métropole.

Les DOM TOM font partie intégrante de la France mais de part leur éloignement de la métropole, il peut être difficile d’imaginer dans quelles conditions la vie se déroule là-bas. Il m’a intéressé de me demander si les manifestations d’Outre-mer ont été retransmise par les même modèles que celles en Métropole. J’ai donc recherché les photographies qui se prêtaient aux exemples types que nous avions répertoriées en cours.
Les journaux que j’ai choisis, sont assez connus et représente une grande masse de lecteurs. Par cette large diffusion, ces images vont être exemplaires de la représentation du mouvement en métropole.
Les photographies que j’ai utilisées ont été trouvées sur les sites des journaux écrits et internet « Libération », « L’Express » et « l’Internaute ». Ces images ont été rachetées aux grandes agences de presse AFP et Reuters.

Saint-Denis de la Réunion, jeudi 5 mars, Libération Reuters

Saint-Denis de la Réunion, jeudi 5 mars, Libération Reuters

La première image est celle d’une manifestation à Saint Denis, à la Réunion, on y voit des femmes portant des panneaux avec des messages en créole dessus. Derrière elles une autre femme et la foule, le point levé, semblent crier un slogan. L’image tirée du Journal Du Dimanche est une photographie de manifestation de solidarité avec les DOM TOM, à Paris. La personne du premier plan a son visage caché par un masque représentant le président. Elle porte sur elle toutes sortes de slogans qui se fondent dans son déguisement. Enfin, on distingue devant elle un panneau sur lequel on peut clairement lire le message « honte à sarko qui fait crever les DOM TOM ». La photo issue du site de Libération est un portrait de personnage. Il s’agit ici d’Eli Domota, le leader du LKP. Il apparaît au milieu d’une foule, on distingue au premier plan le dos d’un homme. La photo prise à Point à pitre est une photographie de défilé. Au premier plan se trouvent quatre hommes portant un t-shirt « sécurité LKP ».

Eli Domota, leader du LKP, 14 février, Libération, Reuters

Eli Domota, leader du LKP, 14 février, Libération, Reuters

Les modèles fréquents de photographies de manifestations sont bien repris ici, analysons maintenant pour quelles raisons ils nous paraissent différent de ce que nous sommes habitué à voir.
J’ai trouvé cette représentation intéressante car elle change un peu du style habituel des photographies de personnages important. En métropole, un homme politique ou autre personnalité connue, est souvent photographiée en train de porter une banderole. Ainsi, on voit la personne, dont la présence à une importance particulière, en action, et en tête d’un groupe, symbolisant le meneur d’un mouvement. Ici, Eli Domota est pris d’une façon plus naturelle. Il n’est pas en tête de cortège, car il semble ne pas y avoir de cortège. Il est au milieu des gens, et le fait qu’il y est le dos de quelqu’un au premier plan amplifie cette impression de foule autour de lui. Le logo qui se trouve sur le t-shirt de la personne au premier plan représente le LKP. Cette image semble se répéter plusieurs fois dans la photographie, autour du personnage principal. L’image 1 est proche d’une image de manifestation en métropole. La profondeur de champ est réduite par le fait que la photographie soit prise d’un point de vue assez bas, à hauteur d’homme, et en plongée, nous avons donc une impression de foule conséquente et compacte derrière les deux personnes du premier plan. La présence de nombreuses pancartes sur lesquelles sont écrits des messages que l’on ne peut pas toujours lire, rajoute un effet de mouvement à l’ensemble de la photographie, nous avons l’impression d’être au cœur de la manifestation, au milieu de la foule. Mais cette plongée réduit l’esthétique de la photographie et l’image nous apparaît quelque peu surchargée, donnant un effet de désordre. L’exemple du logo mis en situation était peu représenté dans les sites que j’ai trouvés.

Journal du dimanche Paris, samedi 21 février, Reuters

Journal du dimanche Paris, samedi 21 février, Reuters

Ainsi, la seule photographie de cette forme que j’ai trouvée intéressante est celle qui a été prise en France. Peut-être cela correspond-il à une façon de manifester qui est plus vue en France métropolitaine que dans les DOM TOM ? Ou peut-être y a-t-il plus de photographes aux manifestations de soutient à l’Outre mer qu’en Outre mer même ? De même, il m’a été très difficile de trouver de bons exemples d’images de défilés, de foules.

L’Internaute, AFP, Lionel Bonaventure, Pointe à pitre, 23 février

L’Internaute, AFP, Lionel Bonaventure, Pointe à pitre, 23 février

Celle de Lionel Bonaventure m’a plu bien qu’elle ne soit pas vraiment l’exemple parfait d’un cortège de manifestants. Le fait que les quatre hommes du premier plan portent tous le même t-shirt semble donner la même impression qu’une banderole en tête de cortège. Même si le message n’est pas du même genre que celui des banderoles, il est tout aussi clair : ces hommes défendent les droits de ceux qui marchent derrière eux. Ils avancent d’un pas décidé et avec un regard fixe qui montre leur détermination. La photographie est prise de face, elle donne l’impression qu’ils arrivent droit sur nous. Malheureusement, on ne voit que très peu la foule derrière les personnes du premier plan, on aperçoit juste quelques têtes et un parapluie suggérant qu’il y a des gens derrière ce quatre hommes. Les grandes formes de photographies de manifestations sont ici reprises, mais quelques détails diffèrent des photographies habituelles, faisant des manifs en Outre mer un cas légèrement différent des manifs métropolitaines.

Ainsi, les manifestations qui ont eu lieu dans les DOM TOM ces derniers mois ont beaucoup intéressés les journaux métropolitains. Les images qui ont été tirées de ces mouvements semblent se prêter aux exemples habituels de photographies de manifestations en France du point de vue de la composition et des grandes lignes. Celle que j’ai trouvée la plus intéressante est celle qui a été prise d’Eli Domota, car c’est un exemple de photographie dont l’agencement nous est familier et la composition est intéressante en même temps. Les autres sont pour moi de moins bonne qualité, moins nettes, moins représentatives. La photographie prise à Saint Denis est prenante mais la profondeur de champs est trop courte et l’impression de foule a un côté étouffant. L’image de Lionel Bonaventure donne une impression intéressante avec ces hommes au premier plan, mais la foule n’est pas assez visible derrière eux. Enfin, la photographie prise à Paris m’a intéressée car après avoir chercher ce modèle pendant sur plusieurs sites, c’est la seule qui correspondait vraiment à l’exemple de la mise en situation. J’ai donc trouvé important de la mettre pour poser la question de la différence de façon de manifester, et appuyer aussi le fait que les photographies les plus faciles à trouver sur le mouvement d’Outre-mer sont celle de manifestations de soutient en France métropolitaine. De plus, elles sont de très bonnes qualités.

Un mouvement social est donc représenté différemment selon l’endroit où il se trouve. Peut-être est ce dû au fait qu’il y ait moins de photographes basés en Guadeloupe qu’à Paris ?





Le mouvement contestataire de la guerre du Vietnam

18 05 2009

Par Thalie Laboda

Avril 2009

Ces dernières semaines, la vie universitaire a été profondément bouleversée par les grèves des professeurs et les blocages des étudiants. La contestation au sein de l’éducation n’est aujourd’hui plus surprenante. Nous connaissons régulièrement des manifestations de revendications, une confrontation entre le mouvement contestataire de la jeunesse et les orientations du gouvernement. Si notre blog se dirige tout d’abord vers le mouvement contestataire étudiant français 2009, il m’a semblé intéressant de réfléchir sur un mouvement de mobilisation  complètement différent. Je décide de mener une recherche sur le mouvement historique de contestation de la guerre du Vietnam aux Etats-Unis.
Ma recherche, qui s’est faite exclusivement sur internet, s’oriente rapidement sur le site de Corbis. La Corbis corporation est une entreprise de vente et d’achat de photographies et de films basée à Seattle, dans l’état de Washington. Bill Gates a crée cette entreprise en 1989 sous l’Interactive Home Systems puis qui est devenu en 1994 Continuum Production et enfin Corbis Corporation. La même année elle a racheté la Bettmann Archive qui ajouta 11 millions de nouvelles photos dans le but de construire une immense photothèque numériques à but commercial. La compagnie affirme « être le moteur de recherche de collection d’image la plus diffuse et la plus facile d’accès dans le monde ».
Les cinq photos que j’ai choisies ont toutes appartenu d’abord à l’agence Bettmann dont les fonds ont été rachetés en 1995. La Bettmann Archive possède des centaines d’images remontant à la guerre de Sécession et comprenant des images historiques parmi les plus célèbres de l’histoire des Etats-Unis et d’Europe.

Sur l’abondance d’image de très bonnes qualités qui s’offraient à moi, j’ai décidé de porter mon regard sur celles qui m’interpelaient le plus. J’ai sélectionné cinq photos qui me semblaient se compléter et dont les acteurs étaient exclusivement de jeunes personnes. Les cinq photos que j’ai voulu analyser sont toutes en noirs et blancs. Elles couvrent une période de cinq ans et ont été prise lors de différentes manifestations entre 1967et 1972.

En se penchant  sur une époque révolue, il est intéressant de réfléchir et de s’informer sur les pratiques des photographes. De plus, cette période des années 70 où la télévision prend de plus en plus de place sur la diffusion de l’information, il est peut être utile de savoir ou en était le statut de la presse ? Certains en concluent alors que c’en est fini de l’information imprimée. Or, c’est le contraire qui se produisit. En effet c’est dans les pays où elle est le plus diffusée que la presse quotidienne, malgré l’essor de la télévision, continue de se développer. En délivrant une information plus rapide les media électroniques augmentent le besoin de vérifier et d’étayer. Dans cette guerre des images, l’image en mouvement contre l’image fixe, les photographes doivent redoubler d’effort, de professionnalisme pour s’imposer sur la scène médiatique.
La pratique du journalisme aux U.S.A est codifiée. Et pour garantir l’objectivité du journalisme, celui-ci doit s’effacer devant les faits. En effet, il existe trois règles dans la photographie de presse américaine : le photographe doit être indépendant pour ne pas céder aux pressions politiques, une neutralité est conseillée pour présenter tous les points de vue d’un problème et  il faut être objectif. Si les photographes soutiennent les idées des opposants de la guerre du Vietnam, cela voudrait dire qu’ils mettent en jeu la fiabilité de leurs informations en rompant avec la cause nationale. Néanmoins, l’opposition devient trop importante et la guerre très impopulaire. Les photographes vont, par certains choix recherchés, travailler avec l’opposition.

De savoir de quelles manières les photos de cette période montrent-elles ce qui se passe à l’intérieur du pays quand on sait que c’était à l’extérieur, à l’autre bout du monde, que les militaires, combattent. Comment arrivent-ils à rendre intéressant des clichés en plein boom de la télévision ? La recherche esthétique entre-t-elle en contradiction avec une volonté d’information ? Le récit de l’actualité doit il se passer de beauté ? Le témoignage peut il être esthétique ? Ces images, diffèrent-elles dans les formes des images d’aujourd’hui ?  Constate-t-on une évolution dans les formes de représentation ? Ont-elles, changé de fonctions ?
En quoi des images qui ont plus 40 ans sont-elles encore commercialisables ? Témoignent-elles encore d’un récit historique ? Ou sont elles devenues de pures icones ?? Dans un premier temps je vais réfléchir sur des photos qui présentent la confrontation entre militaires et civils pour ensuite m’intéresser à l’idée de symbole.

I/ Militaires contre civils

En 1967, l’opposition grandit et les émeutes urbaines ravagent les Etats-Unis. Les étudiants commencent à se faire entendre. Accompagnés d’intellectuels et de réformistes qui craignent la naissance d’une Amérique bâtie sur la violence et l’arrogance, ils militent ensemble avec détermination devant le département de la défense que représente le pentagone dans la capitale de Washington. Cette jeune génération voit dans cette lutte contre la guerre les prémices de la révolution sociale! Ainsi plus de 100 000 personnes décident de se rassembler autour du Lincoln Mémorial. Les medias qui ne s’intéressant qu’à l’anormal, au spectaculaire, aux nombres et à la violence, le mouvement de la  paix doit adopter une stratégie théâtrale, c’est à dire préparer chaque action en fonction de l’image qui en sera retransmise et s’assurer qu’elle sera suffisamment original pour que les journalistes en parlent.
En outre chaque action doit attirer toujours avantage de gens que le précédent de peur que cela soit interprété comme un ralentissement du mouvement reflétant une perte de conviction. Les pacifistes eurent recours a une progression d’action médiatique capable de conserver l’attention des journalistes qui a leur tour capteraient celle du public, qui pourrait alors faire pression sur le gouvernement.

Ainsi nous verrons un cas où les manifestants sont en majorité, une autre où l’armée est dominante et une photo où les deux camps sont égaux en nombre. J’ai décidé de mettre en parallèle deux photos prises le même jour à quelques mètres l’une de l’autre en 1667 à autre manifestation qui s’est déroulée en 1969. Il m’a paru intéressant d’analyser et de comparer ces deux images aux cadrages complètement différents.

21 octobre 1967, Washington, Dc, USA Bettmann/ Corbis Standard RM

21 octobre 1967, Washington, Dc, USA

Bettmann/ Corbis Standard RM

Cette photographie se lit par la confrontation entre le groupe des militaires qui fait face à la foule. Les acteurs ne sont pas visibles à cause de la distance. Cependant, on arrive nettement à distinguer les deux camps. En effet les fusils tendus marquent au sol un couloir vide. Aussi la distinction entre la  foule et l armée se fait par la structure des groupes. Les soldats sont alignés aux ordres tandis que la foule compacte est plus décontractée. On peut noter deux grandes lignées de soldats. Celle en bas a gauche et celle du milieu. Les deux rangées forment des lignes obliques au cadre de la photo. La relation qu’entretiennent la foule et les soldats  ne peut être que sous tension. Les soldats se sentent menacés. L’attitude irréprochable des soldats et leur placement  à gauche de la photo les mettent dans une position agressive: bien moins nombreux, ils sont les composants dominant étrangement. On remarque que le cadrage choisi par le photographe  est de montrer qu’une partie de la foule. Ce cadre montre les deux camps mais la foule pèse plus lourd. Le nombre de manifestants n’est pas égal a celui des soldats, ce qui marque un effet de déséquilibre. De plus, l’angle de vue se focalise sur la première rangée de militaire en bas à gauche ce qui appui l’idée du composant supérieur. Cette angulation restitue assez fidèlement le point de vue qu’aurait un spectateur s’il était à la place du photographe. En se penchant il aurait eu certainement cette même vue. De plus le cadrage paysage correspond au champ de vision humain. Notons aussi le contraste qui existe entre les structures linéaires (créé par les soldats, les armes et les couloirs) et l’amas désordonnée qu’illustre le peuple. Ainsi les valeurs de gris mélangés diffèrent au gris sombre de l’uniforme de l’armée.

Bettmann/ Corbis Standard RM

21 octobre 1967, Washington, Dc, USA Bettmann/ Corbis Standard RM

J’ai choisi d’étudier cette seconde photo par la similitude qu’elle a avec l’image précédente et par la proximité des lieux. J’ai remarqué que les photographies partageaient le même message figuratif, le message plastique, quant à lui, les divisaient complètements. Dans cette photo on discerne deux groupes distincts. A gauche se trouve un groupe de jeunes plutôt distrait et à droite un alignement, une rangée de  quasi parfaite de soldats armés. Un couloir étroit sépare les deux clans. Au dernier plan, on aperçoit un immense bâtiment blanc : le pentagone. En effet, le brassard répété sur le bras gauche de chaque militaire s’oppose à la diversité des habits de ceux qui leur font face. Les relations interindividuelles est sous tension. Comment le photographe a-t-il réussi à illustrer, à rendre visible ce malaise? Si le sujet en lui même permet déjà de ressentir ce froid, il est, pour moi,  clair que la jambe fléchie du deuxième soldat  montre que celui-ci a perdu patience. Les postures irréprochables des autres militaires contrastent avec la seule jambe pliée. En effet, on lit très bien l’attitude agressive des jeunes civils. Ils ont l’air de provoquer les militaires. La limite est représentée sur la photo par un début de trait blanc, marqué au sol.

S’il n’y a aucun code de manifestations, c’est-à-dire aucun signe qui nous indiquerait les revendications de la manifestation. Seules la date et le lieu, indiqués par le site de Corbis, nous renvoie a la contestation américaine contre la guerre du Vietnam. Cependant, en quoi différent-elles réellement de la photographie précédente ? Tout se passe dans le message plastique, c’est-à-dire par le choix de l’auteur des signes visuels que compose la photo. On notera que le composant à gauche domine le composant à droite. Ici, la menace vient des étudiants. De plus, l’immobilité des militaires contraste avec la mobilité des civils, ainsi que le gris des uniformes qui s’oppose au blanc des pantalons et a la diversité des habits. Il y a donc dans cette photo un véritable jeu de contraste qui appel à la comparaison.

21 octobre 1967, Washington, Dc, USA       Bettmann/ Corbis Standard RM

21 octobre 1967, Washington, Dc, USA Bettmann/ Corbis Standard RM

On a une impression d’équilibre des deux camps. A droite comme à gauche les acteurs occupe la majeure partie de l’image. Mais certains éléments du décor peuvent être encore visibles. Cette photo a été prise en perspective frontale. La perspective de l’image se fait par les nombreuses lignes obliques qui se croisent au point de fuite placée sur le pentagone. Cette composition fait écho à l’une des plus célèbres des photos de cette période trouble qui est la jeune fille a la fleur de Marc Riboud, prise elle aussi le 21 octobre 1967.

Berkeley, California, USA, 1969 Ted Streshinsky/ CORBIS

Berkeley, California, USA, 1969 Ted Streshinsky/ CORBIS

Cette troisième photo montre les hommes de la garde nationale, appelés par le gouverneur Reagan, à réprimer les manifestants, encerclant une manifestante contre la guerre du Vietnam durant l’émeute de Peoples Park, à Berkeley en Californie. Les gardes surveillent les manifestants dans un parking avec des baïonnettes. Cette photo présente sa force dans toute l’opposition de la manifestante sans défense, contre cette troupe d’hommes armés. Les fusils au repos ou tendu vers elle montre la tension de l’instant: les officiers de l’armée sont à l’affut du moindre faux pas de la jeune hippie. Si cette fois ci la photo montre une majorité de soldats, elle est d’autant plus frappante par l’unique manifestante. Ainsi cette confrontation de la paix, faible et seule face aux nombreux militaires, l’armée ne fait pas le poids: l’opinion publique tranche rapidement. Le photographe, Ted Streshinsky a choisi son camp en prenant un cliché de cette envergure. En montrant  des militaires s’acharner contre une manifestante, leurs baïonnettes pointant un même individu, discréditent les soldats : leur réaction est disproportionnée. L’aspect intéressant de cette photo est l’instantanée. Il y a une mise en suspens du temps. C’est l’évocation d’un instant spectaculaire qui garantit la mise en scène de la réalité à un moment. La prise de vue suggère qu’il y aura une suite de l’action. On peut penser que la cadrage à été bien régléchi pour reconstruire cet instant théâtral, créer autour de cette image une tournure intemporelle et emblématique. Les lignes dominantes sont formées par les soldats. Leurs casques et leurs mises en espace produisent des formes circulaires tandis que les armes forment un aspect  linéaire et rigide. De plus cet aspect dur et compacté  des casques et armes donnent une texture métallique.
Aussi, de  nombreuses armes pointant la même direction donne le point de fuite que figure la manifestante. L’angle de vue prise en plongée accentue l’effet de domination, d’écrasement que produisent les soldats. Cette image rappelle elle aussi La jeune fille à la fleur de Marc Riboud, par la figure antagoniste qu’elle symbolise. En effet la photo de Ted Streshinsky soutient ce même symbole de la non violence. Il n’est cependant pas étonnant que Ted Streshinsky ait pris une photo de cette stature. En effet ce photojournaliste immergeait déjà dans une culture protestataire. Depuis 1960, Ted Streshinsky avait suivi le mouvement des Black Panthers, ainsi que Janis Joplin et Ken Kesey, des grandes figures de la culture hippie. L’esthétisme de cette photo a été bien pensé dans l’optique d’être vendu aux magazines Life, Look ou le Time pour lesquels il avait l’habitude de travailler. Ce photographe, entrainé par les turbulences du pays, voulait avant tout capturer l’humanité de ses photos.

Si la première photo me semble réussie pour illustrer un article tout en témoignant d’une recherche esthétique, il me parait évident que la deuxième et la troisième photo complètent ces fonctions en informant, faisant vendre et en intriguant le lecteur. Ainsi chacune d’elles veut faire partager au lecteur un moment vécu avec des choix du photographe qui engagent le lecteur à ressentir la scène représentée comme proche de lui. Néanmoins, en  quoi ces photos deviennent symboliques ? Tout d’abord l’absence de signe permet de  placer toute photo hors de son contexte. Dans ces images le spectateur ne voit qu’une confrontation symbolique entre civils et militaire (l’Etat). Elles deviennent d’une façon modèle car elle renvoie plus à un exemple qu’à l’actualité.

II/ Les symboles

New York 4 avril 1967 Bettmann/corbis

New York 4 avril 1967 Bettmann/corbis

Le 15 avril 1967, plus de 400 000 manifestants se rassemblent au pied du bâtiment de l’ONU, c’est la plus grande manifestation jusqu’à cette date dans le pays. Spring Mobilizatiojn committee pensait que ce projet serait une excellente manière de faire éclater au grand jour l’opposition grandissante à cette guerre et que cela fournirait une énergie contestataire aux étudiants moins engagés. Habillé d’un manteau et coiffé d’un bonnet badgés, le jeune Gaylord Chris, âgé de 14 an s’engage déjà contre la guerre du Vietnam .Les objets qu’il possède nous aide à comprendre la position du jeune militant: fleurs, panneau en symbole de la paix, feuilles de pétitions et écriteau sur lequel on peut lire «Thou shalt not kill/ Défense de tuer », Gaylord Chris œuvre pour la paix. On peut voir que ce dernier se trouve dans la rue. Il est isolé du reste de la foule que l’on perçoit en arrière plan. La seule relation entre individu qu’il partage est le regard insistant qu’il adresse au photographe. De plus, le garçon, bien qu’entouré de monde est le seul, par la fonction des symboles qu’il met en avant, à nous informer sur le type de manifestation. Dans cette manifestation de protestation, le jeune acteur laisse volontiers place au premier plan à son panneau. Il le brandit comme une arme. Son regard grave dénonce la cause importante pour laquelle il se bat.

New York 4 avril 1967 Bettmann/corbis

New York 4 avril 1967 Bettmann/corbis

Si les messages iconiques sont très présents dans cette photo, le message plastique existe lui aussi. La photo a été prise de façon a ce que tout signe maintient le visage du jeune homme au centre de l’image. Ainsi les lignes de forces, lignes visibles, structurent la composition de l’image. La ligne oblique que représente le trottoir croise celle crée par le panneau et forme un point de fuite tout près du visage de Gaylord Chris. Aussi, la ligne de fuite produite par la ligne d’horizon recadre l’image et donc resserre l’angle de vue, légèrement en plongée, sur le sujet. L’effet d’écrasement semble être retenu par l’imposant panneau. Le message symbolique est compréhensible. C’est un appel de paix à la jeunesse.

1972, Washington DC Steven Clevenger/ CORBIS

1972, Washington DC Steven Clevenger/ CORBIS

Cette photographie a été prise en 1972, c’est-à-dire à la fin de la guerre dans un parc en plein milieu d’un centre commerciale. Sa composition est intéressante car elle apporte une certaine théâtralité. En effet, les branches des arbres en arrière plan entour le sujet et donc établit un recadrage. La ligne d’horizon situé au milieu de la photo coupe l’image en deux parts distincts. Dans la partie inferieur, on voit plusieurs personnes allongées dans des sacs de couchage. Quand les vétérans de la guerre du Vietnam se réveillent attisaient par ce l’événement qui est en train de se produire. Le personnage au premier plan nous tourne le dos et semble observer ce qu’il se passe dans la seconde partie de la photo. On suit son regard  pour voir à notre tour les quatre individus planter un drapeau. Très vite on s’aperçoit que celui-ci est à l’ envers. L’envers semble vouloir révéler la détresse du pays. Une guerre terminé mais qui a laissé un pays  bouleversé. Le drapeau planté de façon oblique casse complètement la structure de l’image qui est majoritairement composée de lignes horizontales. Aussi, le drapeau américain planté a contresens s’accompagne d’une certaine ironie. Les États-Unis, pays du capitalisme devient ici un pays chamboulé, un pays de misère. Le drapeau représenté d’une tête afro américaine en train de crier montre encore les inégalités dans un pays qui se veut libre et égaux. Ainsi les citoyens analyse et illustre ce qu’il en est du pays en 1972. De plus, on peut noter qu’il y a exploitation d’un symbole puisque cette photo fait écho à une autre photo prise lors de la seconde guerre mondiale. En effet la photo de Joe Rosenthal montre des soldats américains hissant le drapeau sur l’île japonaise d’Iwo Jima. Tandis que dans cette dernière le hissage du drapeau signifie la maitrise de l’ile, celle de Steven Clevenger montre des américains qui ne dirigent plus rien. Il faut savoir que la photo datant de 1945 aurait été reproduite sur 3,5 millions de posters, 15 000 panneaux d’affichage, 137 millions de timbres. Ainsi c’est bien la diffusion de masse et l’effet de répétition qui sacralise l’image et l’élève au rang d’icône. C’est donc bien un rappelle puisqu’on met en jeu la notion d’inter iconicité, c’est-à-dire à faire reconnaitre une image connue. Cette image montre cependant un véritable paradoxe dans le sens premier de ce symbole : le photographe a complètement inversé le sens de ce symbole.