Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur : trois visions différentes des mouvements universitaires.

14 04 2009


Par Ambre Voirin

Le 14.03.09

Pour commencer cette étude des photographies de presse sur le thème des manifestations universitaires, mon point de départ a été très simple. J’ai choisi tout d’abord de rechercher sur le net le premier site associé à la presse écrite. J’ai donc tout simplement tapé « presse écrite » dans la barre de recherche. J’ai ainsi trouvé un site internet appelé « giga presse » qui propose un éventail très large des principaux journaux français et internationaux. Les trois premiers journaux proposés dans le domaine de la presse française ont été le Monde, Libération et le Nouvel Observateur. Ce sont les trois quotidiens les plus visités du site. J’ai choisi de faire cette recherche pour avoir une vision globale de ce qu’une grande partie des internautes et des lecteurs de ces journaux reçoivent comme informations concernant les récentes revendications universitaires.
Quelle vision des manifestations universitaires nous transmet ces trois quotidiens par le biais de leurs images ?
Nous verrons ainsi trois exemples différents tirés des trois sites en question : le Monde, Libération et le Nouvel Observateur. Précisons que pour chacune de ces recherches, l’image (ou son absence…) sélectionnée a été choisie pour sa mise en ligne la plus récente du site sur ce thème. Cette recherche a été faite le 14 mars 2009.

Notre première recherche concerne donc le site Internet «www.lemonde.fr». Sur la page d’accueil, le majeure partie des actualités s’intéresse aux nouvelles internationales. Il nous faut nous diriger vers la rubrique « actualités » puis dans la sous-rubrique « société » pour y trouver des informations susceptibles de nous intéresser. A première vue rien ne semble correspondre à notre recherche mais, en parcourant attentivement la liste des actualités, le 7ème article paraît enfin s’intéresser aux revendications universitaires. Voici une vue de la page Internet du Monde. L’article en question est entouré en rouge.

Le Monde

"Radicalisation"

L’article s’intitule : « universités : des signes de radicalisation » (LE MONDE, 13.03.09, mis à jour à 14h45). Il est récent (mis en ligne la veille).
En parcourant attentivement la légende qui accompagne l’article, on découvre que celui-ci ne se base principalement que sur l’exemple des universités nantaises, pourquoi ce choix ? A première vue il peut y avoir deux possibilités : soit l’exemple nantais ne sert qu’à illustrer l’ensemble des mouvements universitaires nationaux, soit les manifestations n’ont pas la même ampleur selon les villes et Nantes en offre l’image la plus aboutie.
On peut lire ici sous la photographie « AFP/FRANK PERRY, des étudiants lors d’une manifestation contre la réforme des universités à Nantes le 26 février 2009 ».
La photographie a donc été prise deux semaines avant la mise en ligne de l’article et a été sélectionnée parmi les nombreuses photographies proposées par la célèbre agence A.F.P. Cette agence est considérée comme la plus importante en matière de presse francophone, elle est en troisième position sur le plan mondial, derrière l’agence américaine Associated Press et la britannique Reuters.
En lisant l’article qui accompagne la photographie il est précisé un argument important : non seulement les manifestations à Nantes n’ont pas perdu de leur ampleur depuis le début de la mobilisation mais elles connaissent même depuis deux semaines un nouveau « dynamisme » voire des risques de violence.

AFP/FRANK PERRY, des étudiants lors d’une manifestation contre la réforme des universités à Nantes le 26 février 2009

On aperçoit au premier plan deux militantes, sans doute deux étudiantes, munies chacune d’une pancarte, ce sont les deux seuls visages clairement visibles. Les deux pancartes sont bien lisibles, la profondeur de champs est importante et laisse imaginer la présence d’une foule de manifestants derrière elles. Au fond, on aperçoit deux bâtiments qui semblent encadrer la foule, et pourtant ces immeubles n’oppressent pas l’image. On peut en effet voir clairement au centre un passage qui laisse apercevoir le ciel, sans doute une route. On imagine rapidement cette route occupée par des manifestants. Mais l’image est à double tranchant : cette allée semble également diviser la foule et illustrer la phrase du journaliste : « partisans et adversaires du blocage s’affrontent ». On se rend compte en effet que les deux étudiantes au premier plan sont éloignés l’une de l’autre et séparées symboliquement par l’allée en arrière plan. Elle ne regardent pas non plus dans la même direction. La foule derrière elles n’est pas à proprement parler visible, le spectateur imagine seulement que le reste des manifestants suit mais rien n’apparaît clairement sur l’image et cela donne d’autant plus l’impression d’une division nette entre deux parties.
Dans la même fenêtre, en bas à gauche de l’écran, une autre photographie est mise en relation à ce même thème. Etrangement, cette photographie est nettement plus récente et se passe à Paris. En cliquant sur celle-ci on est assez surpris par les sources nettement plus abondantes qui apparaissent à l’écran. On trouve en effet un diaporama qui a été mis en ligne le 11 mars, soit deux jours avant ma recherche. Cinq photographies illustrent les mouvements universitaires dans différentes villes de France. Elles sont d’un style clairement différent (foule de personnes bien visibles, attitude extravagante des manifestants, banderoles provocantes…). En voici un aperçu :

Le Monde
Il est étrange de les voir alors reléguées au second plan… Peut-être pouvons nous imaginer qu’après plus d’un mois de mobilisations universitaires, Le Monde jette ici un nouveau regard : les étudiants se divisent peu à peu car certains, jusqu’ici relativement neutres, commencent à se manifester et demandent la reprise des cours. On peut penser donc que le journal Le Monde cherche ici à donner une nouvelle vision et à diffuser une nouvelle information : les blocages se poursuivent mais l’atmosphère change petit à petit… On n’en sait cependant pas plus.
Portons maintenant notre attention sur le journal Libération. Au premier abord, on peut faire la même observation que le quotidien précédent : l’article associé aux revendications universitaires se trouvent en bas de page. A la place d’une photographie des manifestations on trouve celle de Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement, et de Xavier Darcos, ministre de l’Education Nationale, côte à côte. Le journal ne met ici donc pas en avant les protestations des étudiants et enseignants mais les deux auteurs de ces réformes. Il est précisé que ces deux ministres ont en effet fait savoir le lendemain même de la dernière mobilisation générale leur décision de maintenir la nouvelle réforme tant contestée.

liberation

L’article en question ne parle en aucun cas des manifestations universitaires de la semaine dernière, aucune allusion ni photographie accompagne cet article mis en ligne pourtant le 13 mars 2009. C’est une nouvelle fois dans un coin de la page que nous ai proposé plus d’informations concernant « le recul de Darcos et Pécresse sur la mastérisation ». C’est en cliquant sur ce lien que nous apparaît enfin la photographie d’une manifestation.

Libération
La source de cette image ne nous est pas précisée ni la date et l’endroit où elle a été prise. La banderole au premier plan attire le regard car les mots sont écrits en rouge sur un fond blanc. On comprend le thème majeur de la manifestation grâce au premier mot qui est visible : « enseigner ». Mais la fin de la phrase n’est pas sur l’image. Derrière la banderole on distingue trois visages nettement de face et étonnamment reconnaissables. Le reste de la foule n’est pas visible, seulement quelques pancartes dépassent. Les manifestant semblent cependant parcourir une rue car on aperçoit à gauche des arbres et à droite la façade d’un immeuble. Un tiers de l’image n’est occupée que par un ciel gris. La photographie ici présente n’est pas une des meilleures que l’on aie vu sur le thème des manifestations universitaires qui ont débutées il y a maintenant un mois. Elle frappe même par sa simplicité. C’est en lisant l’article qui l’accompagne que l’on comprend peut-être pourquoi celle-ci fut choisie. Ce n’est pas un journaliste qui a rédigé l’article associé à l’image mais un internaute. Cette partie du site Libération est en effet ouverte à tous afin que chacun puisse déposer leurs commentaires librement, ce qui voudrait sans doute dire aussi que l’image qui l’accompagne est une photographie d’amateur (cela expliquerait le manque de renseignements la concernant et justifierait également sa qualité discutable : forte visibilité sur les manifestants du premier plan mais aucune vue sur l’arrière plan, un seul détail attire notre attention, la banderolle, qui n’est visible qu’à moitié…).
Intéressons-nous maintenant dans cette dernière partie au quotidien le Nouvel Observateur. Et encore une nouvelle fois on constate ici l’absence marquante d’informations concernant les manifestations universitaires. On aperçoit tout d’abord un article sur Valérie Pécresse mais sans aucun rapport avec les nouvelles réformes des enseignants. Plus loin encore on peut lire un article qui nous informe sur l’obligation des enseignants de se déclarer grévistes. C’est seulement en faisant une recherche détaillée en tapant « manifestations universitaires » dans une barre spécifique proposée par le site que l’on trouve des articles sur ce thème. L’article le plus récent date du 12 mars, il s’intitule « de 30 000 à 60 000 manifestants pour la défense de l’Education ». Aucune image ne l’accompagne. Celui-ci précise en sous-titre « c’est la deuxième plus importante mobilisation depuis le début du mouvement ». Autrement dit on sent ici clairement que ce fait d’actualité n’est pas une nouveauté et que le journaliste s’adresse à un public averti. Il suffit de parcourir rapidement les articles précédents pour découvrir davantage d’informations, notamment en ce qui concerne les photographies de presse.

Nous avons donc ici visité trois journaux parmi les plus lus en France et nous pouvons remarquer un grand caractère commun : les articles concernant les mobilisations universitaires sont bien présents mais ils n’ont pas une place majeure au sein du journal ou ne semblent pas « aboutis » (pas de photographie ou de rappels des faits). on peut cependant aisément en imaginer la raison. Ces trois quotidiens ont pour rôle de diffuser les informations les plus récentes possibles. Or, ce mouvement universitaire se poursuit depuis aujourd’hui plus d’un mois. Les journalistes n’accordent donc plus la même importance au mouvement que depuis son apparition. La plupart des lecteurs connaissent déjà les raisons des contestations sur les réformes universitaires, il ne devient donc plus nécessaire de revenir perpétuellement sur les revendications. Dorénavant les journalistes s’intéressent davantage aux changements, autant de la part des manifestants que de la part des hommes politiques. Le Monde décide de nous montrer la division auprès des étudiants, Libération choisit de nous montrer les réactions des deux principaux hommes politiques concernés et le Nouvel Observateur résume dans son article les principaux axes (nombres de manifestants, villes concernés, pourcentages d’universités bloquées). Les journaux paraissent, en quelque sorte, en attente d’un nouvel événement qui « réactualiserait » la question des mobilisations universitaires.

Publicités

Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :