Le mouvement universitaire 2009 vu de l’étranger

30 03 2009

Par Maëva Mazan

Les 9 et 13 mars 2009

La diffusion dans la presse étrangère des mouvements étudiants nous permet de nous rendre compte sa portée. Je voulais voir quelles étaient les photos que la presse étrangère pouvait utiliser pour illustrer leurs articles portant sur nos mouvements étudiants. Je me suis donc rendu dans la toute nouvelle Bibliothèque interuniversitaire Sainte-barbe dans le 5ème arrondissement de Paris. Cette bibliothèque dont Censier dépend me semblait être un bon choix car c’est celle où vont aller les étudiants de Paris III (notre université).
En ce qui concerne le kiosque, la presse étrangère y tient une place non négligeable. La bibliothèque proposait des journaux étrangers en quatre langues différentes : allemand, anglais, italien et espagnol. Je trouve leur sélection d’autant plus intéressante car ce sont principalement des journaux des pays frontaliers, complété par quelques journaux américains, mais qui eux, sont à très grande diffusion comme The New York Times.

J’ai donc décidé de consulter tous les journaux parus après la manifestation du 19 février 2009 et celle du 5 mars 2009.
Les journaux que j’ai consultés :

Franffurter Allgemeine Zeitung (ceux du 20 février et du 6 mars 2009).Ce journal, également appelé FAZ, est un des quotidiens allemands le plus diffusé dans le monde (148 pays pour un million de lecteurs quotidien). Il est indépendant de tout parti politique mais de tendance conservatrice et libérale.

Süddeutsche Zeitung (ceux du 20 février et du 6 mars 2009). Ce quotidien est, lui aussi, un journal de référence en Allemagne. C’est un journal que l’on considère plutôt de « gauche ». Il compte environ 430 000 lecteurs chaque jour.

Die Zeit (celui du 26 février 2009). C’est un hebdomadaire allemand paraissant tous les jeudis. C’est un journal libéral d’information et d’analyse politique qui compte environ 464 400 lecteurs chaque semaine.

The Guardian Weekly (du 27 février- 5 mars 2009). C’est un hebdomadaire (RU) rédigé en anglais et réunissant des articles de la semaine tirés de The Guardian (RU), The Observer (RU), Le Monde (FR) et The Washington Post (EU).

The Observer (du 22 février- 1er mars 2009). C’est un hebdomadaire du Royaume-Uni qui paraît tous les dimanches. Son chroniqueur politique Andrew Rawnsley, est l’un des plus réputés du pays. Ce journal est également connu pour ses enquêtes que l’on dit « longues, fouillées et sérieuses » et compte environ 449 140 lecteurs.

The Sunday Times (26 février- 5 mars 2009). C’est un hebdomadaire du dimanche ayant fusionné avec The Times en 1967. Lui aussi est du Royaume-Uni et est considéré comme le meilleur journal du dimanche en terme de qualité. Il est diffusé à 1 202 240 exemplaires. Ce chiffre fait de lui le journal le plus lu.

The Times (ceux du 20 février et du 6 mars 2009). C’est le plus ancien quotidien britannique. Il a été le journal de référence de l’establishment. Il est diffusé à environ 618 160 exemplaires chaque jour.

International Herald Tribune (du 20 février et du 6 mars 2009). C’est quotidien créé par des américains, mais édité à Paris. Il compte 242 000 lecteurs et donne une place primordiale à l’économie, la culture et les loisirs.

The New York Times (celui du 20 février, n’ont pas encore reçut celui du 6 mars). C’est un célèbre quotidien étasunien, mais étant également connu dans le monde entier. La télévision étasunienne se réfère directement à ce journal en ce qui concerne le choix de ses sujets. On dit qu’il est de centre-gauche et il compte environ 1 160 000 lecteurs chaque jour.

The Wall Street Journal (ceux du 20-22 février 2009 et du 6-8 mars 2009). Quotidien Newyorkais, se distribuant à 2 000 000 d’exemplaires par jour. Il est particulièrement réputé pour ses analyses financières, mais tend à devenir plus généraliste en laissant plus de place à l’information internationale et à la politique. C’est un journal qui souhaite rivaliser avec The New York Times.

The Washington post (celui du 23 février- 1 mars 2009). C’est un quotidien généraliste ayant 700 000 lecteurs. On le dit de centre droit, indépendant et supposé objectif.

ABC (celui du 20 février 2009, il n’y a pas celui du 6 mars 2009). C’est un quotidien espagnol édité à Madrid. C’est un journal conservateur et monarchiste ayant environ 267 000 lecteurs.

La Republica (du 20 février et du 6 mars 2009). C’est l’un des grands quotidien du Pérou et donc rédigé en espagnol. On le classe dans les journaux de centre gauche et est rédigé par des personnalités du pays qui n’hésitent pas à critiquer le pouvoir.

El Pais (du 20 février 2009 seulement car il n’y a pas celui du 6 mars 2009). Quotidien espagnol s’imposant comme l’un des vingt meilleurs journaux mondiaux. Il couvre l’actualité internationale et a environ 440 000 lecteurs.

Corriere Della Sera (du 20 février et du 6 mars 2009). C’est le premier quotidien italien généraliste diffusé à près de 715 000 exemplaires. C’est le plus diffusé du pays. Ce quotidien s’inscrit dans la tradition italienne et à une ligne progouvernementale.

La bibliothèque Sainte-barbe à donc fait cette sélection de quinze journaux étrangers (divers et variés) venant principalement d’Europe, mais également d’Amérique. Parmis ces journaux, une dizaine font parti des « journaux sources » utilisé par Courrier International pour ses articles. Ceci est intéressant car Courrier International est un journal rassemblant, selon eux, les meilleurs articles de la presse mondiale. Cela permet donc en quelque sorte de légitimer ma sélection de journaux, qui me semble relativement large, de pays et de bord différents.

Je me suis donc mise à feuilleter tous ces journaux à la recherche d’un article portant sur les mouvements étudiants de cette année et comportant, une photographie. Malheureusement pour moi, aucun de ces journaux ne semblaient entendre les revendications des étudiants français. Les articles parlant de la situation dans les îles (la grève générale) semblaient intéresser plus nos voisins européens et américains (même si il n’y a eu que très peu d’article).

J’ai réussi à trouver un article dans l’édition de The Sunday Time du 26 février 2009, nommé « Demon of 1968 rise to bait Sarkozy » (Le démon de 1968 se lève à l’amorce de Sarkozy) Cet article, ne parle pas vraiment des revendications motivant le mouvement. Il parle d’une action précise qui a été menée à l’Université de la Sorbonne (Paris IV), et que le journal a exclusivement reliée à un mouvement de solidarité envers les DOM et TOM. À la fin, l’article dérive totalement sur les manifestations aux DOM et TOM et sur le nouveau parti fondé par Olivier Besancenot.

Un article français met en évidence le fait que les journalistes du The Sunday Time assimilent le mouvement étudiant de la Sorbonne avec les revendications des Français des DOM et TOM.

Ci-dessous, un article publié sur le site de sauvonslarecherche

« La Sorbonne a été occupée par plusieurs dizaines de personnes le 19 février 2009, au terme d’une manifestation qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes à Paris. On trouvera ci-dessous l’appel lancé à la Sorbonne ce jour-là, ainsi que le compte-rendu de cette occupation.
L’appel de la Sorbonne occupée: Si nous occupons la Sorbonne, ce 19 février 2009, c’est que nous demandons l’abrogation de l’ensemble des réformes organisant la casse de l’enseignement et que nous nous opposons à la marchandisation de tous les secteurs de la société. […] Il est aujourd’hui nécessaire d’unir les luttes et de suivre l’exemple de la Grèce et de la Guadeloupe : c’est la seule manière de faire reculer le gouvernement. … Les occupants de la Sorbonne ».
L’article « Demon of 1968 rise to bait Sarkozy » était accompagné d’une photographie (ne représentant pas une des manifestations), mais représentant des étudiants, semble-t-il de la Sorbonne.

Sorbonne Protestersorbonne-protester

Cette photographie était accompagnée de la légende « Sorbonne protesters ». Il n’est mentionné nulle part le nom du photographe ou de l’agence ayant vendu au journal cette photographie. Elle est en couleur, mais n’en laisse apparaître aucune tel que le rouge ou le noir (comme on pourrait s’y attendre sur une photo de protestation). Nous voyons très nettement au premier plan un étudiant, poing levé et paraissant crier des slogans. C’est un étudiant qui semble totalement engagé et très déterminé. Derrière son bras, un autre visage se laisse entrevoir, mais qui lui n’est pas réellement reconnaissable. La profondeur de champ est moindre et tout l’arrière plan est donc flou. Il laisse tout de même apparaître des silhouettes d’autres personnes et d’autres poings levés.
La netteté parfaite du visage au premier plan nous laisse perplexe car elle pose la question du droit à l’image. Selon la loi française, nous pouvons supposer que cet étudiant a été conscient d’être pris en photographie et donc qu’il sait à quoi il s’est exposé. Mais cette loi est-elle la même pour le Royaume-Uni ? Ce journal a peut-être pu prendre certaine liberté quand aux risques encourut. En effet, cette édition étrangère a pu supposer que l’étudiant en question ne connaitrait sûrement jamais l’existence de cette publication.

Le seul article ayant porté son attention sur la France n’as fait qu’un amalgame des nombreux événements se déroulant en ce moment même. La grève généralisée aux DOM TOM a été relié à une action étudiante de la Sorbonne. Pourquoi avoir choisi précisément cette action ? Car elle s’est déroulée dans le lieu symbolique des révoltes estudiantines françaises de « Mai 68 ». Les journalistes se servent donc de cet événement pour montrer qu’en France il y a une répétition continuelle des révoltes étudiantes. Partant du fait que cet événement est récurent, les journalistes n’ont pas pris la peine de s’informer et donc d’informer les gens sur les réelles revendications. Les journalistes se servent des mouvements étudiants français comme d’une sorte de « marronnier », afin d’introduire le sujet de « Mai 68 ». Un marronnier journalistique se défini comme « un article d’information de faible importance meublant une période creuse. C’est un article consacré à un événement récurrent et prévisible. »

Pourquoi les journaux étrangers ne mentionnent-ils pas ces mouvements étudiants comme un événement à part entière qui sont pourtant d’une ampleur conséquente ? Certains journaux ne souhaitent peut-être pas laisser la place aux « marronniers journalistiques », bien que s’en ne soit pas réellement un. En effet, les revendications des étudiants sont bien différentes de celles durant « Mai 68 ». Mais sachant que les manifestations sont assez courantes en France, les journalistes ont peut-être souhaités arrêter de les mentionner, n’y font plus attention et surtout ne se renseignent plus sur eux.

La réponse à nos interrogations se trouve peut-être dans le slogan de The New York Times : « all the news that’s fit to print« . Peut- être qu’ils considèrent que nous ne méritons pas d’avoir une place dans les journaux étrangers.


Sources

_ Le site du Courrier international : http://www.courrierinternational.com
_ Le site de « Sauvons la recherche : http://www.sauvonslarecherche.fr/

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