Traîtres Images

18 05 2009

Par Noé Termine

Avril 2009

Nombreuses ont été les manifestations ces derniers temps, et nombreuses furent les photos ayant pour but de relater ces évènements. Ce 26 février, Nantes observa une petite particularité qui semble mériter une attention toute particulière. En effet, alors que toute la France disait non à la LRU, Nantes scandait les droits des patrons. Malgré le réalisme de cette manifestation, celle-ci était en fait un pied de nez aux « pro-l.r.u. », c’était une fausse « manifestation de droite ». Il fallut un temps assez conséquent pour se rendre compte de la supercherie… en effet, un premier axe de recherche envisagé était les mouvements de soutien au gouvernement afin quels pourraient être les codes spécifiques montrant la différence entre les « pro » et les « anti » gouvernement. Cette manifestation semblait, de prime abord, parfaite pour accompagner cette réflexion, seulement, après quelques recherches il s’avéra qu’il s’agissait en fait d’un faux semblant. Ainsi se pose la question suivante: comment une photo est-elle à même d’illustrer un mouvement ? Comment lire une image qui offre une multiplicité d’interprétations? Et comment peut-elle être insérée dans la presse?

Manif1

La première photo a été prise à Paris le 18 novembre 2007 par Bertrand Guay. Elle a été trouvée grâce au mots clé «stop la grève» sur le site de l’ A.F.P. Le message est clair: « Stop la grève » inscrit sur une pancarte qui se trouve au dessus de deux étudiants, dont une fille, en train de crier, qui porte le bonnet de Marianne. La construction est assez « standard », on retrouve certains motifs illustrant les manifestations, une certaine exaltation de la part de la jeune femme, des logos « stop la grève », le symbole de la Marianne, le drapeau tricolore, la présence de la couleur rouge… La profondeur de champs est assez réduite, il s’agit d’ un «portrait» de manifestant. Ce qui est gênant ici est le fait que cette image nous offre à voir un certain paradoxe: ces manifestants sont contre les manifestants «habituels», pourtant, ils utilisent les mêmes codes, et seuls les pancartes nous indiquent qu’ils s’agit d’un mouvement « pro-gouvernemental »…

Manif2

La deuxième photo fut trouvée en tapant «manifestation étudiante» dans la barre de recherche du site de L’A.F.P. Elle a été prise à Nantes le 26 février 2009 par Frank Perry, dans un angle plus large que la précédente, on y retrouve quand même un portrait au premier plan, une jeune femme tient une pancarte où il est inscrit  » répression des manifestations ». La profondeur de champs est restreinte, on peut tout de même voir des pancartes au second plan, ainsi qu’un jeune homme crier. On y retrouve les motifs utilisés dans les photos de presse pour montrer les manifestations: la couleur rouge, des pancartes, le mouvement de foule,… une similitude avec la photo précédente: les couleurs du drapeau français sur les panneaux. Le cadrage ne laisse pas deviner le nombre de manifestants. Ici, la jeune femme sourit, semble plus détachée que la jeune femme de la photo précédente, ce qui peut en faire une photo un peu moins crédible que la précédente, proche de l’image des « jeunes troubleurs de fête ».

Manif3

La troisième photo, trouvée dans les mêmes conditions que la précédente a été prise à Paris le 05 mars 2009 par Lionel Bonaventure avec une profondeur de champs assez courte puisque seule la fille du premier plan est distincte, il s’agit encore une d’un portait, d’une manière plus prononcée, l’arrière plan est totalement flou bien qu’il laisse supposer la présence d’une foule assez conséquente. On y retrouve quelque signes distinctifs de la manifestation, à savoir la pancarte, la présence de la foule, ceux-ci sont moins présent que sur les deux autres photos, a noter tout de même, les couleurs criardes de la pancarte, et le message encore une fois très clair. Cette jeune femme a un regard assez déterminé, avec un léger sourire en demi-teinte, qui semble vouloir rappeler qu’elle est déterminée à lutter et ce pour une cause sérieuse.

L’intérêt de mettre en parallèle ces trois photos qui sont quasi semblables quant à la construction de l’image – un portrait d’une jeune femme au coeur d’une manifestation- est de montrer que la photo de manifestation a des codes récurrents, autonomes du sujet photographique. Reste à poser, justement, le problème du but de cette manifestation. Comme nous avons pu le montrer auparavant, celui-ci est difficilement descriptible par l’ image elle-même. Entre donc en jeux le côté prédominant du texte, des symboles & logos, dans la photo ou hors de celle-ci (texte en légende.).
Ainsi, une attention toute particulière doit être portée aux légendes, et, nous allons le voir, celles-ci aussi peuvent porter à confusion. En effet, bien que les légendes de la photo 1 et 3 soient claires respectivement « protest against the strike » et « mouvement contre les réformes gouvernementales », la légende de la photo 2 est un peu plus ambiguë. Et c’est d’ailleurs de celle-ci qu’est partie toute cette démarche. En effet, l’ A.F.P nous dit que cette étudiante manifeste « contre les réformes qui touchent l’Université » On peut croire à une erreur de la part de l’A.F.P, car la légende ne décrit pas vraiment ce qu’on y voit, à moins que les réformes soient en faveur des manifestations… Les photographes sont sur place, savent ce qu’ils photographient, mais qu’ en est-il de ceux qui utilisent ces images? D’autant plus que même en recherchant sur internet des précisions sur cette manifestation sur le site sauvonslarecherche.fr, on ne nous dit pas qu’il s’agit d’une manifestation caricaturale: « Assez grosse manif (pas loin de 2000 personnes) organisée par les étudiants : « manif de droite » avec slogan ’moins de chercheurs, plus de bonnes sœurs’, arrêt devant l’église Saint Nicolas : ’le clergé avec nous’ final devant la Société Générale » bien que les slogans paraissent assez ridicules. Ce n’est qu’en tapant sur Google « manif de droite » que l’on trouve des indications sur cette « farce ».

Cette difficulté de lecture de l’image montre à quel point cette dernière peut induire en erreur. Faire passer un message peut s’ effectuer à travers les logos et symboles, encore faut-il qu’ il y ait, pour le lecteur, une (re)connaissance de ceux-ci. Le texte, sur l’image ou en légende peut, lui, être considéré comme un indicateur clair, même si, nous l’avons vu, celui-ci doit être lu et analysé avec précaution. Une image est facilement détournable, car on ne peut apporter une lecture universelle, on peut seulement imposer des codes et des règles qui seront des critères de lecture ou de sélection pour les journaux ou autres diffuseurs d’images, mais finalement une photo illustre difficilement à elle seule le fond et la forme, si tant est que ceux ci veuillent être illustrés par son auteur. Pourrait-on ainsi affirmer que l’image dépend du texte?

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